LES CLOCHES DU PAYS I
Et SOUS votre toit de mousse et de lierre, Lorsque tes voisins étaient endormis.
Notre causerie était familière, Ainsi qu'il convient à de vieux amis.
O musique chère, heure sans pareille !
Que tous nos propos étaient ingénus !
Nous nous comprenions alors à mer\'eille; Vos moindres secrets, je les ai connus.
Parfois nous disions ensemble un cantique Mon cœur s'inondait bientôt de clarté, Le ciel s'entr'ouvrait ; dans l'azur mystique. Dieu m'apparaissait, plein de majesté.
La Vierge brillait plus qu'on ne peut dire En robe couleur de fleur de pêcher; Jésus, souriant d'un divin sourire Me faisait du doigt signe d'approcher,
Et, comme en avril fleuronne et verdoie Le verger oii passe un reflet des deux, Tout le paradis était dans la joie.
Rien qu'à voir jouer l'enfant gracieux.
Oh! qui me rendra l'étoile des mages?
Où donc croît encor le rameau bénit ?
Quand reviendrez-vous, rustiques images, Visions d'amour, rêves d'infini ?
l80 LES CLOCHES DU PAYS
Hélas ! j'ai tant vu d'hommes et de choses Apparaître et puis s'en aller soudain ! Un souffle de mort a flétri les roses Qui faisaient l'orgueil du petit jardin.
L'horizon d'antan se trouble et recule Et l'ombre envahit le cœur délaissé.
Cloches de l'aurore et du crépuscule, Rendez-moi de grâce un peu du passé.
Cloches qui riez quand l'aube s'allume, Cloches qui pleurez quand le jour s'enfuit. Angélus du soir perdus dans la brume.
Glas des trépassés qu'emporte la nuit,
Carillons, lancés à travers l'espace, Qui faites un bruit d'oiseaux envolés.
Belles qui chantez pour le vent qui passe Comme l'alouette au milieu des blés,
Cloches qui courez au ras des prairies, Cloches qui frôlez la cime des bois.
Sur l'aile d'argent de vos sonneries Emportez mon âme au ciel d'autrefois!
Je vous reconnais. Vous êtes les mêmes Qui m'aimiez jadis: — Jadis et depuis En avez-vous fait de joyeux baptêmes!
Que d'enterrements vous avez conduits !
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Quand pour saint Joseph ou pour Notre-Dame Vous carillonnez aux jours de gala, Votre vieux clocher semble rendre l'âme; Triste logement que vous avez là !
Mais les martinets vous restent fidèles ; Des moineaux transis vous avez pitié ; Avec les ramiers et les hirondelles Vous êtes toujours en grande amitié.
Oui donc mieux que vous, ô bonnes chrétiennes. Parlerait d'espoir aux hommes changeants? Vos tintements clairs, vos grêles antiennes S'en vont droit au Dieu des petites gens.
Infiniment douce, infiniment tendre Est votre chanson de chaque matin ; Et moi, l'oublieux, rien qu'à vous entendre. Je retrouve encore un peu de latin,
Un peu du latin de l'hymne à Marie Que disait ma mère en vous écoutant, A l'heure de paix et de rêverie Où la lune rose était sur l'étang.