‹ Émaux et camées. Éd. ornée de cent dix aquarellesChapitre 12 sur 41 · CONTRALTO · texte numérisé non relu

CONTRALTO

On voit dans le musée antique.

Sur un lit de marbre sculpté, Une statue énigmatique D'une inquiétante beauté.

^-^ i Kst-ce un jeune homme ? esl-ce une femme,

'"5 [Jne déesse, ou bien un dieu?

'-:< \ L'amour, ayant peur d'être iniâme.

Hésite et suspend son aveu.

Dans sa pose malicieuse, Elle s'étend, le dos tourné Devant la foule curieuse, >iir son coussio copiionné.

Pour faire sa beauté maudite, Chaque sexe apporta son don.

Tout homme dit : C'est Aphrodite?

Toute femme : C'est Cupidon I

■ Sexe douteux, grâce certaine, On dirait ce corps indécis Fondu, dans Teau de la fontaine.

Sous les baisers do Salmacis.

Chimère ardente, effort suprême De l'art et de la volupté, Monstre charmant, comme je t'aime Avec ta multiple beauté !

Bien qu'on défende ton approche, Sous la draperie aux plis droits Dont le bout à ton pied s'agcxoche.

Mes yeux ont plongé bien des fois.

Rêve de poète et d'artiste.

Tu m'as bien des nuits occupé,

Et mon caprice qui persiste

Ne convient pas qu'il s'est trompé.

Mais seulement il se transpose, Et, passant de la forme au son, Touve dans sa métamorphose La jeune fille et le garçon.

Que tu me plais, ô timbre étrange!

Son double, homme et femme à la fois, Contralto, bizarre mélange. Hermaphrodite de la voix!

C'est Ronièo. c'est Juliette, Chantant avec un seul gosier; Le pigeon rauque et la lauxelte Perchés sur le même rosier;

C'est la châtelaine qui raille Son beau page parlant d'amour, L'amant au pied de la muraille, La dame au balcon de sa tour.

Le papillon, blanche étincelle, Qu'en ses détours et ses ébats Poursuit un papillon fidèle.

L'un volant haut et l'autre bas ,

L'ange qui descend et qui monte Sur l'escalier d'or voltigeant La cloche mêlant dans sa fonte La voix d'airain, la voix d'argent,

La mélodie et l'harmonie.

Le chant et l'accompagnement,

A la grâce la force unie,

La maîtresse embrassant l'amant!

Sur le pli de sa jupe assise.

Ce soir, ce sera Gcndrillon Causant près du feu qu'elle attise Avec son ami le grillon ;

Demain le valeureux Arsace A son courroux donnant l'essor, Ou Tancrède avec sa cuirasse, Son épée et son casque d'or ;

Desdemona chantanl le Saule, Zerline bernant Mazetto, Ou Malcolra le plaid sur l'épaule; C'est toi que j'aime, ô contralto!

Nature clinnuanlo et bizarre Que Dieu d'un double attrait para, Toi qui pourrais, comme Gulnare, Être le Knled d'un Lara,

El dont la voix, dans sa caresso.

Réveillant le cœur endormi, Mêle aux soupirs de la maîtresse L'accenl plus mâle de l'ami I

C/ERULEI OCULl

Une femme mystérieuse.

Dont la beauté trouble mes sons Se tient debout, silencieuse.

Au bord des flots retentissants.

Ses yeux, où le ciel se reflète, Mêlent à leur azur amer.

Qu'étoile une humide paillette, Les teintes glauques de la mer

Dans les langueurs de leurs prunelles, Une grâce triste sourit ; Les pleurs mouillent les étincelles EL la lumière s'attendrit;

Et leurs çUs comme des mouettes Qui rasent le flot aplani.

Palpitent, ailes inquiètes, Sur leur azur indéfini.

Comme dans l'eau bleue et profonde.

Où dort pluv. d'un trésor,coulé.

On y découvre à travers l'onde La coupe du roi de Thulé.

Sous leur transparence verdâtre.

Brille, parmi le goémon, L'autre perle de Gléopâtrt, Près de l'anneau de Salomon.

La couronne au gouffre lancée Dans la ballade de Scbiller, Sans qu'un plongeur l'ait ramassée, Y jette encor son reflet clair.

Un pouvoir magique m'entraîne Vers l'abîme de ce regard.

Comme au sein des eaux lu sirène Attirail Harald Harfagar.

Mon âme, avec la violence D'un irrésistible désir, Au milieu du gouffre s'élance Vers l'ombre impossible à saisir.

Montrant son sein, cachant sa queue, La sirène amoureusement Fait ondoyer sa blancbour bleue Sou6 l'émail vert du Ilot dormant.

L'eau s'enlle comme une poitrine Aux soupirs de la passion ; Le vent, dans sa contiue marine, Murmure una incantation.

« Obi viens dans ma couclio de nacre.

Mes bras d'onde t'enlaceront; Les flots, perdant leur saveur acre.

Sur ta bouche, en miel couleront.

« Laissant bjaiire sur nos têtes, La mer qui ne peut s'apaiser, Nous boirons l'oubli des tempêtes [)ans la coupe de mon baiser. »

Ainsi parle la voix humide

De ce regard céruléen.

Et mon cœur, sous l'onde perfide,

Se noie et consomme l'hymen.

RONDALLA

Enfant aux airs d'impératrice, f Colombe aux regards de faucon.

Tu me hais, mais c'est mon caprice, De mo planter sous ton balcon.

Là, je veux, le pied sur la borne. Pinçant les nerfs, tapant le bois.

Faire luire à ton carreau morne Ta lampe et ton front à la fois.

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