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FEU FOLLET

A Antoine Cros.

Souvent je rencontre à la brune Un feu follet qui, tremblotant, Mire ses yeux verts dans l'étang Où frétille un rayon de lune.

Comme un esprit malicieux

II m'accompagne et me houspille ;

La brise de nuit éparpille

Sa chevelure dans les cieux.

Sylphe, lutin, flamme ou fumée.

Selon qu'il plaît au vent moqueur.

Ses grands yeux fous me vont au cœur Comme ceux de la bien-aimée.

Parfois dans la brume, au lointain, Il s'évanouit comme un rêve; On dirait que là-bas se lève La blanche étoile du matin.

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Puis il renaît, semble m attendre Et me regarde et se tient coi, Toujours avec je ne sais quoi D'égaré, d'ardent et de tendre.

Ah ! cette lueur de printemps.

Cette flamme au vent qui s'envole, C'est mon âme changeante et folle, Lâche et vaillante en même temps.

C'est mon âme dont les tendresses Montent jusqu'aux étoiles d'or.

Mon âme qui réclame encor Sa part des divines caresses.

C'est mon âme d'enfant gâté.

Qu'un souffle entraîne à la dérive.

Toujours, hélas ! quoi qu'il arrive, En quête de sa volonté.

Pauvre flammèche qui rougeoie Sous les rafales de l'amour, Et quand donc pourrai-je à mon tour, Flamboyer comme un feu de joie.

Et de ma gloire éblouissant Le bois paisible et l'eau dormante, Me perdre au fond d'une tourmente, A l'horizon couleur de sang !

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