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préludant au nouveau verbe en formation, nous appartiennent en partie. Comme Diderot, Rousseau, Gilbert, Mercier, Ducis, Bernardin de Saint-Pierre, Chénier, Sénancourt , Fontanes , Chènedollé , Lemercier , Mme Cottin présagèrent l'esprit littéraire du xix« siècle, dont ils furent l'aube et l'aurore; de même, parmi les écrivains romantiques, Lamennais, Edgar Quinet, Laprade, Pierre Dupont, Barbey d'Aurevilly, Léon Cladel, Edmond Thiaudière, Louis-Xavier de Ricard, Maurice Bouchor, Edmond Haraucourt, et avec eux Emile Blémont, firent prévoir la littérature du xxe siècle et parfois en écrivirent de beaux chapitres préliminaires, jaillis île leur âme avide d'inconnu et de progrès. Ils distinguèrent l'avenir, le préparèrent, n'étant qu'à moitié de leur temps, qui, en échange, les récusa à moitié. Une part d'eux-mêmes vécut vingt, quarante, soixante ans plus tard. Certains de leurs travaux font partie du domaine intellectuel désormais circonscrit dans le passé, tandis que le reste, incompris et souvent dédaigné par leurs contemporains, attend sur le seuil du domaine futur, qui s'ouvre maintenant pour l'accueillir.
Emile Blémont apparaît avec une autre mission encore. On vit, d'ailleurs, plusieurs cas analogues entre les xvinc et xixe siècles ; et il en existe entre toutes les grandes époques littéraires. Celles-ci, nous venons de le rappeler, ne s'affirment jamais spontanément; elles sont amenées ou favorisées par des précurseurs ; or, ces derniers, quand ils parviennent jusqu'aux fondateurs, se mêlent à eux franchement. C'est ainsi qu'entre deux périodes de littérature, plusieurs écrivains, pré-
curseurs devenus fondateurs, sont des traits-d'uniol nécessaires, des esprits transmetteurs, dont le rôle est souvent difficile et toujours remarquable. Un nom et une œuvre personnifient généralement ces moments" de transition.
Ainsi Clément Marot, que ses origines, sa première éducation, rattachent si bien au Moyen-Age, à cette poésie savoureuse des enfances sur laquelle il répand sa logique, sa clarté et sa fermeté, tressaille à des| souffles nouveaux d'art et de réforme, lit et traduit des latins, se mêle aux premiers mouvements de ce charme, de cette grâce savante qu'est la Renaissance. — Ainsi, Malherbe vient, qui, de la Pléiade expirante où il aj débuté continuant Ronsard, se dresse, avec sa critiqua rude, sa maîtrise, son bon sens, au seuil (\u Siècle de Louis XIV, et organise là choix des idées et des termes, l'ampleur et la correction du vers français, que Boileauj n'aura qu'à parfaire. — Ainsi Fontenelle, neveu de Cor-|j neilîe, subtil, sérieux, écrivant d'abord dans le goût du grand siècle, révèle un esprit nouveau, prélude aux idées philosophiques en attaquant l'ignorance, éclaire de sa<raison les babitués du salon de M;i>ede Lambert, quiou-t vre le Dix-Huitième Siècle, et règne jusqu'à l'apparition de Voltaire. — Ainsi Fontanes, poète élégant et frivole comme le premier milieu fréquenté, d'où il entrevoit Voltaire, proteste contre les excès de la Convention, se réfugie à Londres, y retrouve Chateaubriand, le conseille, l'encourage, aide au réveil religieux, fournit; l'idée, le plan du Génie du Christianisme, qu'ensuite il propage ; parallèlement, il devine Bonaparte et soutient Napoléon ; il console l'auteur des Martyrs, après leur
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insuccès, par des vers d'ami fidèle, et lui garde sa confiance clairvoyante, son affection salutaire.
Emile Blémont, venu du Romantisme, a fait mieux que de fréquentes excursions hors du xixe siècle, à la rencontre des idées nouvelles. Son œuvre et son action rejoignent le peuple à l'heure où brille le soleil levant de la pensée française renaissante, comme Fontanes et ses amis, voici cent ans, saluèrent le soleil levant du Romantisme que fondaient Chateaubriand et M^e de Staël. Son action et son œuvre se mêlent fraternellement aux nôtres, dans la satisfaction pure et vaillante de reconnaître enfin cette vivante synthèse, née tout ensemble de la vieille tradition et de la jeune révolution, de la foi et de la raison, — dans la joie de toucher la main à ses instaurateurs et d'en être. Ce but atteint, ce bonheur intime et profond d'un poète, d'un penseur, d'entrer dans la Terre promise, lui était bien dû, à lui qui, orienté vers l'avenir, n'obtint d'abord qu'une gloire partielle, et non cette pleine renommée conquise par des camarades travaillant exclusivement pour leur temps, lequel se reconnut en eux et les acclama.
Je sais l'arbitraire des comparaisons et des classifications. Nul plus que moi, en principe, n'y est rebelle- Toutefois il n'existe pas de moyen plus clair ni plus sûr d'exprimer le sens et le caractère des affinités intellectuelles. Les écrivains de transition dont je viens de parler annoncent si logiquement le rôle d'un Emile Blémont, qu'il fallait y penser, et le dire ; mais si j'ai bien exposé, antérieurement, l'essentiel de son œuvre, et si l'on consent à me suivre en mes dernières conclusions, on reconnaîtra qu'il nous apporte autre chose
«le plus imprévu, de plus ample et d'une portée plus i considérable.
Et cela tient d'abord à son tempérament tout à la lois ' personnel et altruiste, traditionnel et indépendant. ■ Jeune, nous l'avons vu respecter, quoi qu'il en souffrit, I l'autorité paternelle qui lui inspirait une tendre défé- | rençe ; mais plus tard, dans les Gueux d'Afrique, il a | poussé contre l'Angleterre le plus véhément cri de révolte que nous ayons entendu depuis les Châtiments. I Ami de Victor Hu^o, il lui a maintenu, aussi bien a;;rès la mort que pendant la vie du Maître, une fidélilc exemplaire ; mais ni son milieu originel, ni lin- j faïence même de Plugo, ne l'ont empêché de s'engage! résolument dans le chemin de sa conscience, dès qu'il eut reconnu le danger des solutions factices et hypo- ' crites. Poète, il a exprimé son harmonie intime; cri- ! tique, il a été ordonné, comparateur et précis, sous sa verve française, comme dans une science positive. Kst-il double? Non! avec son âme essentiellement rythmique, avec son équilibre actif, sa pondération , organique et progressive, il est simple et complet comme un accord juste. C'est un « juste-milieu » ; et voilà encore pour expliquer sa renommée restée modeste jusqu'ici. Les esprits extrêmes, à qui manque une moitié d'eux-mêmes, la remplacent par des gesles énormes et des vacarmes éclatants. Les «juste-milieu » ne triomphent que par l'appoint des circonstances. Quand il est nécessaire qu'ils deviennent les dominateurs de leur époque, ils sont par exemple, en politique, Fériclès, Auguste, Léon X, Louis XIV, et en littérature, Ronsard, Boileau, Voltaire, Hugo.
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Nature ouverte et lucide, esprit délié comme une jalance de précision, aimant le beau de droite comme Kui de gauche, admettant des opinions diverses ce m'elles ont de sincère et de raisonnable, préférant 'art de France mais goûtant l'art étranger, Emile îlémont possède les facultés de centralisation conciiante qui, justement, étaient indispensables pour rassembler les principes, les éléments du passé desinés à former l'indestructible base de l'œuvre nouvelle : œuvre française par son génie, européenne jar son influence directe, universelle par son but .uprême.
Notez qu'un tempérament impartial, ouvert à toutes les belles œuvres et soucieux de toute la justice, n'y aurait pas suffi. Une tiiche si grande et si haute ne peut tenter qu'une âme bonne. Blémont, choisissant presque toujours, comme sujet, la bonté humaine, la idélité féminine, de préférence aux drames de l'égoïsme ït de la trahison, rend meilleurs les bons, et suggère mx mauvais je ne sais quelle timidité honteuse qui es rend, sinon plus sages, du moins plus hésitants à nal agir. L'essence de son tempérament n'est-ellc pas inc flamme de sympathie humaine, une ardeur de jrogrès, d'élévation, un rayonnement de chaude et généreuse lumière ? C'est par cette bonté, qui n'exclut, en lui, ni la clairvoyance, ni la fermeté, ni l'énergie, ■l'il a pu, d'abord, maintenir tant de relations amicales ;n un temps peu enclin à l'amitié ; ensuite, accueillir aienveillamment plusieurs venues de jeunesse, dont il admettait les hardiesses à cause des espérances qu'elles recouvraient ; enfin, taire jaillir de son esprit l'idée
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bienfaisante qui est aussi la nôtre, synthèse de foi ctlt de raison où l'âme reprend tous ses droits, où l'huma- i: nité rapprend tous ses devoirs.
Toute l'œuvre de Blémont fit pressentir cet avène-.;, ment. Ses idées partielles poussées en si grand nombre l sus- le terrain de sa pensée tantôt souriante, tantôt vi-li. goitreuse, offrirent de plus en plus cette évidente as-j> cension vers les plus hauts sommets du beau. C'est . pour ce motif que l'artiste amoureux d'harmonie, en contradiction avec les excès du matérialisme de son J8 temps, s'écriait dans VEsthélique de la Tradition : « Les iû postériorités sont exaltées, même par les poètes, qui i les couronnent de fleurs et d'étoiles ; et c'est ce car-|i[ naval brutal et funèbre comme un faune en habit de croque-mort, qu'on appelle bravement le moder-j nisme. » Et il y opposait l'œuvre naïve de la foule et p celle consciente de l'artiste : « L'art a pour fonction s de compléter le travail de l'imagination populaire, ébauche souvent sublime, où manquent presque tou- L jours l'harmonie totale et la lumière supérieure. » Puis il menait cette conception éclairée à ses résultats les plus lointains, en donnant cette explication qui pour- ; rait être celle de toutes les sociétés humaines : > En , somme, toute création de l'esprit humain doit, pour se parfaire, parcourir trois stades : d'abord, conception \ quasi-spontanée d'un idéal dans l'imagination popu- , laire, c'est-à-dire tradition et inconscience ; puis, organisation raisonnée de cet idéal dans l'œuvre de génie, c'est-à dire conscience et art; enfin, incarnatiou de cet idéal dans la réalité, c'est-à-dire progrès social. >
Pourquoi, seule, une élite distingua-t-clle les ex- ,
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cellents apports de cette œuvre *> Comment l'époque n'en aperçut-elle pas l'idée générale, avec les biens qu'elle pouvait en tirer? Sans doute, la part d'avenir que recelait l'œuvre, s'opposait à la reconnaissance de son temps qui, comme tous les temps, n'aima que les modes du jour, les propositions tout de suite réalisables et les proies quotidiennes. La nature discrète de l'auteur y contribua aussi. Mais je vois un autre obstacle dans la quantité même de l'œuvre d'Emile Bîémont : elle est trop vaste et trop complexe, pour que la puissance et l'harmonie en soient facilement accessibles au public simpliste et distrait. Il faut du loisir et quelque réflexion pour en saisir nettement la signification générale, l'idée maîtresse.
Cette idée, qui détermine la mission de Blémont, pourrais-je la caractériser mieux qu'il ne l'a fait luimême, lorsqu'il écrivait, dans les Beautés étrangères : « La poésie est la fleur de la pensée humaine : elle porte a la lois en elle l'espérance et la beauté ; elle est un charme et une promesse. Elle séduit l'artiste par la forme et léclat, attire la foule par la pénétrante douceur de son parfum, et s'impose à l'attention du penseur parce qu'elle contient l'inconnu, parce qu'elle est le symbole et le germe de l'avenir. Il est donc du plus haut intérêt, même au point de vue le plus étroitement positif, d'observer les phénomènes de la vie poétique des peuples. Le poète a été fort justement nommé par l'antiquité vates, c'est-à-dire devin, prophète. Sessplendides créations, qui d'abord ne paraissent à l'homme pratique que les songes d'un cœur surexcité ou d'un cerveau morbide, soiU la plupart du temps lTiallucina-
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tion fatale et exacte, le mirage antérieur et normal de la vérité qui va luire. » — Et à quoi bon montrer les évolutions de ce poète marchant, d'oeuvre en œuvre et d'action en action, au sublime, quand lui encore, dans le même livre, déclare : « Tous les poètes commencent par chanter. Leur jeunesse est surtout éprise de musique. La forme les préoccupe, d'abord, plus que le fond. C'est seulement quand ils sont dans la force de l'âge qu'ils apprennent à aimer la vérité austère. Puis vient la maturité où, sollicités par les problèmes de la destinée humaine, ils cherchent les raisons des choses, et tâchent d'arracher le mot de l'énigme à la mystérieuse nature, au sphinx éternellement impénétrable, t
Qu'il s'agisse de ligne harmonieuse et de fine mélodie, -ou d'arracher au sphinx le mot de l'énigme, tout, dans Blémont, forme et fond, part de cette source unique : le j culte de la beauté. Son idée générale, comme ses idées partielles, et si variées, viennent de l'instinct du heau et vont à son affirmation, soit par l'écriture, soit par une propagande incessante de véritable mission- j naire du Rythme. Et le beau entraîne avec lui le vrai et le bien. Blémont ne le conçoit pas autrement. Un gra«^ j phologue, dans ses manuscrits et sa signature, apercevrait tout d'abord son goût du discernement et de la mesure. Simplement, modestement, il maintint la Ira- 1 dition, ligne centrale souventignorée,parfoisdédaignée, j mais si évidente, si droite, si inflexible au lond, qu'elle nous rejoint à l'heure fatidique où sortent de leur long travail préparatoire les lettres du xxe siècle.
Et quel droit lui confère ce rôle prépondérant ? dira notre temps ennemi de toutes supériorités, saul de
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Belles qui s'imposent par l'intrigue et le cynisme. — Le droit de suprématie que l'idéal a sur le réel, la vérité sur le mensonge, la lumière sur les ténèbres. Poète, alors que la plupart des poètes versaient dans l'ignoble, il est venu à la nature ; prosateur, il est allé In ^s études aux sincères ; penseur, soit en vers, soit en prose, il a marché vers ces deux puissances éternellement liées : la Foi, initiatrice de toute poésie et de toute science ; le Peuple, unique base de toutes iondations intellectuelles, morales et sociales. Il est donc, et quelle que soit sa taille personnelle, avec les plus grands des hommes : il est resté fidèle aux directions supérieures, uni aux chefs naturels, qui seuls devraient tout diriger. Et cela ne vaut-il pas mieux que d'avoir perdu son temps à discuter des formes ? pas mieux surtout que de s'être prêté aux illusoires fantaisies et aux grossières matérialités de l'époque ?
J'ai dit que ce précurseur est aujourd'hui avec nous, parce que, des castes exclusives qui représentent maintenant le passé, il est venu au Peuple, en qui est désormais l'avenir. Mais c'est lui-même, c'est son Esthétique de la Tradition, qui va vous le répéter, à son point de vue d'écrivain atteignant d'un seul coup le fond des choses : « En esthétique, sinon ailleurs, le peuple est, et reste, l'initiateur suprême. » Si le ibète vient à lui, c'est qu'en lui il a découvert un mer- ■ieilleux trésor, non sans le vérifier par cette expérimentation serrée : « Le peuple, étant la classe où ■unissent le mieux le sentiment inconscient, l'instinct affectif, et ce désintéressement qui donne au beau son caractère d'universalité, possède au plus haut degré
la faculté esthétique. » Là il a vu, aussi, la source profonde et limpide où toujours il faut revenir, où perpétuellement les plus sublimes créations de l'humanité ont puisé leur sève féconde : « C'est dans le cœur du peuple que doivent se retremper sans cesse la poésie et l'art, pour rester verts et florissants... Les livres qui ont ouvert l'infini à l'humanité, créé le ciel, supprimé 1 mort, tous ces livres, Bibles et Evangiles, sont fortemen marqués du caractère populaire et traditionniste. Et aujourd'hui confirme autrefois : « Du xvm* siècle jusqu'à nos jours, le sens esthétique du peuple n'a cessé de travailler et de produire. » Si vous en doutez : « Ecoutez le poète rustique ou faubourien... Le moindre mot, la moindre note de son chant, il y met son àme... On y sent la vie, on y trouve l'idéal. » Désormais, le peuple aura même un rôle qu'il n'eut jamais dans le passé, car, en prenant la Bastille, « il a gagné le droit d'avoir une âme. » {Prise de la Bastille). Blémont élargit la portée de sa vision jusqu'à l'universalité : « Notre siècle est le siècle des peuples, déclare-t-il encore dans l'Esthétique. Quoiqu'on puisse dire ou faire, à tort ou à raison, son génie est démocratique. Partout Jacques Bonhomme, ouvrant l'ère de la solidarité universelle, est le protagoniste du drame contemporain. » Et il conclut : « La multitude prenant conscience d'ellemême, tel est le résumé de l'Histoire actuelle. »
Lisez l'Esthétique de la Tradition, jeunes gens qui voulez écrire; et quand vous l'aurez lue, vous saurez si vous devez vraiment écrire ; et quand vous écrirez, ce que vous devez dire. Il a répondu, d'avance, à ceux d'entre vous qui croient trouver l'inspiration dans les
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manuels littéraires et les commentaires des professeurs : « Tant qu'un idéal neuf n'a pas fermenté dans les profondeurs obscures des foules, il n'y a pas de renouveau possible dans la pensée humaine. »
Et ce n'est pas pour un seul plaisir d'artiste, ni par une seule clairvoyance de traditionniste, qu'il se penche vers les sources populaires du beau, celui qui a terminé ainsi ses Beautés étrangères : « En ce moment du monde, il faut combattre et non pleurer ; il faut chercher la route de l'avenir, et non se cloîtrer dans les ruines ; il faut acclamer l'aurore qui se lève, et non gémir vers les étoiles. Des nations entières crient : justice et vérité ! Sortons des ténèbres enfin. De la lumière, après les longs aveuglements ! De la lumière, de la beauté, de la force généreuse, avec la toute-puissance de l'amour ! ».
J'ai dit encore queBlémontest entré loutdroitdansla littérature du xxe siècle, en appelant de tous ses vœux, lui, né et grandi parmi les incrédulités de son temps, l'avènement d'une foi nouvelle. « Le sentiment du divin distingue hautement l'être humain de tous les autres êtres, écrit-il (Esthétique de la Tradition). La foi aspire à la lumière, à l'amour, à la plus haute expression de la vie. En toute société, l'institution religieuse résume, manifeste et consacre les efforts faits par la civilisation pour conquérir la nature. Supprimer le sens religieux, ce serait mutiler et dégrader l'être humain sans compensation sulfisante. »
Et quelle superbe explication, donnée par un poète de la nécessité des hautes croyances : « Ils s'abusent d'une étrange façon, ceux qui croient rendre la vie
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avec plus d'intensité en supprimant tous ses aspects supérieurs. La vérité expressive, pleine et entière, n'est pas dans l'inconscience brutale, dans l'accident banal, hideux ou honteux. Elle réside dans la beauté vive, dans l'active harmonie, dans la manifestation substantielle et radieuse du rythme suprême, qui bat au cœur de toute créature et qui est la loi du monde. » C'est le poète aussi qui, fidèle à cet idéal supérieur dont il se sent émané, déclare : « Les âmes cendres, les belles âmes, restent religieuses, parce que la religion seule leur offre encore la poésie dans toute sa gloire. » Il redresse une erreur de nos temps : « L'esprit religieux n'est pas incompatible avec la raison ; leur union serait toute puissante.» Et il annonce : « La religion de l'avenir sera la splendeur du vrai sous une forme populaire, la plus pure et la plus puissante doctrine revêtue d'une substance qui la rende palpable aux foules. » — Elle est née, cette religion nouvelle, puisque dans ses Beautés étrangères, il l'indique telle qu'elle lui est apparue : a Ce n'est plus le mysticisme catholique qui entonne aujourd'hui le sursum corda. La chevalerie est morte ; l'âme du monde n'est plus chevaleresque. Un autre idéal s'est levé en notre ciel... Une aube solennelle, mouillée de pleurs, triste, douloureuse, infiniment mélancolique, palpite à l'orient; plus tard ce jour naissant baignera les peuples de joie et de lumière. C'est vers cette clarté nouvelle que doit désormais se tourner tout poète ayant l'instinct de la grandeur et l'ambition de vivre dans la mémoire des hommes. »
Nous ne dirions pas autre chose, sinon que l'aube