‹ Émery le négociantChapitre 11 sur 55 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

BIDAUT. seul.

Une lettre de cette importance!... Rapportezvous-en donc à de pareils sujets ! [Après un temps, et avec émotion.) Je n’ose l’ouvrir; de ce qu’elle renferme dépend l’avenir, l’honneur peut-être de la maison Émery.:. Mais il me semble, au travers de cette enveloppe... Mon Dieu! cet emprunt de cent mille francs, notre dernière espérance... ce riche parent de monsieur Émery viendrait-il i notre secours?... (// 6rûe vivement le cachet.) Ah! je ne m'étais pas trompé; oui, oui, ce sont bien des billets de banque!.,. Ah! soyez béni, mon Dieu ! soyez béni!... Mais voyons, vojons ce que mande monsieur Émery. ( Après un temps employé à calmer son agitation, il lit d’une voix émue.) « Mon cher Bidaut, comme tu m’y invi- » tais dans ta dernière lettre, j’ai vu mon parent, » mais c'est en vain que je me suis adressé à lui... (Parlant, et atterré.) Qu’ai-je lu?... Mais ce* billets!... Poursuivons. (Lisant.) « Une liquida- » lion honorable est donc maintenant tout ce que u je puis espérer. » ( Partant , et avec une vive émotion.) O mon Dieu! mon Dieu! (Lisant.) « Mes divers crétyiciers de notre ville, les seuls » qui me restent, sont autorisés à tirer sur moi, » pour le 22 courant, cinq traites formant ensem- « blc quarante-neuf mille sept cent douze francs.* (Parlant.) Le 22, c'est demain. (Lisant.) « Pour » faire face à ces derniers engagements, je te re- » mets ci-inclus dix-huit mille francs, montant » de plusieurs dividendes, dont tu as plus bas » le détail, et trente-deux mille, capital d'une » rente que j’ai fait vendre ce matin, le tout en u billets de banque... trouveras aussi sous m cette enveloppe, une lettre pour ma femme, ma » pauvre Louise!... Jusqu’au dernier moment,

» j’ai voulu lui cacher le malheur qui nous frappe; » c’est pour elle surtout que je regrette notre » aisance; préparc-la doucement à ce triste évé- » nement; lâche de la consoler... Du reste, je la » reverrai bientôt, car je compte suivre ma lettre de » fort prés... Quand j’aurai payé, il ne me restera » plus rien, qu’une conscience paisible et un nom » sans tache... Je recommencerai courageusement » ma vie; je referai ma fortune en travaillant près » de toi, chez les autres, s'il le faut! • ( Idoles sanglots le suffoquent. Moment de morne silence; puis parlant.) Après vingt ans d’une existence laborieuse et irréprochable, après tant d’efforts, tant île sacrifices, être vaincu par les événements, ah! c'est affreux!... Et comment annoncera madame Émery... (Bruit à droite. Laporte d’entrée s’ouvre.) C’est elle !

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