‹ Emaux bressansChapitre 33 sur 59 · SONNETS D'HIVER · texte numérisé non relu

SONNETS D'HIVER

A Yves L..

Certes l'amour est bon; c'est bon de s'enflammer. D'être rasé de frais, de s'appeler Clitandre. Rien à mon gré, pourtant, n'est doux comme d'entendre,, L'hiver, en festoyant, le feu se consumer.

On ne peut conjuguer sans fin le verbe aimer, Ni toujours naviguer sur le fleuve du Tendre; Est-ce rien, les marrons qui pètent sous la cendre Ou devant l'âtre clair une pipe à fumer ?

Yves, crois-moi. Le soir, quand reviendra Novembre, Nous nous réunirons dans ma petite chambre, Devant la cheminée. — On mettra les verrous. —

Ni bavards, Dieu merci, ni maîtresse importune ; Et qu'il neige, tempête ou fasse clair de lune. Nous philosopherons en buvant le vin doux.

SONNETS d'hiver II7

En décembre, le soir, à l'heure où l'on festoie, Qu'il est doux et charmant de s'étendre devant Un petit feu, bien seul, pour écouter le vent Gémir en pourchassant la flamme qui tournoie.

L'heure fuit. Dans la brume on se perd en rêvant. Symbole de tristesse aussi bien que de joie, L'âtre un instant se meurt puis de nouveau flamboie. Comme un cœur endormi qui redevient vivant.

Cependant, au dehors, la nuit tombe plus noire; La bûche qui s'éteint et la vieille bouilloire Vont ensemble entonner un cantique plaintif;

Et tandis que la bise, avec sa longue histoire, Vous endort doucement, voici que, tout craintif, Quelque amour oublié vous revient en mémoire.

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