LIVRE II
Ce serait encore pis ; car Ja morale en est tellement mêlée et si disproportionnée à leur âge , qu'elle les porterait plus au vice qu'à la vertu. Ce sont encore là , direzvous, des paradoxes. Soit; m.iis voyons si ce sont des vérités.
Je dis qu'un enfant n'entend point les fables qu'on lui fait apprendre, parce que, quelque effort qu'on fasse pour les rendre -impies, l'instruction qu'on en veut tirer force d'y faire entrer ios idées qu'il ne peut saisir, et que le tour même de la poésie, n les lui rendant ptas faciles à retenir, les lui rend plus difTiciies « concevoir; en sorte qu'on achète l'agrément aux dépens de. la clarté. Sans cHer cette multitude de fables qui n'ont rien d'intelligible ni d'utile pour les enfants, et qu'on leur fait indiscrètement apprendre avec les autres, parce qu'elles s'y trouvent mêlées, bornons-nous à celles que l'auteur semble avoir faites spécialement pour eux.
Je ne connais dans tout le recueil de la Fontaine que cinq ou
-IV faibles où brille éminemment la naïveté puérile; de ces cinq ou
-i\ je prends pour exemple la première de toutes ', parce que c'est
'Ile dont La morale est le plus de tout âge, celle que les enfants
- lisissent le mieux , celle qu'ils apprennent avec le plus de plaisir ; .
ifin celle que pour cela même l'auteur a mise par préférence à la
te de son livre. En lui supposant réellement l'objet d'être enlcn-
ilu des enfants, de leur plaire et de les instruire, cette fable est
issurémeut sou chef-d'œuvre : qu'on me |)ermette donc de la sui-
\ re et de l'examiner en peu de mots. .