I. Éméïjne sur le cœuR
Expér. I. — 7 mai. — Cœur mis à nu et tiré au dehors ( sans éiigne ni perte de sang).— 9 h. 52: 40 pulsations régulières.— 9,55: on fait couler goutte à goutte sur le cœur une demi-seringue d'une solution demétine au 1/30 (avec l'acide citrique), soit : 0,01 centigr. d emétine. — 9,57 : 36 p. — 9,59 : 32 cà 36 : le cœur se vide moins complètement qu'au début. — 10 : 32 ; les contractions deviennent pénibles. — 10,2 : 28. — 10,4 : 16. — 10,7: 10 à 12. — 10,10: 4. — Le cœur s'arrête en diastole.... (Voir la suite dans la 3« partie.)
Un cenligr. d'émélinc élciulu dans 0,50 (''eau placé sur le cœur d'une grenouille, fait lombi.'r les pulsations de 40 à 0 en 15 ù 20 minutes. Les contractions diminuent d'inlcnsilé et puis le cœur s'arrête en diastole.
Expér. II . — 6 mai, — Cœur mis à nu. — 1 h. 58 : 48 pulsations.— 1,59 : instillation de 0,01 émétine sur le cœur, comme dans l'Expérience i. — 2 h. 1 : 48. — 2,3 : 48. — 2,5 : 48. — 2,8: 48.-2,12: 48.- 2,15: 4i. — 2,19: 24. Systole diflicile; se fait en deux temps distincts; déjii depuis plusieurs minutes la diastole était aussi dicrote. — 2,25 : 24. — 2,30 : 20. L'énergie des battements diminue; le cœur se vide moins complètement.— 2,33 : 20.-2,36 : 24.-2,42 : 20 à 24.— 2,45: 20 à 24. — 2,49: 20 à 24. — 2,57 ; 20. Systole presque entièrement supprimée. Simple affaissement entre lesdiastoles.
Vers 4 h., on constate la cessation de tout battement (l'observation avait été interrompue de 3 à 4).
Après une instillation de 0,01 sur le cœur, nous ne pouvons pas jiréciser ici le moment exact où le cœur a cessé de battre. Mais ce qui est très net, c'est la brusquerie avec laqnelle le pouls tombe (i un moment donné.
D'une observation à l'autre, il tombe de 20 puisât. Ce fait, <léj/) net dans l'Expérience i, sera confirmé par une série d'autres expériences.
L'Expérience H dilïèrede l'Expérience i par le temps qu'a mis il'éméline pour agir : la dépression ne commence que 13 minu-
tes après l'inslillaliun, landis que iluns l'Expniencei elle s'accuse loul (le suite. Évidtmmcnl la f^reiiouille ii élail plus résislaule au poison que la grenouille i ; elle a rùsislé plus longtemps, et n'est morte que plus tard.
L'arrêt du cœur a été précédé d'un phénomène qui est à peu près constant dans les intoxications : la diastole commence ù se dédoubler, à devenir dicrote, à se faire en deux temps ; puis la systole présente le même dédoublement. La contraction cardia((ue devient ensuite un simple alîaissement passif, alors môme que la fréquence est encore assez considérable (20 par minute).
Expèr. III. — 9 mai. — Cœur mis à nu. — 60 puis.
10 h. 8 : inslillation goutte à goutte sur le cœur d'un quart do seringue d'émétine, soit: 0,005. — 10,13: 48.
10,15: 2" instillation semblable. — 10,16: la diastole commence à se, faire en deux temps. L'intensité de contraction diminue beaucoup ; la systole est une sorte d'affaissement en deux temps. — 10,18 : convulsions brusques. — 10,19: 44. — 10,20: 24. — 10,21:20.— 10,22: 20. — 10,27 : quelques rares contractions très irrégulières, avec mouvements convulsifs. — 10,33 : le cœur est complètement arrêté.
Ici le cenligram. d'émétine a été instillé en deux fois, à 7 minutes d'intervalle. Le cœur s'est arrêté 25 minutes après la première instillation. Il est tombé brusquement de 20 pulsations, Il minutes après le début. L'arrêt du cœur a été précédé, comme dans les expériences précédentes, du dédoublement de la diastole et de la systole.
Expér. IV. — 11 mai. — Cœur mis à nu à 9,45. — 44 pulsations.
9,55: instillation goutte à goutte d'un quart de seringue d'émétine : 0,005.— 9,58 : 54.— 10 : diastole commence à devenir dicrote. — 10,5 : 40. Contraction bien moins énergique. — 10,8 : 16. — 10,10: convulsions. — 10,1 1 : nouvelle convulrion ; 16 pulsations très faibles et irrégulières. — 10,13 : convulsion. — 10,15 : 16. — 10,18 : 10 très faibles, mais régulièes. — 10,24 : 5 très ftiibles. — 10,27 : 3 à peine sensibles. — 10, 30 : plus de contractions du tout.
Expérience bien suivie avec 0,005 émétine sur le cœur.
5 min. après l'inslillalion, la iliasloItMlevienl dicrole, puis la systole s'aiïaiblit. 13 min. après le début, le pouls lonabe brusquement de 28 pulsations, et le cœur s'arrête définitivement 35 min. après l'application médicamenteuse.
Expér. V. — 13 mai. — Cœur misànuàO h. 14. — 48 puis, à 9,17.
9,19 : instillation goutte à goutte sur le cœur de 2 divisions I delà seringue, soit 0,002 émétine. — 9,21 : 47. — 9,27 : 44. — , 9,33 : 38 contractions affaiblies. — 9,39: 35. — 9,44: 33. — , 9,50: 31 faibles, régulières. — 9,55: agitation (convulsions). I — 9,56 : Convulsions. — 9,57: 28 extrêmement faibles. — 9,58 : I Convulsion; hernie du poumon droit. — 10,1 : 30. — 10,2: Convulsion avec cri et nouvelle hernie du même poumon ; les contractions cardiaques s'aflaiblissent de plus en plus. — 10,4: 28. — 10,9: 28 extrêmement faibles. — 10,16 : 20. — 10,25: Convulsion. — 10,26: 12. — 10,27 Convulsion. — 10,28.- 10. — 10,37 : 10 extrêmement faibles.
Deux milligr. d'émétine sur le cœur ne l'ont pas arrêté en 1 h. 18 min., mais ils ont fait tomber le cœur de 48 à 10 en alFaiblissanl énormément les conlraclions. Le fait le plus remarquable, c'est que la descente de la courbe a été beaucoup plus graduelle que dans les précédentes expériences ; il n'y a pas de chute à pic, comme c'eM la règle.
Expér. VI. — 18 mai. — Cœur mis à nu à 9 h. 18. — 56 puis.
9,33: instillation goutte à goutte sur le cœur de 2 divisions d'émétine, soit 0,002. — 9,37 : 40. — 9,39 : diastole dicrote. — 9,40 : 20. — 9,43 : 16. — 9,48 : 10 très faibles. — 9,53 : 6. ~ 9,56: 5.-10: 5. —10,3: 4.-10,7:3.-10,14: 2.-10,18: 1. — 10,53 :plus rien.
Ici deux milligr. d'émétine sur le cœur ont nettement agi, produit la défervesccnce rapide, et réduit les pulsations de 56 à l en 45 minutes.
C'est une bonne expérience à rapprocher des Expér. i pour 10 milligr, et iv pour 5 milligr.
On a noté le dicrotisme de la diastole avant l'arrêt.
Expér. VII. — 17 mai. — Cœur mis à nu à 9 h. 25 (hernie du foie). — 52 puis.
9,35 : instillalion sur le cœur de 0,001 éméline. — 9,42: 45.
— 9,49 : 40 bien complèLes. — 9,55 : 35 toujours complètes. — 9,59: 34. — 10,3: 33.- 10,8:31. - 10,27: 30. — 10,41 : 30.
L'expérience est interrompue jusqu'à 1 h.
J ,44 : 4 1 . — 2,4 : 42. — 4,35 : 41. Dicrotisme douteux dans la diastole. — 6,18 : 38 extrêmement faibles. — 8 h, cœur presque entièrement arrêté.
Ui) milligr. nous a donné un simple ralenlissement de 20 pulsations, après lequel le pouls s'est relevé presque à son degré physiologique. Le cœur ne s'est définitivement arrêté que très lard, après 8 h. soir, alors que l'application d'éméline avait été faite à 9 h. 35 du matin.
On remarquera que dans cette expérience, où il n'y a eu qu'un ralentissement léger et progressif, l'énergie des balteménls a été notée, conservée pendant toute la matinée.
Expér. VIII. — 14 mai. — Cœur mis à nu à 9 h. 20 (hernie du poumon droit et hémorrhagie assez forte). — 9,23 : 54. — 9,25: 54.
9^26 : instillation de 0,OOrémétine (il se répand un peu de la solution dans le sang qui baigne le cœur). — 9,33: 48. — 9,39: 48.- 9,44: 48. — 9,47: 44. Le cœur se vide bien, ])as de dicrotisme. — 9,53 : 43. — 9,57 : 42. — 10,2: 42. — 10,12: 41. — 10,18:40.
1 h. 50 après midi : 42 très énergiques, sans dicrotisme; le poumon droit de nouveau hernie.
L'elfet d'un milligr. a été encore plus restreint dans celte expérience que dans la précédente : h peine un ralenlissement de dix pulsations, sans modification dans l'énergie des batlemenls et sans dicrotisme.
Expér. IX. — 19 mai. — Grenouille énorme. — Cœur mis à nu à 9,25. — puis : 50 (très belles) à 9,27.
9,34 : instillation sur le cœur de 0,001 éméline. — 9,41 : 50. — 9,46 : 46. — 9,50 : 38. — 9,54 : 36 contractions très énergiques. — 9,59: 34. — 10,6: 32. — 10,9: 32. — 10,15: 30.
La diastole commence à se faire en doux temps. — 10,21 : 28. — 10 29:30. 10,40:29.— 10:59 : 28. Convulsion. — 11.11: 30.
Soir: 1,53: 52. — 2,14; 41, sans dicrotisme. — 5,20; 42 contractions énergiques sans dicrotisme.
Le lendemain, 20 mai, 8,40 mat. 50 puisât... (Voir la suite dans la 3^ partie). ...2, 15 : 5 5.
Bel exemple de la résislancc d'une grosse grenouille au Iraumalisme nécessaire pour mellre le cœur à nu. 30 h. après ropéralion, elle a 55 puis, (en ayant eu 50 au dépari).
Un milligr. d'éméline produit un simple ralenlissemcnl de 20 puis. ; après quoi loul rentre dans l'ordre, sans diminution d'énergie dans les battements, mais un léger commencemenl de dicrotisme dans la diastole.
En somme, résultat bien comparable à celui des expériences VII et VIII laites avec la môme dose.
Expér. X. — 3 juin. Grenouille petite. Cœur rais à nu à 8 h. 10.-8,23 :56; 8,25: 56.
8,27 : instillation sur le cœur de 0,001 émétine. — 8,30: 52. — 8,33 : 4i. - 8,40 : 32. — 8,43 : 32. - 8,4G : 30. — 8,49 : 30. — 8,51 : 30. — 8,54 : 32. — 9,1 : 32. — 9,5 : 30. — 9,12 : 30. - 9,19: 30.- 9,24 : 32. — 9,30 : 32. —9,33 : 32. — 9,41 : 32. — 9.48: 34. — 9,55: 38. - 10,2: 38. — 10,8 : 36. - 10,13: 40.— 10,19: 42. — 10,22: 42. — 10,30: 42.— 10,39 : 44. — 10,45: 48.— 10,51: 48.- 11,6: 46. — 11,14:46.
Soir: 1,38: 56. — 3,45: 52. — 5,59: 52, extrêmement faibles.
Expérience très comparable encore aux trois précédentes, quoique sur une grenouille de dimension bien dilTérenle: toujours avec un milligr. d'émétine sur le cœur, simple ralentissement de 26 j)ulsalions el puis retour progressif à l'étal normal.
Aces dix premières expériences, nous ajouterons le commencement de trois autres, qui appartiennent (pour le classement général) 6 la troisième partie, a cause de l'inlervenlion ultérieure . de l'atropine, mais dont la première période appartient en propre à l'action isolée de l'éméline sur le cœur,
Expér. xxviii, — 21 mai. — Grenouille petite. — Cœur mis à nu à 8,52. — 8,55 : 64.
8,58 : instillation sur le cœur crO,001 émétiue, — 9,8 : 40.
— 9,11 ; 33 très faibles, avec arrêts par moments. — 9,15: 20 très faibles. ( Voir la suite dans la troisième partie. )
Ici le résultat a été tout différent de celui des quatre précédentes expériences : un milligr. sur le cœur a agi puissamment ; il a déprimé très rapidement et très brusquement les pulsations de 64 à 20. C'esl une chute de 44 puis, en 17 minutes. C'est un effet analogue h celui obtenu avec 0,002 milligr. (Expér. vi), 0,005 milligr. (Expér. iv) et 0,010 milligr. (Expér. i). Il y a eu en même temps diminution dans l'énergie et irrégularité des battements»
Expér. XXIX. — 22 mai. — Cœur mis à nu à 1,30 (hernie du poumon ). 1,36 : 48.
1,41 : instillation goutte à goutte sur le cœur de 0,002 éraétine. — 1,44 : 50. — 1,47 : 48, — 1,55 : 36 extrêmement faibles; diastole dicrote. — 1,56: 32. — 1,57 : se débat; hernie du foie. — 1,59 : 20 très faibles. . . . (Voir la suite dans la troisième partie. )
Expérience à rapprocher des expér. v et vi, faites également avec 2 milligr. d'émétinè. Ici la substance a agi à peu près comme dans l'Expérience v, en produisant une défervescence de 30 puisai.; seulement la courbe est tombée plus vite, en 15 minutes. Le dicrolismede la diastole et Taffaiblissement des contractions cerdiaques ont été notés.
Expér. XXX. — 3 juin. — Cœur mis à nu à 8,16. — 8,22 : G2. — 8,24 : 60.
8,27: instillation sur le cœur de 0,001 émétine. — 8,31: 56.
— 8,34: 36. Diastole dicrote. — 8,40 : 28. — 8,44 : 28. . . (Voir la suite dans la 3'"® partie.)
Action puissante d'un milligr. analogue à celle obtenue dans l'expér. xxviii. En 13 minutes, les contractions tombent de 60 à 28, c'est-à-dire de 32 pulsations, en même temps que la diastole devient dicrote.
Conclusions de ce paragraphe (éméline sur le cœur).
Des treize expériences qui précèdent, nous pouvons maintenant déduire les conclusions relatives à l'action de l'é.'Léline directement appliquée sur le cœur.
A. Dans trois expériences, nous avons instillé dix milligr. d'émétine sur le cœur : dans deux cas en une seule fois, dans un^cas en deux fois, à 7 min. d'intervalle. Dans les trois cas, le cœur s'est arrêté assez rapidement, après 15 à 20 min. dans l'Expér. I, après 25 min. de la première instillation et 18 de la seconde dans l'Expér. m: le temps n'a pas été déterminé dans l'Expér. 11.
Dans les Expér. i et m, l'action s'est accusée immédiatement après l'instillation ; dans l'Expér. ii, 13 min. se sont écoulées entre l'inslillalion et le début de l'action.
Ce qu'il y a de remarquable dans la descente de la courbe, c'est la brusquerie soudaine de la chute : d'une observation à l'autre, à un moment donné, on trouve 20 pulsations de moins. C'est là un fait remarquable à rapprocher de ce que Dyce- Duckworlh avait observé pour la pressiori sanguine et que nous avons rapporté plus haul.
AvanI l'arrêt qui se fait en diastole, on remarque le dédoublement de la diastole, de la systole ensuite. Ce dicrotisme devient quelquefois une vraie ondulation. En môme temps, les contractions perdent leur énergie, au point d'être remplacées par un simple alTaissemenl passif.
7i. L'Expérience iv, faite avec cinq milligr., a donné des résultats tout 5 fait semblables aux précédents: dicrotisme de la 1 diastole 5 min. après le début, alTaiblissement de la systole, chute brusque de 28 puis, après 13 min.; arrêt définitif en diastole après 35 min.
C. A deux milligr., les résultats sont moins concordants : les dilîérentes grenouilles résistent inégalement à celte dose.
Ainsi, chez l'une (Expér. vi) les choses se sont passées conr.me avec 5 ou 10 milligr. : chute rapide, diastole dicrote, arrêt en 45 min.
Choz une autre (Expér. xxix), il y a eu défervescence assez rapide de 30 puisai, en 15 min., dicrolisme de la diastole et allaiblissement des contractions. Nous ne savons pas si le cœur se serait arrêté, parce que nous avons instillù de l'atropine, comme nous verrons dans la troisième partie.
Enfin, chez la troisième (Expér. v), le cœur n'était pas arrêté 1 h. 18 après l'instillation. Les contractions se sont aiïaiblies et les pulsations sont tombées de 48 à 10. Mais celte courbe diiïère de la plupart des autres en ce qu'elle accuse une descente graduelle et non brusque.
D. Les six expériences faites avec un milligr. montrent encore mieux la dilîérence de résistance des diverses grenouilles à ces doses relativement faibles.
Quatre de nos grenouilles n'ont eu en etfet sous celte influence qu'un ralentissement passager, sans diminution dans l'énergie des contractions et suivi d'un retour complet à l'état normal. Ce ralentissement a été de 10 puis. (Expér. viii), de 20 (Expér. vu et IX ) ou de 26 (Expér. x). Chez une seule des quatre (Expér. IX ), on a noté un léger commencement de dicrolisme dans la diastole.
Deux autres grenouilles oui été au contraire très fortement influencées parcelle même dose d'un milligr.: chez l'une (Expér. xxviii), il y a eu chute rapide et brusque de 44 puisai, en 17 min., avec diminution dans l'énergie et irrégularités des battements cardiaques. Chez l'autre (Expér. xxx), la chute a été de 32 puis, en 13 min., avec dicrolisme dans la diastole. — On ne sait pas la suite naturelle de leur histoire, parce que chez Tune et chez l'autre nous avons fait agir l'atropine, comme nous le verrons dans la troisième partie.