‹ Émile (volume 2)Chapitre 2 sur 240 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

serait chiniériqnc et fausse, on pût toujours profiler de mes observa-' tiens. Je puis avoir très-mal vu ce qu'il faut faire ; mais je crois avoir i»ieii vu le sujet sur lequel on doit opérer. Commencez donc par mieux «•tudier vos élèves; car très-assurément vous ne les connaissez point : or, si vous lisez ce livre dans cette vue , je ne le crois pas sans utilité pour vous.

A l'égard de ce qu'on appellera la partie systématique , qui n'est autre chose ici que la marche de la natrrre, c'est là ce qui déroulera le plus le lecteur; c'est aussi par là qu'on m'attaquera sans doute, et peut-être n'aura-t-on pas tort. On croira moins lire un traité d'éducation , que les rêveries d'un visionnaire sur l'éducation. Qu'y faire? Ce n'est pas sur les idées d'autrui que j'écris; c'est sur les miennes, .le ne vois point comme les autres Irommes; il y a longtemps qu'on me l'a reproché. Mais dépend-il de moi de me donner d'autres yeux , et de m'affecter d'autres idées ? non. 11 dépend de moi de ne point abonder dans mon sens , de ne point croire être seul plus sage que tout le monde; il dépend de moi, non de changer de sentiment, mais de me défier du mien : voilà tout ce que je puis faire, et ce que je fais. Que si je prends quelquefois le ton affirmatif, ce n'est point pour en imposer au lecteur; c'est pour lui parler comme je pense, l'oiirqiroi proposerais-je par forme de doute ce dont, qrrant à moi , je ne doute point.' Je dis exactement ce qui se passe darrs mon esprit.

Kn exposant avec liberté mon sentimerrt, j'entends si peu qir'ii lasse autorité, que j'y joins toujours mes raisons , afin qir'oii les pès«' et qu'on me juge : mais, quoiqire je ne veuille point nr'obsliner à défendre mes idées , je ne me crois pas moins obligé de les proposer ; car les maximes sur lesquelles je suis d'un avis contraire à celrri des autres rre sont point indifférentes. Ce sont de celles dont la vérité orr la fausseté importe à connaître, et qui font le bonheirr orr le nralheirr ilrr genre humain.

Proposez ce qui est faisable , ire cesse-t-on de me répéter. C'est «omme si l'on me disait : Proposez de faire ce qu'on fait ; on drr moiii'^ proposez qirelqrre bien qui s'allie avec le mal existant. Un tel projet , sur certairres matières, est beaucoup plus chimérique que les miens : car, darrs cet alliage, le bien se g;\te , et le mal rre se guérit pas. J'aimerais mieux suivre en tout la pratique établie, qire d'en prendre une bonne à demi : il y aurait moins de contradiction dans l'homme : il ire perrt teirdre à la fois à deux brrts opposés. Pères et mères , ce qui est faisîible est ce que vous voulez, faire. Dois-je répondre de votre volonté?

En toute espèc« de projet . il y a deux choses à considérer : pre-

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