A MAURICE ROLLINAT
Hélas ! bonnes gens, qu'elle est. brève, L'heure où l'on va toujours chantant, L'heure d'amour que j'aimais tant!
Oh ! le beau rêve
Qui m'a bercé,
Oh ! le beau rêve
Si tôt passé !
Au mois de mai, quand tout verdoie,
Je riais avec mes amis ;
Et voici qu'à présent j'ai mis
Toute ma joie Et mon orgueil, Toute ma joie En un cercueil !
Quelquefois je vais à l'église, Je m'agenouille pour prier, Mais je ne puis pas oublier
Le jour où Lise,
Mon Dieu, mon Dieu !
Le jour où Lise
M'a dit adiou.
Comme elle souffrait, la chère àrae !
Que son corps était amaigri !
Et pourtant elle m'a souri :
Un peu de flamme
Dans ses yeux d'or.
Un peu de flamme
Vivait encor.
Sa voix murmure, presque éteinte :
« Si tu m'aimais, ô mon galant, Mets sur ma tombe un rosier blanc. »
Puis une plainte
Au fond du lit,
Puis une plainte.
Et tout est dit!
Tout est dit, mais la pauvre belle Me hante encore et me poursuit, Je la vois le jour et la nuit.
Oui, c'est bien elle
Comme au vieux temps,
Oui, c'est bien elle,
Et je l'entends.
Le beau printemps se montre à peine Qu'il est déjà tout défleuri ; Le ruisseau d'hier est tari.
LA UELLE MORTE. 239
Seule ma peine.
Hélas, hélas !
Seule ma peine Ne s'en \a pas !
Oh ! je voudrais pouvoir me taire, Je voudrais dormir à jamais Près delà blonde que j'aimais.
Et qu'on enterre
Tout mon souci,
Et qu'on enterre
Mon àme aussi.