‹ Émaux BressansChapitre 61 sur 61 · A MON ONCLE ANTOINE VICAIRE · texte numérisé non relu

A MON ONCLE ANTOINE VICAIRE

Vous avez vu, sous les bastilles,

Ces petits soldats en guenilles.

On leur a dit : « Marche ; au canon ! »

C'est bien. Ils vont, tombent et meurent

A peine un cri. Ceux qui demeurent

Ont oublié déjà leur nom.

Ainsi du paysan. Sans crainte

Il accomplit son œuvre sainte,

Il est dans ia mêlée aussi.

Nourricier de la race humaine.

Qu'un beau jour il tombe à la i>eine,

Qui de nous en prendra souci?

Certo il aimerait vivre à l'aise, Étendu dans sa large chaise, Devant un pot de petit bleu.

Comme \ous, bourgeois de la ville, 11 aimerait, heureux, tranquille, A s'ébaudir au coin du feu.

Mais à peine, las de sa veille, En son lit étroit il sommeille ; Voici qu'éveillée à demi, L'aube fraîchit ; la nuit est blanche.

Le besoin vient, qui par la manche Tire le lutteur endormi.

Eh! debout, deljoutl — Lui s'étire.

« Encore un peu... » — Bon, que va dire

Ta femme qui n'aura demain

Rien à donner au fieu qui pleure !

N'as-tu pas honte? Allons, c'est l'heure. »

— Le voilà sur le grand chemin.

LE POÈME nu PAYSAN. 279

L'étendue immense est muette.

Pas un frisson ; une alouette, Seule, monte, monte au lointain.

Courbé comme sous la mitraille, L'homme va, vient, sue et travaille ; Le soleil éclate soudain !

Soudain mille voix dans la brise Murmurent ; le coq de l'église Se penche d'en haut pour mieux voir La rude joute qui commence.

Bêches, râteaux entrent en danse; La fête dure jusqu'au soir.

II faut se battre avec la terre, Car, toujours pleine de colère, L'aïeule couve son trésor.

Une âme chaude est sous l'écorce ; Il faut chasser de vive force L'avare accroupi sur son or.

C'est d'abord le temps des semailles, Le blé vert, où chantent les cailles, Qu'on voit moutonner dans le vent.

Puis le blé jaune oi!i, hors d'haleine, La faux alerte se promène, Reluisante au soleil levant.

C'est, sur la colline pelée,

La vigne de Midi brûlée.

C'est, durant les longs soirs d'hiver,

Le chanvre qu'on teille en famille.

C'est la charrue et la faucille,

Le pain grossier, souvent amer.

Et cependant guette à la porte, Attendant que le maître sorte.

La fièvre, un doigt sur le loquet.

A l'àtre un peu de chènevotte ; Le vieux père est là qui grelotte, Marche, ahu, dia, mon bourriquet!

Puis vient l'impôt. Hardi, bonhomme !

Le roi, qui te sait économe,

Veut voir le fonds de tes grands bas.

La huche est vide et Fenfanl crie ;

Bientôt ta Jeanne se marie.

Il faut payer; on n'attend pas.

Ah! vraiment, la misère est grande; Et que de martyrs la légende A dédaignés ! — Pourtant, tout doux!

Ce pauvre diable sans histoire, Sous son bonnet de laine noire.

Est plus heureux, plus gai que nous.

Ne le plaignons pas. La tempête Passe et l'épargne ; sur la tête 11 a le ciel tout grand ouvert.

Sa pauvreté se sent bénie ; Calme il grandit dans riiarnionic Que font l'eau vive et le pré vert.

Que l'herbe jaunisse ou verdoie, Dieu lui compte sa part de joie.

Le matin lui parle en riant, Il va boire au\ sources prochaines ; La paix qui tombe des grands chênes Emplit son cœur mâle et vaillant.

Puis, quand vient l'iieure désirée, L'heure de la moisson dorée, Quand, sous le ciel vaste et dormant, Comme fait une mer immense, Frémit, murmure et se balance.

Le champ de seigle ou de froment;

Sous les lourdes grappes d'automne, Quand la cuve crie et bouillonne.

Quand sous l'effort près d'éclater, Le pressoir las enfin s'arrête.

N'est-il pas vrai qu'alors c'est fête.

Que le cœur se prend à chanter?

Oui, dans cette nature austère Le paysan croît et prospère.

Comme un enfant obéissant, La terre pour lui se fait belle ; Il a dompté le sol rebelle.

Il est maître, il est tout puissant!

0 race forte aux mains calleuses, Durs laboureurs, bonnes fileuses.

Ménagères des anciens temps, Vaillants gars, danseurs de bourrée.

Vous par qui croît l'herbe sacrée, Vous qui nous faites le printemps !

Hôtes pensifs des métairies.

Vous à qui forêts et prairies Gardent leurs parfums du matin, Vous les tranquilles, \ous les sages, Vous qui voyez, comme les mages, Poindre une étoile au ciel lointain.

N'enviez pas nos petitesses, Nos dégoûts d'un jour, nos tristesses.

Nos grands espoirs sans lendemains.

Vous du moins, votre œuvre est féconde ; L'avenir de notre vieux monde Repose sur vos larges mains.

Regardez, doux et fiers comme elle, Rêver la nature immortelle.

En sa nonchalante beauté.

Vous êtes forts ; ayez l'audace.

Osez donc regarder en face Le grand jour de la Liberté !

En vous habite une âme juste ; Vous êtes le chêne robuste, Le chêne du milieu des bois.

Tout autour les ronces fleurissent, Les moineaux francs se réjouissent, La feuillée est pleine de voix.

Allez, hersez, sarclez l'ivraie,

Faites jaillir de l'oseraie

Le pampre rouge ou l'épi blond ;

Les deux genoux dans la grande herbe.

Comme vos bœufs à l'œil superbe,

Creusez lentement, mais profond.

En dépit de la lune rousse.

Que dans vos verres le vin mousse, Pris à la bonde du tonneau.

Profitez bien de vos dimanches.

Que des fermes au soleil blanches Monte une odeur de foin nouveau.

Puis, s'il faut perdre votre année, Si la faim vient, louve acharnée.

Rôder autour du petit feu.

Si vent, sécheresse ou froidure.

Vraiment la misère est trop dure.

Si c'en est trop, pensez à Dieu.

Car au paysan chargé d'âge,

Du port sui)rème après l'orage,

De la patrie après l'exil

Il ouvrira la grande porte.

« Vous êtes pauvres, que m'importe?

Entrez, bonnes gens, dira-t-il.

Comme moi jadis, dans la peine, Vous avez porté votre chaîne ; Entrez, c'est bien, » — Et délivrés Du vain rêve où l'esprit s'égare, Dans la paix du pauvre Lazare, Joveux, vous vous endormirez!

TABLE

TABLE

En Bresse 9

Jeanne It

Paysage 17

Les quatre saisons 19

Bonheur Bressan 30

Petite Marie 3Î

Les yeux de Nanon 40

A la vogue 43

Tout à l'heure 45

Au sermon 49

Buveurs Bressans 52

Ma Muse 57

Berceuse 59

Après l'orage 63

Victime du réveillon 65

Le berger 68

Noël 70

Au caliaret « i

290 TABLE

Volailles de Bresse 84

Au Mail 90

Madame BarViecot 92

Premier soleil 97

Petit cochon 100

Jacques Printemiis 104

Chez la mère Gagnous 116

Joli bâton 119

Aux amis 122

Triolets à la louange de Faret 130

La ballade de frère Panuce 137

Après l'hiver 140

Épitaphe 144

A Jules L 146

Chinoiseries 150

Vent d'automne 160

Paresse 165

Sonnets d'hiver 168

Avril 171

Boutade ; 173

A Charles Guillou 180

Loin du monde 182

Madrigal 185

Frère Grégoire 186

Le bonheur 188

Le pays natal 202

Trois jeunes filles 203

Encore une 209

Derrière chez nous 217

Petite Claudine 220

En rêve 224

Rose. Rosette 227

TAUI.E. 291

Au bord de l'eau. 229

Peines d'amour 232

La belle morte 236

La chanson des regrets 240

Pauvre Lise 230

Les cloches du pays 257

Feu-follet Ï63

Cimetière de campagne 266

A la Bresse 2T2

l'aiis. — Imj), E. Cahumunt el V. Runal-lt, rue des ruileviiis, i.

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