Émile
Ce recueil de réllexioiis el d'observations , saus ordre et presque sans suite, fut commencé pour complaire à une bonne mère qui sait penser *. Je n'avais d'abord projeté qu'un mémoire de quelques pajies; mon sujet m'entraîiianl malgré moi, ce mémoire devint insensiblement une es|)ète d'ouvrage tiop gros sans doute pour ce qu'il contient, mais trop petit pour la matière qu'il traite. J'ai balancé longtemps à le publier; et souvent il m'a fait sentir, en y travaillant, qu'il ne suflit pas d'avoir écrit quelques brochures pour savoir composer un livre. Apre» de vains efforts pour mieux faire, je crois devoir le donner tel qu'il est, jugeant qu'il im|)orte de tourner l'attention publique de ce côté-là; et que, quand mes idées seraient mauvaises, si j'en fais naître de bonnes à d'autri'S, je n'aurai pas tout à fait perdu mon temps. Un homme qui , de sa retraite , jette ses feuilles dans le public , sans preneurs, sans prli qui les défende, sans^avoir même ce qu'on en pense ou ce qu'on en dit, ne doit pas craindre que, s'il se trompe, on admette ses erreurs sans examen.
Je ])arlerai |teu de l'importance d'une boime éducation; je ne m'arrêterai pas non plus à proiner que celle qui est en usage est mauvais, mille autres l'ont fait avant moi , et je n'aime |>oint à remplir un livrj .le choses que tout le monde sait. Je remanjuerai .seiitoment que d(>puis des temps infinis il n'y a qu'un cri contre la pratique établie, sans que personne s'avise d'en pro|)oser une meilleure. La littérature et le savoir de notre siècle tendent beaucoup plus à détruire qu'à éilifier. On censure d'un ton de n)altre ; pour propos"^ r, il en faut prendre un autre, auquel la hauteur philosophique se complaît moins. Malgré tant d'écrits, qui n'ont , dit-on, pour but que l'utihlé publique, la première de toutes les utilités, qui est l'art de foniier des hommes, est encore oubliée. .Mon sujet était tout neuf après le livre lie Locke, et je crains tort qu'il ne le soit encore après le mien.
On ne connaît point l'enfance : sur les fausses idées qu'on en a , plus ou va, plus on s'égare. Les plus sages s'attaclient à ce qu'il importe aux hommes de savoir, sans con.sidérer ce que les enfants .sont en état d'apprendre. Ils cherchent toujours l'homme dans l'enfant, «ans (icnser à ce qu'd est avant que d'être homme. Voilà l'étude à laquelle je me suis le plus appliqué , aliu que , quanil toute ma méthmie
• .M.idaiiie lie Chenonceaux.]
f.ot ><>. — 1 MII.K.