LA POULARDE
Naïve enfant de la Bresse, Être honnête et succulent, Qui t'enveloppes d'un blanc Justaucorps de fine graisse,
Cousine des hommes gras Dont notre pays fourmille, On t'aime dans la famille, Nous ne sommes point ingrats.
Ta respectable bedaine Semble celle d'un gourmet.
Ta chair a comme un fumet D'amourette et de fredaine.
Sur la fin d'un bon repas.
Quand je te vois apparaître, Pomard aidant, je crois être Transporté là-bas, là-bas.
Grands prés couleur d emeraudes, Bois feuillus, petits étangs.
Laboureurs du bon vieux temps.
Fortes mangeuses de gaudes.
Sous mes regards attendris Tout le cher pays défile.
Quel air de bonheur tranquille!
Suis-je assez loin de Paris!
Puis, veux-tu que je te dise ?
J'ai (dame ! on n'est pas de bois) Pour tes beaux yeux fait cent fois Le péché de gourmandise ;
Diit mon curé m'en blâmer.
Jusqu'à mon heure dernière, O poularde printanière, Je me consacre à t'aimer!