‹ Émaux et camées. Éd. ornée de cent dix aquarellesChapitre 25 sur 41 · II · texte numérisé non relu

II

Pour s'asseoir, chaque panoplie Fait un angle avec son genou.

Dont Farliculolion plie En srineant connue un vieux verrou

Et tout d'une pièce, l'armure, D'un corps absent gaueiie cercueil. • Rendant un creux et sourd nuu-niure, Tombe entre les bras du Inuteuil.

Landgraves, rhingraves, bnrgraves, Venus du ciel ou de l'enfer, Ils sont tous là, uiuets et graves. Les roides convives de fer !

Dans l'ombre, im rayon fauve indique Un monstre, .gnivre, aigle à deux cou.s. Pris au bestiaire héraldique Sur les cimiers faussés de coups.

|Du mufle des bêtes difformes pressant leurs ongles arrogants, fartent des panaches^ énormes, ï)es lambrequins extravagants;

Mais les casques ouverts sont vides Connue les tiinlncs du blason; sêu'emjnl di'U\ llammes livnle y luisent d'étrange façon.

Toute la ferraille est assise Dans la salle xlu vieux manoir.

Et, sur le mur, l'ombre indécise Donne à eiiaquc liôle un page noir.

îLes liqueurs aux leux des bougies JOnt des pourpres d'un ton suspect; Les mets dans leurs sauces rougies Prennent un singulier aspect.

tParlois un ( orselet miroili', Un morion brille un moment Une pièce qui se(léboite .

, Choit sur la nnppe lourdement.

L'on entend les battements d'ailes D'invisibles chauves-souris, Et les drapeaux des infidèles Palpitent le long du lambris

Avec des mouvements fantasques Courbant leurs p.halanges. d'airain, Les gantelets versent aux casques Des rasades de vin du Rliin,

Ou découpent au lil des dagues Des sangliers sur des plats d'or...

Cependant passent des bruits vagues Par les orgues du corridor.

Là ilrbiiuclie devient farouche.

On n'entendrait pas tonner Dieu ; Car, lorsqu'un fantôme dé(N)uclie, C'est le moins qu'il s'a nuise un peu.

El la fanlasl-ique assemblée Se tracassant dans son liarnois, L'orgie a sa jumeur doublée Du tintamarre des tournois.

Gobelets, hanaps, vidrecomes, Vidés toujours, remplis en \a\n, Entre les màclioires des heaumes Forment des cascades de vin.

Les hauberts en bombent leurs ventres, Et le flot monte aux gorgerins ; — Ils sont tous^ris j^omme des chantre Les \'aillanls (•(iiiites suzerains!

L'un allonge dans !i salade Nonchalamment ses pédieux.

I. 'a ni 10 à son compagnon malade Fait un sermon fastidieux.

Et des armures peu bégueules Kappellent. dajidajit Jour boisson.

Les lions lji in.pa.ssas- de gueules Blas-onnés sur leur écusson.

D'iini^ \iùx ciiroi'o ciirniit'e Par riiuiiiidUi' du cuAcau, Max fredonne, ivresse enjouée.

Un lied, en treize cents, nouveau,

Aibrecht, ayant le vin féroce.

Se querelle avec ses voisins.

Qu'il inartèle, bû^iuî et rosse, Gomme il faisait des Sarrasins.

ÉchaulTé, Fritz ôte son casque.

Jadis par un crâne habité.

Ne pensant pas que sans son masque Il semble un tronc décapité.

Bientôt ils roulent p^'le-nuMe Sous la table, parmi les brocs, Tête en bas, montrant la semelle De leurs souliers courbés en crocs.

C'est un liideux cliiinip de lialnille Où les pots heurtent les arniets.

Où chaque mort par quelque entaille Al! lieu de sanif VdUiit des mets.

Et Biorn, Ir polii;;- sur la cuisse, Les contemple, morne et hagard.

Tandis que, par le vitrail suisse, L'aub\jett(> sou bleu regai'd.

— liô —

La troupe, qu'un rayon traverse, l'àlit comme au jour un flambeau, lit le plus ivrogne se verse Le couj') d'élrier du tombeau.

Le coq chante, les spectres fuient Et, reprenant un air hautain.

Sur l'oreiller de marbre appuient Leurs tètes lourdes du festin I

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