‹ Émile (volume 2)Chapitre 170 sur 240 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

Sophie doit être femme comme Emile est homme , c'est-à-dire oir tout ce qui convient à la conslilulion de son espèce et de 1 sexe pour remplir sa place dans l'ordre physique et moral, inmençons donc par examiner les conformités et les différences son sexe et du nôtre.

En tout ce qui ne tient pas au sexe , la femme est homme : elle A les mêmes organes , les mêmes besoins , les mêmes facultés ; la machine est construite de la même manière , les pièces en sont les mêmes , le jeu de l'une est celui de l'autre , la figure est semblal»le ; et, sous quelque rapport qu'on les considère, ils ne diffèrent itre eux que du plus au moins.

(-]n tout ce qui tient au sexe , la femme et I homme ont partout

s rapports et partout des différences: la difficulté de les com

.rcr vient de celle de déterminer dans la constitution de l'un et

l'autre ce qui est du sexe et ce qui n'en est pas. Par l'anatomie

rnparce, et même a la seule inspection, Ion trouve entre eux

> différences générales qui paraissent no point tenir au sexe ;

.^s y tiennent pourtant , mais par des liaisons que nous sommes

■rs d'état d'apercevoir : nous ne savons jusqu'où ces liaisons

tivent s'étendre ; la seule chose que nous savons avec certitude

-t que tout ce qu'ils ont de commun est de l'espèce , et que tout

qu'ils ont de différent est du sexe. Sous ce double point de

le nous trouvons entre eux tant de rapports et tant d'oppo»ilions,

lue c'est peut-être une dt-s merveilles de la nature d'avt ir pu

i.iire deux êtres si semblables en les constituant si différemment.

Ces rapports et ces différences doivent influer sur le moral;

Ile conséquence est sousible , conforme à l'expérience , et mon-

'• la vanité des disputes sur la préférence ou l'égalité des sexes :

mme si chacun des deux , allant aux fins de la nature selon sa

>tination particulière, n'était pas plus parfait en cela que s'il

^semblait davantage à l'autre! En ce qu'ils ont de commun ils

- mt égaux ; en ce qu'ils ont de différent ils ne sont pas compara-

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bles. Une femme parfaite et un homme parfait ne doivent pas plusse ressembler d'esprit que de visage; et la perfection n'est pas susceptible de [)lus et de moins.

Dans l'union des sexes chacun concourt également à l'objet «ommun, mais non pas de la même manière. De celte diversité naît la première différence assignable entre les rapports moraujf de l'un et de l'autre. L'un doit être actif et fort , l'autre passif et faible: il faut nécessairement que l'un veuille et puisse . il suflit que l'autre résiste peu.

Ce principe établi, il s'ensuit que la lemmeest faite spécialement pour plaire à l'homme. Si l'homme doit lui plaire à son tour, c'est d'une nécessité moins directe : son mérite est dans sa puissance; il plaitpar cela seul qu'il est fort. Ce n'est pas ici la loi de l'amour, j'en conviens ; mais c'est celle de la nature , antérieure à l'amour même.

Si la femme est faite pour plaire et pour être subjuguée , elle doit se rendie agréable à l'homme, au lieu de le provoquer : sa violence à elle est dans ses charmes ; c'est par eux qu'elle doit le contraindre à trouver sa force et à en user. L'art le plus sur d'animer cette force est de la rendre nécessaire par la résistance. Alors l'amour-propre se joint au désir, et l'un triomphe de la victoire que l'autre lui fait remporter. De là naissent l'attaque et la défense , l'audace d'un sexe et la timidité de l'autre, enfin la modestie et la honte dont la nature arma le faible pour asservir le fort.

Qui est-ce qui peut penser qu'elle ait prescrit indifféremment les mêmes avances aux uns et aux autres , et que le premier h former des désirs doive être aussi le premier à les témoigner? Quelle étrange dépravation de jugement ! L'entreprise ayant des conséciuenccs si difféientes pour les deux sexes, est-il naturel qu'il» aient la même audace à s'y livrer ? Comment ne voit-on pas qu'a vec une si grande inégalité dans la mise commune , si la réserve nimposait à l'un la modération que la nature impose à l'autre, il en résullorail hiontot la ruine de tous deux , et que le genre humain périrait parles moyens établis pour le conserver? Avec la facilité qu'ont les femmes d'émouvoir les sens dos hotumes, et d'aller réveiller au fond de leurs cœurs les rentes d'un tempérament pres(jue éteint, s'il était quelque malheureux climat sur U terre où la philosophie eut introduit cet usage , surtout -lins le*

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fwtrs cbautU , où il naît plus de femmes que d'hommes, l3rrannisês r elles, ils seraient enlia leurs victimes, et se verraient tous iner à la mort, sans qu'ils pussent jamais s'en défendre, ^i les femelles des animaOx n'ont pas la même honte , que isuit-il ? Ont-elles, comme les femmes, les désirs illimités aux- ■Is cette honte sert de frein? Le désir ne vient pour elles qu'aie besoin; le besoin satisfait , le désir cesse ; elles ne repoust plus le màlc par feinte ' , mais tout de bon : elles font tout le itraire de ce que faisait la Klle d'Auguste , elles ne reçoivent :< de passagers quand le navire a sa cargaison. Même quand it libres, leurs temps de bonne volonlé sont courts et bien- - s ; l'instinct les pousse, et l'instinct les arrête. Où sera le (ilémentde cet instinct négatif dans les femmes, quand vou* r aurez ôté la pudeur? Attendre qu'elles ne se soucient plu* - hommes , c'est attendre qu'ils ne soient plus bons à rien. I, Être suprême a voulu faire en tout honneur à l'espèce hume : en donnant à l'homme des penchants sans mesure , il lut ne en même temps la loi qui les règle, afin qu'il soit libre et ommande à lui-même : en le livrant à des passions immodé- > , il joint à ces passions la raison pour les gouverner : en liiiit la femme à des désirs illimitt'S, il joint à ces désirs la puir pour les contenir. Pour surcroit , il ajoute encore une réiipense actuelle au bon usage de ses facultés, savoir, le goùl <n prend aux choses honnêtes lorsqu'on en fait la règle do actions. Tout cela vaut bien , ce me semble , l'instinct des ■s.

^'jjt donc que la femelle de l'Iiomme partage ou non ses désirs ■ l'uillc ou non les satisfaire , elle le repousse et se défend tours, mais non pas toujours avec la même force , ni par consé- 'it avor le même succès. Pour que l'attaquant soit victorieux, ;i' l'attaqué le permette ou l'ordonne : car que de moyens .» t-il pas pour forcer l'agresseur d'user de force ! Le plu? !" et le plus doux do tous les actes n'admet point de violence lie , la nature et la raison s'y opposent : la nature , en ce qu'elle "urvu le plus faible d'autant de force qu'il en faut pour résister

J'Ai i\éii rctn.in{ué qne te* rcftit de amaiprée et cfaipuxrie sont coini. i iiK v,iiM- toutnt les femeUe». même parmi l« animaux, rt mcnie 1 Ir \Am ciLifinaén i te rendre ; il faut n'avoir Januit ol*- ^•' |MHir tlUcoiivenir de cdA.

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quand il lui plait ; la raison , en ce qu'une violence réelle est non seulenient le plus brutal de tous les actes , mais le plus contraire à sa fin , soit parce que l'homme déclare ainsi la guerre à sa compagne, et l'autorise à défendre sa p<frsonne et sa liberté aux dépens même de la vie de l'agresseur , soit parce que la femme seule est juge de l'état où elle se trouve , et qu'un enfant n'aurait point de père si tout homme en pouvait usurper les droits.

Voici donc une troisième conséquence de la constitution des sexes , c'est que le plus fort soit le maître en apparence, et dépende en effet du plus faible ; et cela , non par un frivole usage de galanterie , ni par une orgueilleuse générosité de protecteur , mais par une invariable loi de la nature , qui , donnant à la femme plus de facilité d'exciter les désirs qu'à l'homme de les satisfaire, fait dépendre celui-ci , malgré qu'il en ait , du bon plaisir de l'autre , et le contraint de chercher à son tour à lui plaire, pour obtenir qu'elle consente à le laisser être le plus fort. Alors ce qu'il y a de plus doux pour l'homme dans sa victoire est de douter si c'est la faiblesse qui cède à la force, ou si c'est la volonté qui se rend ; et la ruse ordinaire de la femme est de laisser toujours ce doute entre elle et lui. L'esprit des femmes répond en ceci parfaitement à leur constitution : loin de rougir de leur faiblesse, elles en font gloire ; leurs tendres muscles sont sans résistance ; elles affectent de ne pouvoir soulever les plus légers fardeaux ; elles auraient honte d'être fortes. Pourquoi cela ? Ce n'est pas seulement pour paraître délicates, c'est par une précaution plus adroite ; elles se ménagent de loin des excuses, et le droit d'être faibles au besoin.

Le progrès des lumières acquises par nos vices a beaucoup changé sur ce point les anciennes opinions parmi nous ; et l'on ne parle plus guère de violences depuis qu'elles sont si peu nécessaires, et que les hommes n'y croient plus ' ; au lieu qu'elles sont très-communes dans les hautes antiquités grecques et juive», parce que ces mêmes opinions sont dans la simplicité de la na« ture , et que la seule ex|)éricnce du libertinage a pu les déraciner. Si l'on cite de nos jours moins d'actes do violence , ce n'est sûre-

' Il peut y avoir iino telle ilispropoilion «l'Age et île force , nn'iine vkv Icncc rt'olle ait lien ; mais traitant ici de l'état relalif «les spxes selon l'ordre de la nature, jo les prends tons deux dans le rapport commun qn* constitJie cet éU\t.

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