‹ Émile BlémontChapitre 17 sur 21 · L IDEE · texte numérisé non relu

L IDEE

fut l'œuvre de nos précurseurs, écrivains et foules, et que maintenant c'est le soleil de la foi nouvelle qui se lève à l'horizon. Le poète en eut la vision prophétique, dès sa jeunesse, lors de son séjour en Suisse, vision fixée dans celte belle page du même livre :

« Il nous est advenu, tandis que nous restions dans un isolement paisible et studieux, de vivre tour à tour deux existences : l'une, grave et régulière, qui s'écoulait modestement à la clarté propice des derniers jours d'automne ; l'autre, fantastique et merveilleuse, qui nous ressaisissait chaque soir, et ne nous quittait qu'au matin. Aussitôt assoupi, nous reprenions exactement notre rêve au point où nous l'avions laissé la veille. Nous ne savions plus de quel côté était la réalité, de quel côté la chimère; et certes, si la plus réelle des deux existences avait dû être la plus féconde en sensations, la plus intense, la plus nette et la plus active, la vie diurne eut été le songe, la vie nocturne la vérité. Le sommeil n'était plus pour nous qu'un vestibule obscur menant à un palais fabuleux, où nous retrouvions fidèlement des amitiés surhumaines, des amours extatiques. Alors seulement notre âme allégée, libre et toute puissante, s'éveillait et donnait carrière à toutes ses aspirations. Le corps était engourdi, les sens paralysés. Pourtant, nous y voyions plus clair, notre ouïe était plus délicate, nos autres sensations étaient plus fines. En cette masse inerte, gisant sur un pauvre lit, s'allumait un soleil intérieur plus brillant que le vrai soleil, et s'animait tout un monde nouveau, plus vaste, plus beau, plus vivant que l'univers matériel. Singulier phénomène, et qui prouve

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combien cet univers matériel est peu de chose ! Une simple émanation de l'âme peut le remplacer avantageusement i Cela dura près d'un mois. Puis nous changeâmes de résidence, le charme fut rompu, et il ne nous resta qu'un grand accablement, un grand regret. »

Qu'à ce regret succède la joie de reconnaître, nonplus dans la nuée des songes, mais en plein commencement d'édification réelle, le palais splendide de cette vision ! La foi nouvelle, élaborée lentement au fond des peuples, est désormais entre les âmes de ceux qui doivent lui donner la sanction de la paroi e et de l'écriture ; la période des préparations est terminée, celle de l'œuvre est ouverte. Et déjà, nous l'avons vu, Blémont a travaillé directement à cette oeuvre, qui doit embrasser toutes les idées et toutes les actions humaines. Il y a travaillé avec En mémoire d'un Enfant, ce livre tout nouveau par sa toi supérieure, par sa foi victorieuse de la plus grande douleur. Nouveau? dira-t-on; la douleur, son expression sincère et les croyances qu'elle inspire, c'est éternel ! — Justement : être éternel, c'est encore le seul moyen qu'on ait trouvé d'être nouveau. Voyez l'Ecclésiaste. — Il y a contribué par ses Gueux d'Afrique, ce cri de justice universelle. Et en bien des pages vibrantes de sa poésie, de sa prose, il a fait mieux que prédire, il a choisi la voie droite et lumineuse où nous marchons désormais.

Pour sa venue à la religion nouvelle qui comprend autant de raison que de foi, autant de science que de poésie, — et pour sa certitude que le peuple, base perpétuelle des sublimes croyances, aujourd'hui comme autrefois recèle le principe de l'idéal renaissant, je

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l'ai annoncé porteur d'un élément intellectuel imprévu. Que transmettaient d'un siècle à l'autre ses devanciers ? Beaucoup de préoccupations sur la forme littéraire, et quelques propositions aventureuses. La forme, ah ! ce n'est plus ce qui nous tourmente ; pourquoi nous y attarder encore ? Nous usons de toutes les formes qui sont bonnes, et n'aurons là-dessus de querelle avec personne. La meilleure forme est celle qui rassemble, sous une marque originale, les qualités des autres ; et là encore Blémont ouvrit la voie. Et comme le domaine des idées neuves, religieuses et populaires, est incomparablement plus beau et plus vaste que les domaines gothiques ou classiques de la France passée, son action aussi possède ce triple caractère d'être plus ample, plus imprévue et plus considérable que celle des initiateurs littéraires aux derniers siècles.

L'œuvre du xx9 siècle, avons-nous dit, sera tout à la fois française, européenne et mondiale. Or, voyez : le romantique Emile Blémont, par l'idée révolutionnaire qui anime bon nombre de ses poèmes et études, s'est reporté au Dix-Huitième Siècle ; par son théâlre, par le don de pureté de langue allant jusqu'à la perfection, il a retrouvé le Siècle de Louis XIV; la grâce, le charme de maintes pages idylliques et rustiques le relient à la Benaissance ; et il a fouillé le Moyen-Age par ses excursions dans les fabliaux, chansons et mystères C'est justement cela qu'il fallait, toute la Tradition française étant nécessaire à notre œuvre, qui doit être le résultat suprême de cette Tradition et sa consécracration décisive. — Il a, d'autre part, recueilli la pensée

et le sens des « beautés étrangères ». N'était-ce pas indispensable, puisque notre idéal va se déployer sur toute la vieille Europe? — Il a propagé des écrivains d'Amérique, défendu un peuple d'Afrique, révélé poétiquement l'àme de la Chine. Quoi de plus naturel que ces tentatives, pour nous qui savons que, sans Christophe Colomb, l'Europe eût péri étouffée dans ses étroites limites; pour nous que la nouvelle Foi destine à devenir universels?

Avoir été l'abeille de ce miel cueilli parmi nos âges les plus divers, et parmi les pays les plus différents, c'est en notre poète le signe d'une mission digne de l'œuvre profondément humaine du xxe siècle, pour laquelle il travaillait, à laquelle il coopère.

14 aoùt-25 septembre 1905.

INDEX DES NOMS

Mme Juliette Adam, 283.

Adolphe Aderer, 167.

Charles d'Agostino, '207.

Jean Aicard, 56, 63.

Jean Alboize, 120.

Alcanter de Brahm, 295.

Alexandre Ier, 30. Francisque Allombert, 260.

Aima Rouen, 85.

Henri d'Almeras 286.

Andrieux, 83.

Paul Arène, 32, 134, 142, 145,

Arioste, 99, §89.

Mathew Arnold, 278.

Robert d'Artois, 289.

Jean-René Aubert, 268.

Auguste, 316.

Eugène Baillet, 5, 219.

Auguste Baluffe, 97.

Balzac, 10, 69, 165.

Théodore de Banville, 26, 27, 28, 30, 65, 95, 97, 106, 107, 108, 142, 167, 190, 201, 266.

Barbey d'Aurevilly, 313.

Barbier, 10, 165.

Léon Barracand, 207.

Barrias, 210.

Julia Bartet, 111,131,202

Bartholdi, 133.

Baschet, 104.

Bastien-Lepage, 119.

Baudelaire, 108, 165.

Beaumarchais, 82.

William Bell Scott, 277.

Alexandre Beljame, 211.

H. Bemberg, 196, 304.

M»» Béraldi, 219.

Béranger, 4, 10.

Irénée Berge, 189, 217.

Berlioz, 33.

Jean Bernard, 233.

Pierre Berton, 111.

Jean de Béthèncourt, 185.

Marie-Anne Bigarel, 3.

Nicolas Bigarel, 5, 14.

Charles Bigot, 155.

Bismarck, 46.

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