‹ Émaux BressansChapitre 10 sur 61 · LES YEUX DE NINON · texte numérisé non relu

LES YEUX DE NINON

A * NDRE LEMOYNE

Dès que le marguillier a sonné la prière, Assis au cabaret de Claude Juvanon, J'aime à chanter gaîment les yeux de ma Nanon, En buvant la rincette avec mon ami Pierre.

Les yeux de ma Nanon sont bleus comme le ciel, Bleus comme le manteau de la Vierge Marie. Ils ont plus de tendresse et de folàtrerie Que deux jeunes époux dans leur lune de miel.

LES YEUX DE MANON. il

Ils flambent au matin comme une gavolée, Par un J)eau jour d'hiver couronné de grésil ; Ils sont plus innocents que le soleil d'avril, lis sont plus amoureux que la nuit étoilée!

S'ils n'étaient pas si bous, ils auraient tant d'esprit! La plus folle brindille, en passant, les enchante. Ils voient dans le buisson un oiselet qui chante Et dans le vaste monde un maître qui sourit.

Ah! bien mal avisé qui ne voudrait leur plaire! Ils font à la maison la pluie et le beau temps. Ce sont des yeux rieurs, des yeux de dix-huit ans Qui ne savent comment on se met en colère.

Us sont francs comme l'or, les yeux de ma Nanon, Francs comme l'or vaillant, et pleins de modestie. S'amuse-t-on, bien vite ils sont de la partie. Parle-t-on mariage, ils ne disent pas non.

42 LES YKUX UK NANON.

— Et justement voici la belle qui chemine Vers le moulin gentil, jjar le bas de l'étang, Et moi, qui l'aperçois, j'ai le cœur bien content, Rien qu'à voir de si loin comme elle a bonne mine.

0 Nanon, mon trésor, me voici tout joyeux, Me voici devant toi pour être ton esclave ! Puisque dans la paroisse il n'est rien de si brave, Souffre, mon cœur joli, que j'embrasse tes yeux.

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