‹ Émile (volume 2)Chapitre 189 sur 240 · LA BOM>E · texte numérisé non relu

LA BOM>E

Qui est-ce qui vivait avant vous.'

LA PETITE

Mon père et ma more.

LA BONNE

Qui est-ce qui vivait avant eux .'

LA PETITE

Leur père et leur mère.

LA BONNE

Qui est-ce qui vivra après vous ?

LA PETITE

Mes enfants.

LA BONNE

Qui est-ce qui vivra après eux .=*

LA PETITE

Leurs enfants , etc.

En suivant cette route on trouve à la race humaine , par des inductions sensibles, un commencement et une On, comme à toutes choses, c'est-à-dire un père et une mère qui n'ont eu ni père ni mère, et des enfants qui n'auront point d'enfants * . Ce n'est qu'après une longue suite de questions pareilles que la première demande du catéchisme est suffisamment préparée : alors seulement on peut la faire , et l'enfant peut l'entendre. Mais de là jusqu'à la deuxième réponse , qui est pour ainsi dire la définition de Icssence divine , quel saut immense! Quand cet intervalle sera-t-il rempli ? Dieu est un esprit! Et qu'est-ce qu'un esprit? Irai-je embarquer celui d'un enfant dans cette obscure métaphysique dont les hommes ont tant de peine à se tirer ? Ce n'est pas à une petite (ille à résoudre ces questions, c'est tout au plus à elle à les faire, .\lors je lui répondrais simplement : Vous medemandez ce que c'est que Dieu; cda n'est pas facile à dire: on ne peut enlenilrc , ni voir, ni toucher Dieu ; on ne le connaît que par ses œuvres. Pour juger ce i|u'il est , attendez de savoir ce qu'il a fait.

Si nos dogmes sont tous de Ja même vérité , tous ne sont pas

■ I.'tdi^ de l'éternité ne saurait «'appliquer aux génératioM hainaint & iicnM-nt de reK|>rit. Toute moceMion numérique réduite m ;Mtiblc avec celte klcc.

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pour cela de la même importance. Il est fort indifférent à la gloire de Dieu qu'elle nous soit connue en toutes choses ; mais il importe à la société humaine et à chacun de ses membres que tout homme connaisse et remplisse les devoirs que lui impose la loi de Dieu envers son prochain et envers soi-même. Voilà ce que nous devons incessamment nous enseigner les uns aux autres , et voilà surtout de quoi les pères et mères sont tenus d'instruire leurs enfants. Qu'une vierge soit la mère de son créateur, qu'elle ait enfanté Dieu , ou seulement un homme auquel Dieu s'est joint ; que la substance du père et du fils soit la même, ou ne soit que semblable; que l'esprit procède de l'un des deux qui sont le même, ou de tous deux conjointement , je ne vois pas que la décision de ces questions, en apparence essentielles, importe plus à l'espèce humaine que de savoir quel jour de la lune on doit célébrer la pàque , s'il faut dire le chapelet , jeûner, faire maigre, parler latm ou français à l'église, orner les murs d'images, dire ou entendre la messe, et n'avoir point de femme en propre. Que chacun pense là-dessus comme il lui plaira, j'ignore en quoi cela peut intéresser les autres ; quant à moi , cela ne m'intéresse point du tout. Mais ce qui m'intéresse, moi et tous mes semblables, c'est que chacun sache qu'il existe un arbitre du sort des humains , duquel nous sommes tous les enfants , qui nous prescrit à tous d'élre justes, de nous aimer les uns les autres, d'être bienfaisants et miséricordieux , de tenir nos engagements envers tout le monde , même envers nos ennemis et les siens; que l'apparent bonheur de cette vie n'est rien ; qu'il en est une autre après elle, dans laquelle cet Être suprême sera le rémunérateur des bons et le juge des méchants. Ces dogmes et les dogmes semblables sont ceux qu'il iraporte d'enseigner à la jeunesse , et de persuader à tous les citoyens. Quiconque les combat mérite châtiment, sans doute; il est le perturbateur de l'ordre et l'ennemi de la société. Quiconque les dépasse, et veut nous asservir à ses opinions particulières , vient au même point par une route opposée ; pour établir l'ordre à s;i manière , il trouble la paix ; dans son téméniire orgueil , il se rend l'interprète de la Divinité, il exige en son nom les hommages cl les respects des hommes , il so fait Dieu tant qu'il peut à sa place : on devrait le punir comme sacrilège, quand on ne le punirait |)as comme intolérant.

Negligc/i donc tous ces dogmes mystérieux qui ne sont pour

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