UVRE II
ner. C'est UDe fraude de son âge, et la seale que je lui pardonnerais.
Je sais qiie toutes ces vertus par imitation sont dos vertus de singe, pt quf nulle bonne action n'est moralement bonne que qu.ii.d on la fait comme telle , et non parce que d'aulrcs la font. Mais, dans un âge où le cœur ne sent rien encore, il faut bien fairo imiter aux enfants les actes dont on veut leur donner Ihabituile . en attendant qu'ils les puissent faire par discernement , et p.tr imourdu bien. L'homme est imitateur, l'animal même l'est; l''
it lie l'imitation est de la nature bien ordonnée ; mais il dégrirereen vice dans la société. Le singe imite l'homme qu'il craint . et n'imite pas les animau.x qu'il méprise ; il juge bon ce que fait un être meilleur que lui. Parmi nous , au contraire , nos arlequin^ de toute espèce imitent le beau pour le dégrader , pour le rendrf ridicule ; ils cherchent dans le sentiment de leur bassesse à s'égaler ce qui vaut mieux qu'eux ; ou , s'ils s'efforcent d'imiter ce qu'ils admirent, on voit dans le choix des objets l»^ faux goût dc< imitateurs : ils veulent bien plus en imposer aux autres ou faire applaudir leur talent, que se rendre meilleurs ou plus sages. L«foiKleraeiit de l'imitation parmi nous vient du désir de se transporter toujours hors de soi. Si je réussis dans mon entrepris'* , Kmilp n'aura sûrement pas ce désir. Il faut donc nous passer du birn apparent qu'il peut produire.
Apjirofondissez toutes les règles de votre éducation , vous les trouvi-rez ainsi toutes à contre-sens, surtout en ce qui concerne les verlus et Ips mœurs. La seule leçon de morale qui convienne à l'enfance, et la plus importante atout âge, est de ne jamais faire de mal à personne. Le précepte mérae de faire du bien , s'il n'est sut>ordonné à celui-là, est dangereux , faux , contradictoire. Qui est-ce qui ne fait pas du bien ? tout le monde en fait , le méchant comme les autres; il fnit un heureux aux dé|)ens de cent mi-KT.ibles; et de là viennent toutes nos calamités. Les plus su- Mimcs vertus sont négatives : elles sont aussi les plus difTiciles . parce qu'elles sont san< ostentation , et au-dessus même de ce pl.ii tir si doux au cœur de l'homme , d'en renvoyer un autre content de nous. O quel bien fait nécessairement à ses semblables celui d'entre eux , s'il en est un, qui ne leur fait jamais de mal! D' quelle intnpidilé d'àme, de quelle vigueur de caractère il a bew»in pour c«>l.i! C.f n'i-st pas en rai<onn.iiit sur cette maxime
c'est eu lâchant de la pratiquer, qu'on sent combien il est granJ et pénible d'y réussir'.
Voilà quelques faibles idées des précautions avec lesquelles je voudrais qu'on donnât aux enfants les instructions qu'on ne peut quelquefois leur refuser sans les exposer à nuire à eux-mêmes ou aux autres, et surtout à contracter de mauvaises habitudes dont on aurait peine ensuite à les corriger : mais soyons siirs que celte nécessité se présentera rarement pour les enfants élevés comme ils doivent l'être, parce qu'il est impossible qu'ils deviennent indociles , méchants , menteurs , avides , quand on n'aura pas semé dans leurs cœurs les vices qui les rendent tels. Ainsi ce que j'ai dit sur ce point sert plus aux exceptions qu'aux règles ; mais ces exceptions sont plus fréquentes à mesure que les enfants ont plus d'occasions de sortir de leur état et de contracter les vices des hommes. Il faut nécessairement à ceux qu'on élève au milieu du monde des instructions plus précoces qu'à ceux qu'on élève dans la retraite. Cette éducation solitaire serait donc préférable, quand elle ne ferait que donnera l'enfance le temps de mûrir.
Il est un autre genre d'exceptions contraires pour ceux qu'un heureux naturel élève au-dessus de leur âge. Comme il y a des hommes qui ne sortent jamais de l'enfance, il y en a d'autres qui , pour ainsi dire , n'y passent point , et sont hommes presque on naissant. Le mal est que cette dernière exception est très-rare, très-difficile à connaître , et que chaque mère imaginant qu'un enfant peut élre un prodige , ne doule point que le sien n'en soit un. Elles font plus, elles prennent pour des indices extraordinaires ceux mêmes qui marquent l'ordre accoutume : la vivacité , les saillies, l'étourderie, la piquante naïveté ; tous signes caractéristiques de l'âge, et qui montrent le mieux qu'un enfant n'est qu'un enfant. Est-il étonnant que celui qu'on fait beaucoup parler
' I.c pn'ccpte lie ne jamais nuire à autrui cniporle celui tic tenir ."i la s*»ciéti' hiitnainc le moins qu'il est possible; car, dans l't'tal social, le bien de l'un fait nécessairement le mal de lautre. Ce rapport est dans 1" essence de la cliosc, et rien ne Siuuait le changer. Qu'on cherche si.r ce principe letpici est le meilleur de l'homme social ou du solitaire. Tu auteur illustre dit <|u°il n'y a (|ue le nukliant tpii soit seul; moi je dis «pi'ii n'y ;i ipie le bon <|Hi soit seul. Si celte proposition est moins scnlentieusc . elle est plus vraie et mieux raisonnce ipu; la prt'eWente. Si le mtVhant était seul, ipiel mal fer.iit-il ? C'est dans la scx-iiMé (|u'il di-ess<; ses ncichines pour nuire au» autres. Si l'on veut nloniner cet argument pour l'homme de bien . jrt réj.nnds |iar l'article anipicl appartient wMc note.