BUVEURS BRESSANS
A JOSEPH LEVRAT
Deux vieux lurons, Claude et Jean-Pierre. Se sont levés de grand matin.
L'auberge du père Martin Ouvrait sa porte hospitalière.
— « Entrons, lait l'un. »' — En même temps L'autre dit : « La vendange est bonne. Peut-être qu'au fond d'une tonne Nous retrouverons nos vinjit ans. »
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Et dodelinant de la tète, De concert ils passent le seuil.
Propre, coquet, riant à l'œil.
Le petit bouchon est en lète.
Toute chose y brille à son rang, Tout y reluit comme une glace.
Nos deux compères prennent place Sous le portrait du Juif-Errant,
« Fameux vin, Martin, ({ue le vôtre, Ce n'est que jeunessç et gaîté.
Si le pape en avait tâté, 11 n'en voudrait plus boire d'autre! »
Voilà soudain le couvert mis.
On n'attend plus que la promise ; L'hôtelier, en bras de chemise, Vient trinquer avec les amis.
BUVEURS BHESSANS,
D'abord ils causent de la terre, Comme il sied aux gens de travail, De la charrue et du bétail.
Du blé noir qui ne pousse guère ;
Puis du passé, de la Lisa, Une fille des bords de Saône, Jadis plaisante en diable et jaune Comme une fleur de chou-colza.
Du temps qu'on était forts, ingambes Et qu'on n'avait pas froid aux yeux, Des vogues dont parlent les vieux, Où l'on jouait si bien des jambes.
Ah ! depuis bien des ménétris Ont fait danser garçons et filles, Mais ce sont des airs de quadrilles Qu'ils nous apportent de Paris.