‹ Émaux BressansChapitre 9 sur 61 · BONHEUR BRESSAN · texte numérisé non relu

BONHEUR BRESSAN

Mais un enchantement toujours jeune et nouveau. Vêtu du sarrau bleu, coiffé du grand chapeau , Parmi les paysans, je vivrais comme un sage, Attrapant chaque jour une rime au passage. Et que d'humbles plaisirs, antiques mais permis, Dont je ne parle pas ! Avec.de bons amis, Tous au même soleil, comme on serait à l'aise ! Le soir, sous la tonnelle on porterait sa chaise ; Bientôt le petit vin de Bresse interviendrait. Bavard comme toujours et toujours guilleret; Puis à la nuit, chacun rêvant de sa chacune. On fumerait sa pipe, en regardant la lune. Ainsi je vieillirais et j'attendrais mon tour, A ne jamais rien faire occupé tout le jour. Je n'en demanderais, ma foi, pas davantage; Mais s'il venait, rêveuse, un soir à l'ermitage Quelque fillette blonde avec de jolis yeux, Pour la bien recevoir on ferait de son mieux.

A ALBERT MERAT

La petite Marie S'en va par le sentier Qu'embaument l'églantier Et l'épine fleurie.

Sous le fourré joyeux Elle passe farouche, Un brin d'herbe à la bouche, Une folie aux yeux ;

Et le matin enchante.

Si doucement les bois, Si câline est la voix Du rossignol qui clianle,

Le soleil vient dorer Si gentiment la mousse, Que l'enfant se courrouce Et se met à pleurer.

Ah ! qu'as-tu donc, pauvrette?

Pourquoi pleurer ainsi?

Laisse-là le souci, Prends la fleur d'amourette.

— Non, je suis en émoi Et ce n'est pas sans cause.

Voyez plutôt la rose Qui se moque de moi.

Grand Dieu, qu'elle est heureuse.

Quand, au premier rayon.

Accourt le papillon Dont elle est amoureuse !

Comme ils vont s'embrasser.

Se dire des tendresses !

Et jamais leurs caresses Ne les peuvent lasser.

Dès que paraît l'aurore, Qui fait soudain toc toc, Sinon le petit coq Au plumet tricolore ?

PETITE iIA.IUE. 35

Coco, coquerico !

Il va, vient, se prélasse, Et quand sa belle passe ; Il frappe de l'ergot.

Un vient de loin entendre Le rossignol d'avril; Mais pour qui chante-l-il?

Pour sa mignonne tendre.

Et moi, comme en été Pâlit la violette, Je me fane seulette, En ma fleur de beauté.

Les gens de mon village Ne savent donc rien voir Nul ne veut donc avoir Mon petit cœur volage I

Mes seize ans vont fleurir Et l'on n'y prend pas garde ; Personne ne regarde Ma fenêtre s'ouvrir.

Jamais on ne m'apporte Un ruban rose ou blanc ; Pas le moindre galant Qui m'attende à la porte.

Quel divertissement Pour tout le voisinage!

Quelle honte, à mon âge, De n'avoir pas d'amant !

— Rassure-toi, pauvrette, Ne pleure pas ainsi.

Sous le jaune souci Va poindre l'amourette.

pi.;titi5 marii:. 37

Après riiiver grognon Le joli pré verdoie.

Voici l'heure de joie Et le printemps mignon !

TU

La petite Marie A repris le sentier Qu'embaument l'églantier Et l'épine fleurie.

Sous tes cheveux bouclés, Bergère, ma J)ergère, Tu t'en vas, plus légère Que le vent dans les blés.

Mais qui donc siffle? Écoute, Connais-tu la chanson?

Vois un peu ce garçon Au tournant de la route.

C'est le grand Nicolas,

Le beau scieur de planches,

Qui tient dans ses mains blanches

Un bouquet de lilas.

« Du côté de Saint-George, J'allais prendre du bois... »

Il hésite ; la voix Lui demeure à la gorge.

Elle aussi reste court.

« J'allais cueillir la fraise... »

— Et cependant, pleins d'aise, Tous deux se font la cour.

Mais à peine un sourire ; Pas même un compliment.

Ils s'aiment tendremenl.

A quoi bon«e le dire?

Et la main dans la main, Sentant leur cœur qui tremble, Ils savent bien ensemble Allonger le chemin.

Que leurs yeux sont humides ! Comme ils ont l'air contents !

Avant qu'il soit longtemps, Ils seront moins timides !

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