LIVRE IV
' . déjà livrcj à nos passions. Nous tisons nos jugements et no- >lime avant de comiaitrc le bien et le mal; et puis, rapportant ; ;i cette fausse mesure, nous ne donnons à rien sa juste valeur, est un âge où le cœur, libre encore, mais ardent, inquiet , le du bonheur qu'il ne connaît pas , le cherche avec une cuise incertitude , et , trompé par les sens , se Gxe enfin sur sa <e image, et croit le trouver où il n'est point. Ces illusions
:it duré longtemps pour moi. Hélas ! je les ai trop tard connues, rt n'ai pu tout à fait les détruire; elles dureront autant que ce corps mortel qui les cause. Au moins elles ont beau me séduire, elks ne m'abusent plus ; je les connais pour ce qu'elles sont ; en le» suivant je les méprise ; loin d'y voir l'objet de mon bonheur , j'y vois son obstacle. J'aspire au moment où , délivré des entraves du corps, je serai moi sans contradiction , sans partage , et n'aurai besoin que de moi |K)ur être heureux : en attendant je le anis dès cette vie , parce que j'en compte pour peu tous les maux , que je la regarde comme presque étrangère à mon être , et que loat le vrai bien que je peux retirer dépend de moi.
Pour m'élever d'avanc* autant qu'il se peut à cet état de bonbear , de force et de liberté , je m'exerce aux sublimes contempblions. Je médite sur l'ordre de l'univers , non pour l'expliquer par de vains systèmes, mais pour l'admirer sans cesse, pour adorer le sage auteur qui s'y fait sentir. Je converse avec lui , je pénètre toutes mes facultés de sa divine essence; je m'attendris à aM bienfaits , je le bonis de ses dons ; mais je ne le prie pas. Que M demanderais-je.' qu'il changeât pour moi le cours des choses , ip'il fit des miracles en ma faveur? Moi qui dois aimer par-dessoa tout l'ordre établi par sa sagesse et maintenu par sa providence , voudrais-je que cet ordre fût troublé pour moi ? Non , ce vœu téméraire mériterait d'être plutôt puni qu'exaucé. Je ne lui demande pas non plus le pouvoir de bien faire : pourquoi lui demander ce qu'il m'a donné .' Ne m'a-t-il pas donné la conscience poor aimer le bien , la raison pour le connaître, la liberté pour ie choisir.' Si je fais le mal , je n'ai point d'excuse ; je le fais parce (|Sejc le veux : lui demander de changer ma vobcté, c'est lui de-
inder ce qu'il me demande ; c'est vouloir qu'il fass<* mon œuvre elque j'en recueille le salaire; n'être pas content de mon étal, rflÉ' ne vouloir plus être homme , c'est vouloir autre chose que ce qui est , c'est vouloir le désordre et U» mal. Source de juslict cl
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de vérité, Dieu clément et bon! dans ma confiance en toi , le suprême vœu de mon cœur est que ta volonté soit faite. En y joignant la mienne je fais ce que tu fais , j'acquiesce à ta bonté; je crois partager d'avance lasuprème félicité qui en est le prix.
Dans la juste défiance de moi-même , la seule chose que je lui demande , ou plutôt que j'attends de sa justice , est de redresser mon erreur si je m'égare, et si cette erreur m'est dangereuse. Pour être de bonne foi, je ne me crois pas infaillible : mes opinions qui me semblent les plus vraies sont peut-être autant de mensonges; car quel homme ne tient pas aux siennes ? et combien d'hommes sont d'accord en tout? L'illusion qui m'abuse a beau me venir de moi, c'est lui seul qui m'en peutguérir. J'ai fait ce que j'ai pu pour atteindre à la vérité ; mais sa source est trop élevée : quand les forces me manquent pour aller plus loin , de quoi puis-je être coupable? c'est à elle à s'approcher.
Le bon prétke avait parlé avec véhémence ; il était ému , je l'étais aussi. Je croyais entendre le divin Orphée chanter les premiers hymnes , et apprendre aux hommes le culte des dieux. Cependant je voyais des foules d'objections à lui faire : je n'en fis pas une, parce qu'elles étaient moins solides (|u'embarrassanles, et que la persuasion était pour lui. A mesure qu'il me parlait selon sa conscience, la mienne semblait me confirmer ce qu'il m'avait dit.
Les sentiments que vous venez de m'exposer, lui dis-je , me |)araisscnt plus nouveaux par ce que vous avouez ignorer que par ce que vous dites croire. J'y vois , à peu de chose près , le théisme ou la religion naturelle, que les chrétiens affectent do confondre avec l'athéisme ou l'irréligion , qui est la doctrine directement opposée. Mais, dans l'état actuel de ma foi, j'ai plus à remonter qu'à descendre pour adopter vos opinions; et je trouve difficile de rester précisément au point où vous êtes, à moins d'être aussi sage que vous. Pour être au moins aussi sincère, je veux consulter avec moi. C'est le sentiment intérieur qui doit me conduire, à votre exemple; et vous m'avez appris vous-même quaprès lui avoir longtemps impose siience , le rappeler n'est pas l'af • faire d'un moment. J'emporte vos discours dans mon cœur, il faut que je les médite. Si , après m'être bien consulte , j'en demeura aussi convaincu que vous , vous serez mon dernier apolrc , et j«