‹ Émaux et camées. Éd. ornée de cent dix aquarellesChapitre 17 sur 41 · LAS SIERRAS · texte numérisé non relu

LAS SIERRAS

Nodier raconte qu'en Espagne Trois officiers cheiTliant un soir^ Une venia "'ans la campagne, v^ Ne trouvèrent qu'un vieux manoir;

Un vrai cliâteau d'Anne RaddifTe, Aux plafonds que le temps ploya.

Aux vitraux rayés par la griffe Des chauves-souris de Goya,

Aux vastes salles délabrées.

Aux couloirs livrant leur secret, Architectures effondrées Où Eii'anèse se perdrait. Y '

Pendant le souper, que regarde Une collection d'aïeux Dans leurs cadres montant la garde, Un cri répond aux chants joyeux ;

D'un long corridor en décondjres.

Par la lune bizarrement Entrecoupé de clairs et d'ombres, Débtisque un fantôme charmant ;

Peigne an chignon, basquine aux hanches, Une femme accourt en dansant, Dans les bandes noires et blanches Apparaissant, disparaissant.

Avec une volupté morte, Cambrant les reins, pencbanllc cou.

Elle s'arrête sur la porte, Siaisirt' et belle à rendre fou.

Sa robo, passée et fripée Au froid humide des tombeaux, Fait luire, d'un ra^n frappée, Quelques paillons sur ses lambeaux ;

U'un pétale découronnée A chaque soubresaut nerveux, Sa rose, jaunie et fanée, ^laffiiiuille dans ses noirs cheveux.

Une cicatrice, pareille

A celle d'un coup de poignard.

Forme une couture vermeille

Sur sa gorge d'un ton blafard ; ^o-Ct

Et ses mains pâles et fluettes, Au nez des soupeurs pleins d'effroi Entrc-choquent les castagnettes, Gomme des dents claquant de froid.

Elle danse, morne bacclianic, La cachwcha sur un vieil air, D'une grâce si iiLÙVQ.çi3iite, Qu'on la suivrait même en enfer.

Ses Qils palpitent sur ses joues Gomme des ailes d'oiseau noir, Et sa bouche nrguép a des moues A mettre un saint au désespoir.

Quaml de sa jupe qui tournoie Elle soulève le volant, Sa jambe, sous le bas de soie.

Prend des lueurs de marbre blanc

Elle se penebe jusqu'à terre, Et sa main, d'un geste coquet, Comme on fait des fleurs d'un parterre Groupe les désirs en bouquet.

Est-ce un fantôme? est-ce une femme?

Un rêve, une réalité.

Qui scintille comme une flamme Dans un tourbillon de beauté?

Cette apparition fantasque.

C'est l'Espagne du temps passé.

Aux frissons du tambour de basque S'élançant de son lit glacé.

Et, brusquement ressuscitéc Dans un suprême boléro, Mnntrant mmi- >a iu|ie argriiti^-e La dicisa pii.-c au taureau.

La cicatrice qu'elle porte, C'est le coup de grâce donné A la génération morte, Par cbaque siècle nouveau-né.

J'ai vu ce fantôme au Gymnase, Où Paris entier l'admira, Lorsque dans son linceul de gaze Parut la Petra Gamara,

Impassible et passionnée, Fermant ses yeux morts de langueur^ Et comme Inès l'assassinée Dansant, un poignard dans le cœuri

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