‹ Émaux BressansChapitre 46 sur 61 · A JEAN ET EMMANUEL BENNER · texte numérisé non relu

A JEAN ET EMMANUEL BENNER

J'en veux chanter encor une, Une Heur du bois joli.

Cette fois, c'est une brune Au corsage bien rempli,

Mignonnette et rondelette.

Un peu coquette, parbleu !

Bonne d'ailleurs et simplette Gomme une bête à bon Dieu.

A deux pas de Gornioranche, On peut voir, en bien cherchant, Le soir, une ferme blanche S'illuminer au couchant.

C'est là, dans les hautes herbes.

Entre l'orge et le froment, Qu'au temps des moissons superbes, Naquit la belle ; — et vraiment,

De la Saône paresseuse A la Veyle au bord fleuri,

Jamais plus délicieuse Fille des champs n'a souri.

Ses grands yeux disent : « Je n'ose, Hélas! et je ne sais rien. » Mais tout bas sa bouche rose Murmure: :< Je voudrais bien. »

Surtout, la joyeuse fille, Qu'il fait bon la regarder, Aux vogues, quand un quadrille Se prépare à gambader !

Tout le monde, hommes et femmes.

Est en place ! — « Une, deux, trois.

Garçons, balancez vos dames ! »

Commande une grosse voix.

Et là-dessus, tous ensemble De gigoter de leur mieux ; Sous les sabots le sol tremble, La joie emplit tous les yeux.

Mais plus longtemps que personne, Madeleine, c'est son nom, Madeleine, la friponne.

Tourne sur son pied mignon.

Troussant sa jupe de soie D'où sort un bout de mollet, Elle va, vient, fuit, tournoie Gomme un petit feu follet,

Puis galope à perdre haleine, Inventant de nouveaux pas.

Si bien que l'orchestre a peine A la suivre en ses ébats.

Quelle allure cavalière, Quel petit air dégourdi !

On croit voir, dans la lumière, Danser l'heure de midi.

Aussi plus d'un, bouche ouverte, A la guigner reste droit; Pour l'admirer on déserte Tous les bouchons de l'endroit.

ENCORE UXE. 2i3

Jusqu'aux vieux, branlant la tf'te,

Qui disent, en souriant

ife se voir à telle fête :

« Tudieu ! le morceau friand ! »

Et, pour entrer dans la danse.

Rappelant leurs dix-huit ans.

Frappent des pieds en cadence, En souvenir du bon temps.

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Doux Jésus, comme tout passe!

De tant de gentils minois Qui charmèrent de leur grâce Les dimanches d'autrefois,

De tant d'aimables coiiunères Dont les rustiques appas Mirent en branle, naguères, Le cœur de nos grands- papas,

Que reste-t-il? Pas grand'chose, Une bonne vieille ou deux.

Le vent effeuille la rose Et souffle sur les grands yeux.

Adieu, blondes et brunettes.

Troupe folle, essaim cbarmant Voici le temps des lunettes, Des béquilles mèmement !

Bah ! que sert de crier gare?

Aujourd'hui, comme autrefois, Le merle blanc, l'oiseau rare, Silile, eu avril, dans nos bois:

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Bienheureux, aux violettes, Qui saura l'y dénicher.

Hardi, garçons et fillettes.

Il n'est que de bien chercher.

Avant que nos paysannes .

Ne cessent de nous charnier, Et que les roses Bressanes Ne se lassent d'embaumer,

Nos petits bœufs dans la i)Iaine Ouvriront plus d'un sillon.

Il poussera plus d'un chêne Dans la forêt de Seillon ;

Et, sous la verte tonnelle, Plus d'un gars de belle liuincur A la santé de sa belle S'enivrera de tout cceur.

Voilà pourquoi Madeleine Rit et passe son chemin, Sans jamais se mettre en peine, En peine du lendemain.

ïoiite jeunette et fleurie, Qu'elle chante encor longtemps.

Un brin de coquetterie Convient à ses dix-huit ans ;

Et, puisque l'amour s'envole.

Ceux-là sont fort avisés Qui voient sur sa bouche folle Tout un nid de francs baisers.

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