ET TOMBEAUX
Li' squelette était invisible Au t(Miips heureux de i'Arl laïoD L'homme, sous la forme sensible.
Content du beau, ne cherchait ri n
P.13 de cadavre sous la tombe, Spectre hideux de l'être cher.
Comme d'un vêtement qui tombe Se déshabillant de sa chair,
Et, quand la pierre se lézarde, Parnii les épouvanlemenls, Montrant à l'œil qui s'y hasarde Une armature d'ossements ;
Mali au feu du bùclier ravie Une pincée entre les doigts.
Résidu léger de la vie.
Qu'enserrait l'urne aux lianes étroits:
Ce que le papillon de l'âme Laisse de poussière après lui, Et ce qui reste de la llanmie Sur le trépied, quand elle a luil
Entre les fleurs et les acanthes.
Dans le marbre joyeusement, Amours, œgipans et bacchantes Dansaient autour du monument;
Tout au plus un petit génie Du pied éteignait un flambeau; Et l'art versait son harmonie Sur la tristesse du toudjeau.
Les tombes étaient attrayantes ■ Gomme on fait d'un enfant qui dort, D'images douces et riantes La vie enveloppait la mort;
La luoit dissimulait sa face Aux trous profonds, au nez caniard, Dont la hideur railleuse efface Les cliimères du cauchemar.
Le monstre, sous la chair splcndidc Cachait son fantôme inconnu, Et l'œil de la vierge ca^idide xVUait au hel éplièbe nu.
[Seulement pour pousser à boire, IAu banquet de Trimalcîon, [Une larxii, .joujou d'i^'oire, [Faisait son apparition ;
Des dieux c[uc l'art toujours révôro Trônaient au ciel marmoréen ; Mais l'Olympe cède au Calvaire, Jupiter au Nazaréen ;
Une voix dit : l'an est morll — L'oinh S'étend. — Connue sur un drap noir, Sur la tristesse immense et sombre Le blanc squelette se fait voir;
11 signe les pierres funèbres De son paraphe de fémurs.
Pend son chapelet de vertèbres Dans les charniers, le long :les murs,
Des cercueils lève le couvercle Avec ses bi"as aux os pointus :
Dessine ses côtes en cercle Et rit de son large l'ictus ;
Il pousse à la danse macabre L'empereur, le pape et le roi, Et de son cheval qui se cabre Jette bas le preux plein d'effr(»i
Il entre chez la courtisane Et fait des mines au miroir.
Du malade il boit la tjsnne, De l'avare ouvre le tiroir ;
iPic[uant nitj elage qui rue ÎAvec un os pour aiguillon, tou laboureur à la çhariue îTermine en fos&e le sillon;
Et, parmi la foule priée. Hôte inattendu, sous le banc.
Vole à la pâle mariée Sa iacrelùiiie de ruban.
A chaque pas grossit la bande; Le jeune au vieux donne la main; L'irrésistible sarabande Met en branle le genre humain.
Le spectre en tète se déhanche, Diinsiint et jouant du^rebec.
Et sui' fond noir, en couleur blanche, Ilolbein l'esquisse d'un trait sec.
Quand le siècle devient l'rirole II suit la mode; en tanndet ^.eJi'Qusse son linceul et A'ole Comme un Cupidon de ballet
Au tombeau-sofii des marquises Qui reposent, lasses d'amour.
En des attitudes exquises, Dans les chapeUgg Po<iqtadour.
Mais voile-toi, masque sans joues.
Comédien qu+^ le ver mord, Depuis assez longtemps tu joues Le mi'lodi-amc de la Mort.
Reviens, rexiens, bel art antique, De ton J2a£ûs ètincelant Couvrir ce squelelte prothique ; Dévore-le. bùcluT brûlant!
Si nous sommes une statue Sculptée à l'image de Dieu, Quand celte image est abattue, Jetons-en les décris au feu.
Toi. forme immortelle, remonte Dans la flamme aux sources du beau.
Sans que ton argiie ait la honte Et les misères du tombeau!