‹ Émery le négociantChapitre 52 sur 55 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DURAND, M“« EMERY, assise sur le balcon de droite , et d demi cachée par le rideau; puis PRGSPttit.

durand , tout en traversant du fond à gauche.

Notre homme ne peut tarder à rentrer... U est temps. ( Il dépose la lampe sur le guéridon , en avant de la porte qui conduit chez Emery, puis se dirige vers la fenêtre de gauche, l'ouvre avec précaution, plonge son regard A l'extérieur , puis frappe dans sa main un léger coup auquel on répond du dehors par un coup pareil.) Bien... fidèle au poste.

ÉMEUT , qui au premier coup a tourné la tète , et d part.

Que signifie ?...

A ce moment, la figure de Prosper paraît en dehors de la fenêtre.

prosper , à mi-voix.

La porte m’est défendue... mais on n’a pas parlé de la fenêtre.

M KM ER Y 9 à part.

Que vois-je?...

Aidé de Durand, Prosper franchit la fenêtre; un costume d'ouvrier da port a remplacé son élégant négligé da commencement de l’acte. M** Emery est devant tremblante et attentive.

PROSPKR.

Je commençais à croire que tu m’avais oublié ! .•*> M“ e émeut, à part, avec terreur.

Cette voix?... Prosper Dubreuil !...

Elle laisse retomber 1» ridean , et n’est plus visible qoe<

I pour les spectateurs. Durand, qui s’est approché dm. guéridon, lève la lampe; la lumière envahit la scène.

p iiosv’E k , vivememi.

Eh bien ! que fais- lu donc ?

DOBAND.

Je fais mon service d’habitude... Rien ne dtit éveiller les soupçons de celui que nous attendons... Chaque soir, eu rentrant, c’est U qu’il trouve sa lampe.

M mi ‘ émejiy , à part, et haletante de frayeur.

Mon Dieu! quel esL donc leur projet!».

PROSPER

A présent... 1a chambre de ton maître ?..

durand, indiquant la porte de g eue ha.

Au bout de ca corridor-. (Puis l'arrêtant.) Mais avant, réglons nos comptes.

prosper , lui serrant la main.

Confiance qui m'honore!... ( II tire un portefeuille.) Voici les trois raille francs que tu as exigés d’avance.

durand.

Bien.

PROSPER

Une chaloupe t'attend prés d« la jetée pour te conduire au bâtiment qui met à la voile à minuit.

DURAND

Très-bien.

PROSPRR.

Quant aux cinquante mille francs qui terevien nem de droit sur la dot. je te les ferai religieusement passer.... dès le premier quartier de (a lune

de ariei.

DURAND

Là-dessus , je sais parfaitement tranquille... je te connais... et puis, en cas d’oubli de ta part, tu me sais homme a venir en personne te rafraîchir la mémoire.

P R OS PER

De ton côté , tu t'engages à ne jamais reparaître?-.

mma u>.

Cela dépendra de toi.

prosper.

Avant un mois, tu auras palpé ta part de la monnaie du beau-père... Sois donc sans peur.

MJRAYD.

Et toi MBS reproche.

ii*® F iikrt , à part.

Mob Dieu! faites-moi con no! tre leurs desseins!...

PROSPER

Maintenant, au raoina, pas de faiblesse I M® e Emary paête une oreille attentive.

DURAND

Sois calme... Cette lettre, dont l’imprudent te menace...

PROSPRR.

S’il refuse de me la rendre... ou s’il jette un seul cri I—

DURAND

Cest convenu... mortl

«“• ükiiy , poussant im ct i étouffé.

Ahl

Elle disparaît derrière le rideau. Prosper ut Durand sa sont virement retournés.

DURAND, qui a tiré non poignard.

Hein?... qu'est-ce?... Nous ne sommes pas seuls!

PROSPER

Ce rideau a remué'.... (// met également le poignard à la main et ne dirige rapi iementvers la fenêtre de droite , dont il tire le rideau.) La folle I Le rideau tiré laisse voir M®« Emery assise et tranquillement occupée à jouer avec le* fleurs ; à la vue de Prosper, elle replace le pot sur l'appui du balcon ; ses i trait» expriment la satisfaction.

M ma ÉuKrt.

Ah! te voilà enfin!... (EUe se lève, et feint d'apercevoir Durand. ) Ah ! pardon , je n’avais pas vu monsieur... ( Elle panse à Durand^ et lui ftsit la révérence.— Puis, à mi voix, ci Prosper.)

Il est avec toi . ce monsieur -la?... je ne le coi*nais pas... Toi. c'est différent... je te connais... Tu viens me chercher pour le bal-., c’est une surprise que tu voulais inc laire pour ma fête... mais je sais tout... Buiaul m'a tout dit... c’est pour dix heures.

Elle se dirigi» vers le guéridon, s'empare brusquement des fleurs qu elle y a déposée* à son entrée, et sc met à les considérer en souriant, et à les effeuiller.

durand, bas, à Prosper.

Est-elle folle , hein !...

PROSPRR.

C’est heureux pour nous.

durand, remettant son poignard.

Et pour elle I

prosper , même jeu.

Elle m’a fait une peur!,.. Je te connais. ..je le connais...

DURAND

Et moi, qu elle ne reconnaît pas... Elle n’est pas dangereuse.

PROSPRR.

Mais comment l'éloigner?

DURAND

Laisse-moi faire... ( Il s'approche de Jf*»

Êmery.) 11 se fait tard, madame... plus lard qu’a lord inaire., ne venez- vous pas?...

emery, vivement . tt le regardant avec étonnement.

Au bal?... Eh bien, et ma toilette? .. je ne suis seulement pas coiffit... Mon Dieu! mon Dieu! .. je vais me faire attendre !... ( Elle court se mtrerdane iapepeine.) Voyons... . quelle fleur mettrai-je dan» mes itirveux ?... celle-ci!... {Elle désigne une de celles quelle tient.) elle me va bien, n’est-ce pas?., c'est que je tiens à être jolie!... très-jolie... (BHe fait le simulacre de se coiffer.) Je ne veux pas manquer une seule contredanse 1... IA !... je suis prèle .. Ah! .. vous venez me chercher... > faisant la révérence à Durand i monsieur...

; Elle accepte la main que Durand lui prévente, et, conduite par lui, elle marche ainsi ver* son appartement, à droite. DURAND.

; Enfin!...

PROSPRR.

Hâtons-nous !...

Il se dirige vers la porte conduisant à la chambre d’Emerv. qu’il ouvre doneement ; arrivée aux deux tiers de la scène, Emery s’arrête.

«!“• lmf.rv, à part.

Ciel !...

L’altération subite qui se peint sur ses traits indique

Ï u’elle voit dans la Psyché ce qni se pa««e à l'autre out du salon ; un instant elle semble défaillir. Durand, qui lui a quitté la main pour ouvrir la porte de droite, n’a pu voir ce jeu de scène ; quand il *e retourne vers eüc , elle lui sourit , et entre précipitamment dans sa chambre.

prosper stir le seuil de la porte d’Emery, et s'adressant d Jf |W Emery, à l'instant où elle disparaît.

Bien du plaisir, ma belle dame t durand , l'enfermant au moyen d'un verrou qu’il pousse.

Bien du plaisir !

Il traverse rapidement la scène, et franchit i la suite de Prosper la porte qui conduit chex Emery ; à peine est-elle refermée sur eux. que M®» Emery se jette en «cène, rentrant par le fond ; son visage est empreint des signes de la plus grande terreur.

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