‹ Émile (volume 2)Chapitre 163 sur 240 · LIVRE rV · texte numérisé non relu

LIVRE rV

nophon honorant la mémoire de quelques guerriers tués en tr.> -on dans la retraite des dix mille : Ils moururent, dil-il, irrénrhables dans la guerre et dans l'amitié. Voilà tout : mais consi- ; ez , dans cet éloge si court et si simple , de quoi l'auteur devait oir le cœur plein. Malheur h qui ne trouve pas cela ravissant ! ' )n lisait ces mots gravés sur un marbre aux Thermopyles :

><;«it, va dire à Sparte que nous sommes morts ici , poar otiéiràses saintes lois.

On voit bien que ce n'est pas l'Académie des inscriptions qui a nposé celle-là *.

le suis trompé si mon élève, qui donne si peu de prix aux pa- •»s, ne porte sa première attention sur ces différences, et si s n'influent sur le choix de ses lectures. Entraîné par la mâle [uence de Démosthène , il dira , C'est un orateur ; mais en li- ;.t Cicéron il dira, C'est un avocat.

En général , Emile prendra plus de goût pour les livres des anciens que pour les nôtres , par cela seul qu'étant les premiers , les anciens sont les plus près de la nature, et que leur génie est plus à eux. Quoi qu'en aient pu dire la Motte et l'abbé Terras son , il n'y a point de vrai progrès de raison dans l'espèce humaine , parce que tout ce qu'on gagne d'un côté on le perd de l'autre ; que tous les esprits partent toujours du même point , et que le temps qu'on emploie à savoir ce que d'autres ont pensé étant perdu pour apprendre à penser soi-même , on a plus de lumières acquises et moins de vigueur d'esprit. Nos esprits sont , eomme nos bras , exercés à tout faire avec des outils , et rien par fox-roémes. Fontenelle disait que toute cette dispute sur les an-

' :' ■••■•-'•" c. . -•ntor, rtr.,ié\é faite pour François de Mcrcy, çimh*lal 1 ir le champ de bataille , k Nordlingen. Voyez Vol-

lai'' < \ir, chap. 3.

!.€ mot de .\<.'ii<*i>hi>n «ur les pierricrs grecs tii^ en trahison est à la fin du second lirrc de son histoire ; et l'épitaphe des S|)artiatcs morts ani Thfr' ■ ■ ■ T- î.)ie. Iivre\n. S'itf.

'.' iii.i|)ale . ellr est rapporli'e par Sfrabon ; mais

••»"- inoiip plus lonpic, et a un tout autre carac-

Krc <)iK ccImi que Kuusac.iu lui donne par U manière dont il la présente. Vold rettfi «ifiitaphe : SardnnapaU.JlU d" Anaofndnraxet , fit bâtir en •" ' ' '' ville d'Anrhiale ft celle de Tnrtui. Panant, bois,

"»" toi, car tnut le reste ne vaut pas mime une chique-

"" 'i')n fr.iiii ,iiv<v in r. ti>iiir |\' ii.i?r T7'. ' V-i/»- d-- W. Pf.

riens et les modernes se réduisait à savoir si les arbres d'autrefois élaient plus grands que ceux d'aujourd'hui. Si l'agricullure avait changé, cette question ne serait pas impertinente à faire.

j Après l'avoir ainsi fait remonter aux sources de la pure littérature , je lui en montre aussi les égouts dans les réservoirs des modernes compilateurs; journaux , traductions, dictionnaires : il jette un coup d'œil sur tout cela, puis le laisse pour n'y jamais revenir. Je lui fais entendre , pour le réjouir , le bavardage des académies ; je lui fais remarquer que chacun de ceux qui les composent vaut toujours mieux seul qu'avec le corps :'là-dessus il tirera de lui-même la conséquence de l'utilité de tous ces beaux établissements.

Je le mène aux spectacles , pour étudier , non les mœurs , mais le goût ; car c'est là surtout qu'il se montre à ceux qui savent réfléchir. Laissez les préceptes et la morale, lui dirais-je; ce n'est pas ici qu'il faut les apprendre. Le théâtre n'est pas fait pour la vérité; il est fait pour flatter, pour amuser les hommes; il n'y a point d'école où l'on apprenne si bien l'art de leur plaire et d'intéresser le cœur humain. L'étude du théâtre mène à celle de la poésie ; elles ont exactement le même objet. Qu'il ait une étincelle de goût pour elle, avec quel plaisir il ciUlivera les langues des poètes , le grec, le latin, l'italien! Ces études seront pour lui des amusements sans contrainte, et n'en profiteront que mieux; elles lui seront délicieuses d.ins un ùge et des circonstances où le cœur s'intéresse avec tant de charme à tous les genres de beauté faits pour le toucher. Figurez-vous d'un coté mon Emile , et de l'autre un polisson de collège , lisant le quatrième livre de l'Enéide, ouTibullo, ou le Banquet de Platon : quelle différence ! Combien le cœur de l'un est remué de ce qui n'affecte pas même l'autre ! 0 bon jeune homme! arrête, suspends ta lecture , je te vois trop ému : je veux bien que le langage (le l'amour te plaise , mais non |)as <ju'il t'égare : sois homme sensible, mais sois homme sage. Si tu n'es que l'un des deux, tu

, n'es rien. Au reste, qu'il réussisse ou non dans les langues mortes, dans les belles-lettres, dans la poésie, peu m'importe, li n'en vaudra pas moins s'il ne sait rien do tout cela , et ce n'est pas de tous ces badinages qu'il s'agit dans son éducation.

Mon principal objet , en lui apprenant à sentir et aimer le beau dans tous les genres, est d'y tixer se* affections et ses goûts,

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