LiVRE V
iiens que, Iouk les malheurs imaginables dussent-ils tomber stir
' ux époux bien unis , ils jouiront d'uu plus vrai bonheur à pleti-
ensemble, qu'ils n'en auraient dans toutes les fortuuesde la
lie, empoisonnées par la désunion des cœurs.
Au lieu donc de destiner dès l'enfance une épouse à mon Emile,
I ,ti attendu de coiHiailre celle qui lui convient. Ce n'est point moi i|iii fais celle destination , c'est la nature ; mon affaire est de trou- \ er le choix qu'elle a fait. Mon affaire, je dis la mienne et non celle hi père; car en me confiant son fds, il me cède sa place, il suls-
le mon droit au sien; c'est moi qui suis le vrai père d'Émiit, >t moi qui l'ai fait homme. J'aurais refusé de l'élever si je n'ais pas été le maître de le marier à son choix, c'est-à-dire au mien.
II n'y a que le plaisir de faire un heureux qui puisse payer ce qu'il i-n coûte pour meltre un homme en état de le devenir.
Mais ne croyez pas non plus que j'aie attendu pour trouver l'é-
I .«use d'Emile que je le misse en devoir de la chercher. Celte
Mlle recherche n'est qu'un prétexte pour lui faire connaître les
mmes , afin qu'il sente le prix de celle qui lui convient. Dés longl< mps Sophie est trouvée ; peut-être Emile l'a-t-il déjà vue ; pais il ne la reconnaîtra que quand il en sera temps.
Quoique l'égalité des condilions ne soit pas nécessaire au ma- M^e, quand celte égalité se joint aux auli-es convenances elle leur
Mine un nouveau prix , elle n'entre en balance avec aucune , mais
II fait pencher quand tout est égal.
L'n homme, à moins qu'd ne soit monarque, ne peut pas
(lienher une femme dans tous les étais; car les préjugés qu'il
m" turapas, il les trouvera dans les autres; et telle fille lui convien-
lit peut-être, qu'il ne l'obtiendrait pas pour cela. Il y a donc
i.M maximes de prudence qui doivent borner les recherches
iliin père judicieux. Il ne doit point vouloir donnera son élève un
liblissemenl au-dessus de son rang, car cela ne dépend pas de
,1. Quand il le pourrait , il ne devrait pas le vouloir encore; car
qu iniporlele rang au jeune homme, du inoinâ au mien? Kl cepen-
iliiil en moulant , il .s'exfwse à mille maux réels qu'il sentira toute
I vie. Je dis même qu'il ne doit pas vouloir compenser des biens
• différentes natures, comme la noblesse ell'argent , parce que
I hacun des deux ajoute moins de prix à l'autre qu'il n'en reçoit
• i tlléralion; que de plus on ne .s'accorde jamais sur l'estimalion
inmune; qu'enfin la préférence que chacun donne à sa mise pré-
pare la discorde entre deux familles, et souvent entre deux époux. I! est encore fort différent pour l'ordre du mariage que l'homme s'allie au-dessus ou au-dessous de lui. Le premier cas est tout à fait contraire; à la raison; le second y est plus conforme. Comme la famille ne tient à la société que par son chef, c'est l'étal de ce chef qui règle celui de la famille entière. Quand il s'allie dans un rang plus bas , il ne descend point , il élève son épouse ; au contraire, en prenant une femme au-dessus de lui, il l'abaisse sans s'élever. Ainsi , dans le premier cas , il y a du bien sans mal , et dans le second du mal sans bien. De plus , il est dans l'ordre de la nature que la femme obéisse à l'homme. Quand donc il la prend dans un rang inférieur , l'ordre naturel et l'ordre civil s'accordent , et tout va bien. C'est le contraire quand , s'alliant au-dessus de lui , l'nomrae se met dans l'alternative de blesser son droit ou s;» reconnaissance , et d'être ingrat on méprisé. Alors la femme prétendant à l'autorité, se rend le tyran de son chef; et le maître , devenu l'esclave , se trouve la plus ridicule et la plus misérable des créatures. Tels sont ces malheureux favoris que les rois de l'Asie honorent et tourmentent de leur alliance, et qui, dit-on, pour coucher avec leurs femmes , n'osent entrer dans le lit que par le pied.
.le m'attends que beaucoup de lecteurs, se souvenant que je donne à la femme un talent naturel pour gouverner l'homme , m'accuseront ici de contradiction : ils se tromperont pourtant. Il y a bien de la différence entre s'arroger le droit de commander, et gouverner celui qui commande. L'empire de la femme est un empire de douceur , d'adresse et de complaisance ; ses ordres sont des caresses , ses menaces sont des pleurs. Elle doit régner dans la maison comme un ministre dans l'Hlat, en se faisant commander ce qu'elle veut faire. En ce sens il est constant que les meilleurs ménages sont ceux où la femme a le plus d'autorité. Mais quand elle méconnaît la voix du chef, qu'elle veut usurper ses droits, et commander elle-même , il ne résulte jamais de ce désordre que misère , scandale , et déshonneur.
Reste le choix entre ses égales et ses inférieures ; et je crois qu'il y a encore quelque restriction à faire pour ces dernières ; car il est difficile de trouver dans la lie du peuple une éjwusc capable (le faire le bonheur d'un honnête homme : non qu'on soit plus vicieux dans les derniers rangs «luc d.u»s les premiers , mais