‹ Émaux et camées: Éd. définitiveChapitre 30 sur 51 · SA · texte numérisé non relu

SA

Quand tous ont les yeiix Yçrs raurore»

Biorn, sur son donjon perché, A l'horizon contemple encore La place du soleil couché.

Ame rétrospective, il loge Dans son burg et dans le passé; Le pendule de son horloge Depuis des siècles est cassé.

Sous ses ogives féodales Il erre, éveillant les échos.

Et. ses pas, sonnant sur les dalles, Semblent suivis de pas égaux.

Il ne voit ni laïcs, ni prêtres.

Ni gentilshommes, ni boui-geois.

Hais les portraits de ses ancêtres Causent avec lui quelquefois.

Et certains soirs, pour se distraire, Trouvant manger seul ennuyeux, Bioni, caprice funéraire, Invite à souper ses aïeux.

Les fant6mes, quand minuit sonne.

Viennent «armés de pied en cap;

Biorn, qui malgré lui frissonne, ^

Salue en haussant son hanap. g

Pour s'asseoir, chaque panoplie ^

Fait un angle avec son genou, £

Dont l'articulation plie En grinçant comme un vieux verrou;

Et tout d'une pièce, l'armure, ^^

D'un corps absent gauche cercueil, »w

Rendant un creux et sourd murmure, ^

Tombe entre les bras du fauteuil. ^

-ol36o

Landgraves, ifaingraTcs, burgraves.

Venus da ciel ou de l'enfer.

Ils sont tous là, muets et graves.

Les roidés convives de ferl

Dans Tombre, un rayon fauve indique Un monstre, guivre, aigle à deux cous.

Pris au bestiaire héraldique Sur les cimiers faussés de coups.

Du mufle des bétes difformes Dressant leurs ongles arrogants, Paiient des panaches énormes, .

Des lambrequins extravagants;

Hais les casques ouverts sont vides Comme les timbres du blason; Seulement deux flammes livides Y luisent d'étrange façon.

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Toute la ferraille esl assise Dans la salle du vieux manoir»

Et, sur le mur, l'ombre- indécise Donne à chaque hôte uii page noir.

Les liqueurs aux feux des bougies Ont des pourpres d'un ton suspect; Les mets dans leurs sauces rougies Prennent un singulier aspect.

Parfois un corselet miroite, Un morion brille un moment; Une pièce qui se déboîte Choit sur la nappe lourdement.

L'on entend les battements d'ailés D'invisibles chauves-souris.

Et les drapeaux des infidèles Palpitent le long du lambris.

Avec des mouvements fantasques Courbant ieui*s phalanges d'airain4 Les gantelets versent. aux casques Des rasades de vin du Rhin, .

Ou découpent au fil des dagues Des sangliers sur des plats d'or...

Cependant passent des bruits vagues Par les orgues du corridor.

La débaudie devient farouche, On n'entendrait pas tonner Dieu; Car, lorsqu'un fantôme découdie.

C'est le moins qu'il s'amuse un peu.

Et la fantastique assemblée Se tracassant dans son hamois.

L'orgie a sa rumeur doublée Du tintamarre des tournois. ■

-olSDo

Gobelets, hanaps, vidercomes, Vidés toujours; remplis en vain, Entre les mâchoires des heaumes Foiment des cascades de vin.

Les hauberts en bombent leurs ventres.

Et le flot monte aux gorgerins ; — Ils sont tous gris comme des chantres, Les vaillants comtes suzerains !

L'un allonge dans la salade S

Nonchalamment ses pédieux, ^

L'autre à son compagnon malade

Fait un sermon fastidieux. ^

Etdes armures peu bégueules Rappellent, dardant leur boisson.

Les lions lampassés de gueules Blasonnés sur leur écusson.

D*une voix encore enrouée Par l'humidité du caveau»

Max fredonne, ivresse enjouée, Du lied, en treize cents, nouveau.

Albrecht, ayant le vin féix)ce.

Se querelle avec ses voisins.

Qu'il martèle, bossue et rosse.

Comme il faisait des Sarrasins.

Échauffé, Fritz ôte son casque, Jadb par iin crâne habité.

Ne pensant pas que sans son masque 11 semble un tronc décapité.

Bientôt ils roulent pêle-mêle So,us la table, parmi les brocs.

Tête en bas, montrant la semelle De leurs souliers courbés en crocs.

OUI o-

C'est uu hideux champ de bataille Oh les pots heurtent les armets.

Oh chaque mort par quelque entaille, Au lieu de saiig vomit des mets.

Et Biom; le poing sur la cuisse.

Les contemple, morne et hagard.

Tandis que, par le viiml suisse, L*aube jette son hleu regard.

La troupe, qu'un rayon traverse.

Pâlit comme au jour un flambeau.

Et le plus ivi*ogne se verse Lé coup d'étrier du tombeau.

Le coq chante, les spectres fuient Et, reprenant un air hautain.

Sur Toreiller de marbre appuient Leurs têtes lourdes du festin!

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