‹ Émaux et camées. Éd. ornée de cent dix aquarellesChapitre 26 sur 41 · LA MONTRE · texte numérisé non relu

LA MONTRE

Deux fois je regarde ma montre.

Et deux fois à mes yeux distraits L'aiguille au même endroit se montro Il est une heure..., une heure après.

La figure de la pendule

En rit dans le salon voisin,

Et le timbre d'argent module

Deux coups vibrant comme un tocsin

Le cadran solaire me raille En m'indiqiiaiil, de son long doigt, Le chemin hih' >iii- la muraille A l'ait son umbru qui s'accroit.

Le cloclier avec ironie

Dit le vrai chiffre et le beffroi,

Repienant la note finie,

A l'air de se moquer de moi.

Tiens ! la petite bête est morte.

Je n'ai pas mis hier encor, Tant ma rêverie otait forte, Au trou de rubis la clef d'or !

Et je ne vois plus, dans sa boite.

Le fin l'essort du balancier Aller, venir, à gauche, à droite, Ainsi qu'un papillon d'acier.

C'est bien di^ moi ! Quand je chevauche L'Hippogriffe, au pays du Bleu, Mon corps sans j'imi^ se débauche, Et s'en va connue il plait à Dieu!

L'éternité poursuit son cercle Autour de ce cadran muet.

Et le temps, l'oreille au couvercle.

Cherche ce cœur qui remuait ;~

Ce cœur que l'enfant croit en vie, Et dont chaque pulsation Dans notre poitrine est suivie D'une égale vibralion,

Il ne bat plus, mais son grand frère Toujours palpite à mon côté.

— Celui que rien ne peut distraire, Quand je dormais, l'a remonté !

LES NEREIDES

J ai dans ma chambre une aquarelle Bizarre, et d'un peintre avec qui Mètre et rime sont en querelle, — Théophile Kniatowski.

3nr ri'cunie blanche qui frange Le manteau ^lautjiie de la luer Se groupent en boiupiet étrange Trois uyuiplies, fleurs du gouffro amer.

Commo dos lys novùs. la houln Fait dans sa A-okitc d'argent Danser leurs beaux corps qu'elle roule, Les élevant, les submergeant.

Sur leurs tètes blondes, coinecs De pétoncles et de roseaux, Elles nnt'lent, coquettes fées, L'écrin et la llore des caux-

Vidant sa nacre, riiuîlre à perlo Constelle de sou blanc trésor Leur gorge, où le flot qui djjferle Suspend d'autres perles encor.

Et, jusqu'aux hanches soulevées Par le bras des Tritons nerveux, Elles luisent, d'azur lavées, I Sous l'or vert de leurs longs ciieveux.

Plus bas, leur blancheur sous l'eau bleue Se glace d'un visqueux frisson, Et le to£se finit en queue.

Moitié femme, moitié poisson.

Mais qui regarde la iiiiS£ûii.'C Et les reins aux stiuameux repli,- En voyant les bustes d'ivoire Par le baiser des mers polis?

A l'horizon, — piquant mi'lange De fable et de réalité, — Parait un vaisseau qui dérange Le r'.bnaur marin épouvanté.

Son pavillon est tricolore ; Son tuyau vomit la vapeur ; Ses haubes fouettent l'eau sonore, Et Te^ymphes plongent de peur

Sans crainte elles suivaient par troupes Les trii'énies de l'Archipel, Et les dauphins, arquant leurs croupes, D'Arion attendaient rappel.

Mais le steam-boat avec ses roues, Gomme Vulcain battant Vénus, ^ÇLuiûeltfirail leurs belles joues Et meurtrirait Ipurs membres n'is,

Adieu, fraiclio mythologiai Le paquebot passe et, de loin.

Croit voir sur la vaç^e élargie Ilne-culbute de marsouin

Mu

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