LIVRE iV
tes traités de métaphysique et de morale , ni des cours d'étude d'aucune espèce ; il me sufQt de marquer l'ordre et le progrès de nos sentiments et de nos connaissances relativement à notre constitution. D'autres démontreront peut-être ce que je ne Jais qu'indiquer ici.
Mon Emile n'ayant jusqu'à présent regardé que lui-même , le premier regard qu'il jette sur ses semblables le porte à se comparer avec eux ; et le premier sentiment qu'excite en lui cette comparaison est de désirer la première place. Voilà le point où l'amour de soi se change en amour-propre , et où commencent à naitrc toutes les passions qui tiennent à celle-là. Mais pour décider si celles de ces passions qui domineront dans son caractère seront humaines et douces , ou cruelles et malfaisantes , si ce seront des passions de bienveUlance et de commisération , ou d'envie et (le convoitise, il faut savoir à quelle place il se sentira parmi les hommes, et quels genres d'obstacles il pourra croire avoir à vaincre pour parvenir à celle qu'il veut occuper.
Pour le guider dans celte recherche , après lui avoir montré les liommes par les accidents communs à l'espèce , il faut maintenant ^ - lui montrer par leurs différences. Ici vient la mesure de l'iné
- i,;i>j naturelle et civile, et le tableau de tout l'ordre social.
11 faut étudier la société par les hommes , et les hommes par la société : ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n'entendront jamais rien à aucune des deux. En s'altacbant d'abord aux relations primitives, on voit comment les hommes en doivent être affectés et quelles passions en doivint naitre : on voit que c'est réciproquement par le progrès des passions que ces relations se multiplient et se resserrent. C'est moins la force des bras que la modération des cœurs qui rend les hommes indépendants t-t libres. Quiconque désire peu de chose lient à peu de gens, mais confondant toujours nos vains désirs avec nos l>esoins piiysiques, ceux qui ont fait de ces derniers les fondements de la
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