DAVID D ANGERS
et craniologiques de Lavater et de Gall, et un éloge du « talent » de David « à saisir l'individualité de chaque figure ». Goethe en prend comme exemple le portrait de M"^^ Delphine Gay et celui de M"^^ Lescot. Il termine sa lettre en ces termes :
Je vous prie d'oiïrir mes plus vifs remerciements aux hommes distingués qui m'ont fait l'honneur de m'envoyer leurs ouvrages. Je vous recommande surtout d'assurer M. Deschamps qu'il m'a fait un cadeau hien précieux par sa préface, car je mets à profit ses jugements. Il me confirme, par sa modération et la justesse de ses aperçus, dans l^opinion sympathique avec laquelle je me plais à envisager la marche et les tendances de votre littérature française, si récemment renouvelée.
J. W. Gœthe.
Ainsi l'on voit, par cette lettre de Gœthe à David, le rôle important qu'on attribuait alors à Emile Deschamps. Lui seul ou presque seul savait l'allemand. Il était désigné par Gœthe comme le meilleur disciple de M'^^^ de Staël, capable mieux qu'un autre d'initier le goût français aux littératures germaniques.
Quoi qu'il en soit, David devait rester en termes excellents avec Emile Deschamps ; et quand il eut, en 1842, terminé le buste d'André Chénier, cette gloire qui domine la révolution romantique, telle que Deschamps l'entendait, et lui donne son sens esthétique, c'est à lui que le sculpteur envoyait la nouvelle, et c'est à lui qu'il s'adressait pour le prier d'inviter A. de Vigny, qu'il ne voyait plus depuis longtemps, à venir visiter son atelier de la rue d'Assas.
Paris, 31 oct. 1842.
Mon cher Monsieur Emile Deschamps,
Il y a longtemps que votre frère m'avait fait promettre de l'avertir lorsque j'aurais terminé le buste d'André Chénier ; cet ouvrage est actuellement en bronze dans mon atelier, je voudrais tenir ma parole envers votre frère, mais j'ignore sa demeure.
Vous m'obligerez donc si vous vouliez bien m'envoyer son adresse ou lui apprendre combien je serais heureux de le recevoir chez moi, rue d'Assas ; il devrait aussi amener avec lui notre honorable ami De Vigny, que je n'ose pas inviter, car j'ai bien peur qu'il n'ait perdu mon souvenir, depuis tant d'années que nous ne nous sommes vus. Pour vous, cher Monsieur, je serais bien heureux si vous vous rappeliez quelquefois de celui qui vous sera toujours dévoué de cœur.
Veuillez présenter mes respectueux hommages à Madame et rappeler Mme David à son bon souvenir ^.
David.