‹ Émaux et camées. Éd. ornée de cent dix aquarellesChapitre 28 sur 41 · LA ROSE-THE · texte numérisé non relu

LA ROSE-THE

La plus délicate des roses Est, à coup sûr, la rose- thé.

Son bouton, aux feuilles mi-closes De carmin à peine est teinté.

On dirait une rose blanche Qu'aurait fait rougir de pudeur, En la lutinant sur la branche.

Un papillon trop plein d'ardeur.

Son tissu rose et diaphane De la chair a le velouté ; Auprès, tout incarnat se fane Ou prend de la vulgarité.

•Comme un teint aristocratique êNoircit les fronts bruns de soleil, SDe ses sœurs elle rend rustique |Le coloris chaud et vermeil.

Mais, si votre main qui s'en joue, A quelque bal, pour son parfiun, La rapproche de votre joue, Son frais éclat devient commun.

Il n'est pas de rose assez tendre Sur la palette du printemps, Madame, pour oser prétendre Lutter contre vos dix-sept ans.

La peau vaivt mieux que le pétale, El le sang pur d'un noble cœur Qui sur la jeunesse s'étale.

De tous les roses est vainqueur!

Carmen est maigre, —un trait de bistre Cerne son œil de gitana.

Ses cheveux sont d'un noir sinistre, Sa peau, le diable la tanna.

Les femmes disent qu'elle est laide, Mais tous les hommes en sont fous ■ Et l'archevêque de Tolède Chante la messe à ses genoux ;

Car sur sa nuque d'ambre fauve Se tord un énorme chignon Qui, dénoué, fait dans l'alcôve Une mante à son corps mignon.

Et, parmi sa pâleur, éclate

Une bouche aux rires vainqueurs;

Piment rouge, fleur écarlate,

Qui prend sa pourpre au sang des cœurs.

Ainsi faite, la moricaude Bat les plus allières bea'ités, Et de ses yeux la lueur /;haude Rend la flamme aux satiétés.

Elle a, dans sa laideur piquante, Un grain de sel de cette mer D'où jaillit, nue et provocante, L'acre Vénus du gouffre amer.

Page 1