ACTION DE L EMÉTINE SUR LA CIRCULATION DE LA GRENOUILLE
§ I. Résultats acquis par les auteurs antérieurs. — C'est en 1862 quePécholicr ■ a lait les premières expérimces relatives à l'action de l'éméline sur le cœur de la grenouille. Il voulait étudier les résultats du conlacl de l'éméline avec le tissu même du cœur.
Voici le récit textuel de ses deux expériences :
f Quatorzième expérience, où l'on a versé directement 24 gouttes de chlorure d'émétinesur le cœur d'une grenouille.
y) Oji fixe deux grenouilles sur des plaques de liège au moyen d'épingles, de ruanière à ce que leur dos repose sur la plaque de liège. Leur poitrine est ouverte, et le cœur, tiré au dehors, est maintenu par une petite érigne. Malgré l'afTaiblissement occasionné par une assez forte perle de sang, nous comptons chez ces animaux environ 120 systoles cardiaques par minute-''. Nous versons alors sur le cœur de la grenouille i 12 gouttes de
' Le numéro de chaque courbe (cliiffre romain) est celui de l'expérience qu'elle représente.
2 Pécholier ; Eech. expérim. sur Vaciion physiol. de l'ipécaciianha- (Montpellier médical, 1862, IX, 520.)
Nous n'avons jamais obtenu des chiffres aussi élevés pour l'état physiologique.
chlorure demétine au 100", à deux reprises et à 5 mm. d intervalle, tandis que la grenouille B est respectée. Au bout de 10 min., le cœur de la grenouille A est à 62 et 5 à 96. Apres 33 min. , le cœur A ne se contracte plus, tandis que celui de B se contracte encore pendant plus d'une heure*. »
c( Quinzième expérience, confirmative de la précédente.
» Sur le cœur d'une autre grenouille préparée de la môme manière, nous faisons couler à trois reprises et toutes les 5 min., environ 10 gouttes de chlorure demétine au 50'"'; les battements du cœur décroissent aussi avec une grande promptitude el s'arrêtent en 28 min., après de vives convulsions éprouvées par l'animal , tandis que le cœur d'une autre grenouille prise pour témoin bat encore pendant cinq quarts d'heure.
Pécholier parle ensuite d'expériences failes de la môme manière sur des cœurs de grenouilles enlièreraenl liélachés de l'animal, el il conclut que l'éméline agit directement sur le lissu musculaire du cœur de la grenouille'.
En 1869 el 1871, Dyce-Duckworlh ' a montré que de fortes doses d'éméline, injectées sous la peau ou dans les veines, I luiMil par paralysie cardiaque, el la pression sanguine, peu al- 1 lérée par les faibles doses de l'alcaloïde, tombe brusquement peu avanl la mort.
Mais n'ayant pas eu entre les mains les mémoires mêmes de I Dyce-Duckworlb, nous ne savons pas s'il a spécialement éludié Taclion de l'éméline sur la grenouille.
En 1873, paraît le travail de d Ornellas' . — Voici ce qui a Irait aux grenouilles.
«... Les eiïels généraux de l'éméline se sont présenlés chez
' Nos grenouilles témoins ou celles qui étaient peu influencées par le ! poison vivaient en général plus de vingt-quatre heures.
Ces expériences, môme celles du second groupe, ne permettent pas d'élayer une pareille conclusion, parce que dans le cœur, môme séparé M, du corps, il y a encore tout un appareil nerveu.x dont le rôle n'est pas m dégagé par ce genre d'essais.
" 3 Dyce-Duckworth ; Edinb. Darlholom. Hosp. Reports, V, 218, 18G9; et ^^11, 91, 1871. — Cité par Podwyssotzki ; loc. cit.
D'Ornellas ; Mém. sur l'acl. physiot.et Ihérap.de l'éniétine. (Soc. de ' Thérap., Umai 1873.— Gaz. médic. Paris, 1873, pag. 538.)
la grenouille en moyenne : par l'injeclion sous-culan(';e an bout (le 25 min., cl par injection clans l'eslomac au bout de 20. Par la voie sous-culanée, la dose de 0,005 milligr. a é(é lenlernciil toxique, tandis que celle de 0,01 cenligr. l'a élé rapidement. Par la voie stomacale, la dose n'a |)as été mortelle à 0,02 cenligr., mais bien décidément à 0,03 cenligr,
» Le ralentissement de la circulation a été constant chez
les grenouilles émétinisées. D'abord la circulation s'accélérait, il y avait une légère stimulation passagère ; puis petit à petit elle se ralentissait, mais ne s'arrêtait que longtemps après la respiration. La circulation reste donc, quoique ralentie, longtemps appréciable. La systole venlriculaire est d'abord touchée; elle devient plus lente et plus profonde que la systole auriculaire. Celle-ci se trouble aussi au point que souvent il y a trois contractions de l'oreillette pour une du ventricule, et leur isochronisme ne se rétablit qu'après la cessation de l'action du médicament. Le cœur s'arrête en diastole, rempli de sang noir, et, après son arrêt complet, il reste excitable plus ou moins longtemps, même au bout de 70 heures.
» Le cœur bal aussi vile et avec plus d'énergie quand la ligature de l'aorte ascendante vient précéder l'injection d'émétine; il bat plus lentement et avec plus de force quand l'aorle descendante seule est liée ; mais le cœur se paralyse assez rapidement quand c'est le bulbe aorlique qui a supporté la ligature préalable.
» L'émétine n'agil pas sur la circulation capillaire à travers la peau, mais, injectée dans le péricarde, elle ralentit les contractions cardiaques ; elle les ralentit aussi quand on la met en contact avec le cœur h nu (Pécholier). Enfin l'émétine agit sur le sang en attaquant les globules et leurs noyaux, de manière à en faire un magma. »
Enfin, en 1879, nous trouvons le travail déjà cité de Podwys* sotzki ' .
Déjà peu de temps après l'injection de 0,005 milligr. à 0,01
Podwyssotzki ; loc, cit., i)ag.2G3.
cenligr. d'émèlinepurc, dil-il, on remarque sur le cœur de la grenouille rais à nu des irrégularités dans le modede conlraclion. Les contractions des ventricules sont plus péristalliques. A cela s'a* joutent des irrégularités dans la série des chocs. Il survient de fréquents et quelquefois longs silences diasloliques. L'énergie de la systole ventriculaire devient toujours plus faible, la fréquence des contractions ventriculaires diminuant plus vile que celle des contractions auriculaires. Enfin le cœur s'arrête dans un silence diastolique paralytique complet, que ne peuvent réveiller ni les (:Xcilalions mécaniques ni l'atropine. — Si l'émétine doit être placée dans les poisons cardiaques, l'auteur ne décide pas si la paralysie du cœur est due ii une action sur les ganglions cardiaques ou sur le muscle cœur.
Vient ensuite le récit des deux seules expériences suivantes :
L Grosse grenouille. Avant l'empoisonnement : 13battcments du cœur eu 20 secondes; à 12 h. 48 m., 0,02centigr. d'acétate d'émétine pur sont injectés sous la'peau de l'extrémité inférieure.
12 h. 50: 15 (contractions pendant 20 secondes), — 12,51 : 15. — 12,52 : 16 : les mouvements peristaltiques du cœur commencent. — 12,50 : 15. — 1 : 12. — 1, 1 : 10. — 1, 3 à 4 : 10. Le sang était devenu très foncé, le cœur se dilatait fortement ; contractions incomplètes séparées par de longs silences. —
I, 5: une seule contraction rudimentaire du ventricule pour 7 contractions do l'oreillelte. — 1,7: une faible contraction ventriculaire seulement après 18 faibles contractions auriculaires. Cœur énormément dilaté. — 1,10 : encore rares contractions, très faibles, de l'oreillette. L'animal fait encore quelques mouvements respiratoires.
IL Grosse grenouille. Avant l'intoxication, 16 battementsdu cœAu- en 20 secondes; à 1 1 h. 30, 0,005 milligr. d'émétine sont injectés sous la peau.
'll,31 : 16.-11,32: 16 à 17. — 11,33: 16. — 11,34: 16 à 17.
II, 40 : 17.— 11,42: 16.— Les oreillettes se dilatent fortement, premières traces du mode péristaltique de contraction. — 11,45: 13.— 11,47: 12. - 1 1 ,49 : 1 1 , - 11,50: 10 à 11.
— Le mode péristaltique est plus marqué. — 11,52 : 10 à 1 1.
(W-andc irrégularité. JSlode périslalliquo. Quelquefois courts silences diastoliques. — 1 1,55 : les oreillettes battent plus fréquemment que le ventricule. — 11,58 : 5 ventriculaii-es, 10 auriculaires. — 12 h.: 4 ventriculaires et 9 auriculaires. — 12,5 : 3 venlrioulaires (fortement dilatées), 7 auriculaires. — 12,12: 2 ventriculaires et 7 auriculaires. — 12,19 : 2 ventriculaires et 7 auriculaire's. — 12,23 : 1 ventriculaire et 7 auriculaires. — 12,25: long silence général, puis 16 contractions auriculaires, aucune contraction ventriculaire, puis de nouveau long silence. — 12,28 : 3 auriculaires, 1 ventriculaire. — 12,29 : 7 auriculaires, 2 ventriculaires.— 12,30 : 8 auriculaires, 2 ventriculaires.
Nous allons mainlenanl rapporter nos propres expériences. Pais, en énonçant les conclusions générales qui nous paraissent en découler, nous les rai)procherons de celles qui ont été énoncées par les auteurs dont nous venons de parler.
§ II. Expériences personnelles. — La (cchnique expérimentale était très simple et loujours la même.
La grenouille était fixée par quatre é|)ingles sur uneplaquede liège. On mettait rapidement le cœur h nu ; on com|)lait les pulsations pendant un temps variable. Quand le nombre de ces pulsations était fixe, on instillait le médicament sur le cœur ou bien on rinjectait sous la peau de la cuisse oa encore dans le cul-desac sous-cutané de l'abdomen (limitant la plaie faite pour découvrir le cœur).
Nous nous sommes toujours servis de l'émétine dite pure ou blanche du commerce (elle nous a été fournie par M. Gély). Nous la faisions dissoudre dans l'eau distillée à l'aide de l'acide ciîrique. Notre solution était au et nous l'instillions ou l'injections avec une seringue hypodermique. La seringue entière ou 20 divisions représentaient donc 0,02 cenligr. d'émétine ; la demi-seringue ou^ 10 divisions 0,01 centigr. , et chaque division 0,001 milligr.
Nous diviserons les expériences faites avec l'émétine en deux groupes : dans le premier, la substance était mise sur le cœur, e( dans le second sous la peau.