‹ Emaux bressansChapitre 30 sur 59 · APRES L'HIVER · texte numérisé non relu

APRES L'HIVER

A Achille Millien.

Salut au matin empourpré, Salut, soleil ! — Sur le grand pré Qu'on mène rondes et quadrilles.

Puisque l'Avril est de retour, Faisons-lui fête. Ohé ! l'amour, Ohé ! le vin, ohé ! les filles !

Hiver est un sot malingreux.

Un ventre vide, un songe-creux Qui sans cesse geint et grelotte.

Le bonhomme a peur du vin franc.

On dirait une mère-grand Que sa vieille bonne dorlote.

Enterré sous les cache-nez, Bras et genoux pelotonnés, Tantôt il médit de la bise, Tantôt il marmotte en dedans Quelque histoire de brèche-dents; C'est de tisane qu'il se grise.

APRÈS l'hiver 97

Qu'on le laisse en paix bougonner.

Nous sommes las de tisonner, Las de souffler notre chandelle.

Ce n'est plus le temps des marrons.

Maintenant nous nous aimerons En plein soleil, ma toute belle.

Sache qu'Avril est beau garçon:

Il a toujours une chanson

Sur la bouche avec un sourire ; .

Et, tant pis pour les envieux.

Il chante et laisse ses grands yeux

Rire à la fille qui s'y mire.

Avril est gentil compagnon.

Buveur solide, point grognon Et grand enjôleur de fillettes.

Rien que pour l'avoir vu passer, Les vieux sentent se trémousser Leurs pauvres jambes maigrelettes.

Un brin de genêt au chapeau.

Il va de l'auberge au château Par le joli pré qui verdoie.

Le teint fleuri, l'œil allumé, Toujours jeune, toujours aimé, Sa devise est : Voici la joie !

Donc bonsoir, hiver déconfit !

C'est égal : sous l'âtre il s'est dit A ta barbe bien des sornettes.

98 APRÈS l'hiver

Quand nous aimions à qui mieux mieux.

Ma Jeanne et moi, dis, pauvre vieux, Sentais-tu rien sous tes lunettes?

Que de fois elle m'a baisé !

Tu branlais ton long chef usé

Comme un saint de bois dans sa chape

Au dehors la bise cognait

A la porte, et l'âtre geignait;

Nous, notre amour riait sous cape.

Tu ressemblais aux vieux époux Qui se regardent en dessous, Ruminant en eux leur jeunesse.

Bonsoir, Hiver; à l'an prochain!

Toi, Jeanne, ta main dans ma main.

Et Dieu nous garde de tristesse!

Vois : l'aube joyeuse a doré Ta tête blonde. Sur le pré Qu'on mène rondes et quadrilles.

Puisque l'Avril est de retour.

Faisons-lui fête. Ohé ! l'amour.

Ohé! le vin, ohé! les filles!

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