‹ Émaux BressansChapitre 47 sur 61 · A MAURICE BOUCHOR · texte numérisé non relu

A MAURICE BOUCHOR

Derrière chez nous est une colline Qui se vêt de rose à chaque printemps. C'est là que ma Jeanne et moi, bien contents. Allons nous asseoir quand le jour décline.

Le ciel bleu pâlit au-dessus de nous Et nous ne savons d'abord que nous dire; Heureux comme un roi, je la vois sourire, Ma tête blottie entre ses genoux.

Son front est si blanc, sa joue est si fraîche (ju'on mettrait cent ans à les regarder. Mais elle me dit : « A quoi bon tarder ? 0 mon bel ami, dépêche, dépèche.

Comme nous, ma mère est allée au bois, Mais son joli temps n'est plus de ce monde. Moi je ris toujours, toujours elle gronde ; Mon gentil galant, baise-moi cent fois. »

Elle a le parler des magiciennes.

Je sens nos deux cœurs battre à Tunisson, Et comme la chèvre accourt au buisson.

Mes lèvres s'en vont au-devant des siennes.

« Ma doucette, viens, que j'embrasse encor Tes yeux de velours, ta bouche qui tremble. C'est si bon d'aimer, si bon d'être ensemble ! Nos cœurs sont liés avec un fil d'or ! »

Ainsi parle en nous la jeunesse folle, Et de tous nos maux nous sommes guéris. Mais voici qu'au loin, par les prés fleuris, L'angelus du soir doucement s'envole.

Hélas! va-t-il donc falloir nous quitter? Je vois tout là-bas notre toit qui fume; Le coq du clocher se perd dans la brume, Et le rossisrnol se met à chanter.

PETITE CLAUDINE

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