‹ Émile (volume 2)Chapitre 182 sur 240 · LIVRE Y. *J · texte numérisé non relu

LIVRE Y. *J

Dans les arts qui n'ont que l'agrément pour objet , tout peut \ir de maître aux jeunes personnes; leur père, leur mère, frère , leur sœur, leurs amies , leurs gouvernantes , leur miroir, -urtoul leur propre goût. On ne doit point offrir de leur donner I) , il faut que ce soient elles qui la demandent : on ne doit point e une tâche d'une récompense; et c'est surtout dans ces sortes lidesque le premier succès est de vouloir réussir. Au reste , s'il ; absolument des leçons en règle , je ne déciderai point du ' de ceux qui les doivent donner. Je ne sais s'il faut qu'un maître a danser prenne une jeune écolière par sa main délicate et blandie , qu'il lui fasse accourcir la jupe , lever les yeux , déployer liras, avancer un sein palpitant; mais je sâis bien que pour I au monde je ne voudrais être ce maitre-là. Par l'industrie et les talents le goût se forme ; par le goût l'esprit s'ouvre insensiblement aux idées du beau dans tous les genres, et enfin aux notions morales qui s'y rapportent. C'est peut-être '" -^ des raisons pourquoi le sentiment de la décence et de l'honnés'insinue plus tôt chez les filles que chez les garçons ; car, pour croire que ce sentiment précoce soit l'ouvrage des gouvernantes , il faudrait être fort mal instruit de la tournure de leurs leçons et de la marche de l'esprit humain. Le talent de parler lient le premier rang dans l'art de parler, c'est par lui seul qu'on peut ajouter nouveaux charmes à ceux auxquels l'habitude accoutume les -. C'est l'esprit qui non-seulement viviQe le corps, mais qui le luvelle en quelque sorte ; c'est par la succession des sentiments li^s idées qu'il anime et varie la physionomie; et c'est par les ours qu'il inspire que l'attention , tenue en baleine, soutient iungtem[)s le même intérêt sur le même objet. C'est , je crois, par toutes tes raisons que les jeunes filles acquièrent si vile un |)olit • able , qu'elles mettent de l'accent dans leurs propos , . int de les sentir, et que les hommes s'amusent sitôt à ■couler : même avant qu'elles puissent les entendre , ils épient rrmier moment de cette intelligence pour pénétrer ainsi celui sentiment '.

i <'s femmes ont la langue flexible ; elles parlent plus lot , plus

Vil. ... les entendre : Ht épient, pour aiiui dire , le moment du ' rnrmeut de cr» petite* penoHHtt, pour savoir quund ils pourront aimer: car, quoi qu'on faste, ou veut plaire à qui nous plaît ;et I qu'on e» désespère, il ne nous plaît pas longtemps.]

a'isément et plus agréablement que les hommes. On les accusa

aussi de parler davantage ; cela doit être, et je changerais volonlier» se reproche en éloge : la bouche et les yeux ont chez elles la même activité, et par la même raison. L'homme dit ce qu'il sait , la femme dit ce qui plait ; l'un pour parler a besoin de connaissance , et l'autre de goût; l'un doit avoir pour objet principal les choses utiles, l'autre les agréables. Leurs discours ne doivent avoir de formes communes que celles de la vérité.

On ne doit donc pas contenir le babil des filles , comme celui des garçons, par cette interrogation dure, A quoi cela est-il bon ? maiii par cette autre, à laquelle il n'est pas plus aisé de répoudre, Qud effet cela fera-t-il ? Dans ce premier âge , où , ne pouvant disccnier encore le bien et le mal , elles ne sont les juges de personne , elle* doivent s'imposer pour loi de ne jamais rien dire que d'agréable à ceux à qui elles parlent ; et ce qui rend la pratique de celle règle plus difficile est qu'elle reste toujours subordonnée à la première , qui est de ne jamais mentir.

J'y vois bien d'autres difficultés encore , mais elles sont d'ua âge plus avancé. Quant à présent , il n'en peut couler aux jeune» filles , pour élre vraies , que de l'élrc sans grossièreté : et comme naturellement cette grossièreté leur répugne , l'éducation leur apprend aisément à l'éviter. Je remarque en général , dans le conh merco du monde, que la politesse des hommes est plus officieuse, et celle des femmes plus caressante. Cette différence n'est point d'institution , elle est naturelle. L'homme parait chercher davantage à vous servir, et la femme à vous agréer. 11 suit de là que , quoi qu'il en soit du caractère des femmes, leur politesse est moins fausse que la noire; elle ne fait qu'étendre leur premier instinct ; mais quand un homme feint de préférer mon inlèrél au sien propre , de quelque démonstration qu'il colore ce mensonge, je suis très-sùr qu'il en fait un. 11 n'en coule donc guère aux femmes d'être polies, m par conséquent aux filles d'apprendre à le devenir. La première leçon vient de la nature, l'art ne fait plus que la suivre, et délernnner suivant nos usages sous quelle forme elle doit se montrer. A l'égard de leur (wlilesse entre elles, c'est tout autre chose; eUes y niellent un air si contraint et des attentions si froides , qu'en se gênant muluellcmeut elles n'ont pas grand soin de cacher leur gêne , et semblent sincères dans leur mensonge , en ne cherchant guère à le déguiser. Cependant lei

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