‹ Émile (volume 2)Chapitre 40 sur 240 · LIVRE II. igô · texte numérisé non relu

LIVRE II. igô

aura luin de reiiUetien du jardiuier Robert à toutes ces explicalions.

Quelques lecteurs, mécontents du tais-toi, Jean-Jacques, demaiilieront, je le prévois, ce que je trouve enfin de si beau dans l'actioa li'Alexandre. Infortunés 1 s'il faut vous le dire, comment le comprendrez-vous ? C'est qu'Alexandre croyait à la vertu ; c'est qu'il y croyait sur sa léle , sur sa propre vie ; c'est que sa grande àme

tait faite pour y croire. 0 que celte médecine avalée était une ! leile profession de foi ! Non , jamais mortel n'en fit une si sublime. S'il est quelque moderne Alexandre, qu'on me le montre à de pareils trails '.

S'il n'y a point de science de mots , il n'y a point d'étude propre aux enfants. S'ils n'ont pas de vraies idées , ils n'ont point de véritable mémoire ; car je n'appelle pas ainsi celle qui ne retient que des sensations. Que sert d'inscrire dans leur tête un catalogue de signes qui ne représentent rien pour eux .' En apprenant les cho-

s n'apprendront-ils pas les signes? Pourquoi leur donner !a peine iiutile de les apprendre deux fois.' El cependant quels dangereux préjugés ne commence-t-on pas à leur inspirer , en leur faisant prendre pourde la science des mots qui n'ont aucun sens pour eux ! C'est du premier mot dont l'enfant se paye , c'est de la première chose qu'il apprend sur la parole d'aulrui , sans en voir l'utilité lui-même , que son jugement est perdu: il aura longtemps à briller aux yeuxdessots avant qu'il répare une telle perle '.

Non , si la nature donne au cerveau d'un enfant cette souple&Mi|ui le rend propre à recevoir toutes sortes d'impressions , ce n'est

■ '• Ce prince, dit Montii- - - ■ ■ t, est le souverain patron des actes > !■ / ;.liui : mais je ne ^ :l en sa \ic qui ayt plus de fer-

II . :< jue celtuy-cy, ny n iiistre par t.int de visages. • Liv. i,

.iLip.i-,.]

> La plupart des uvanU le sont k la manière des enfants. La vaste érodilion résulte moins d'une multitude d'idées que d'une multitude d'images. Les dates , les noms propres , les lieux , tous les objets is<>U'>s ou dénués d'idées, se retiennent uniquement par la mémoire des signes, cl rarement •e rappcile-t-on quelqu'une de ces choses sans voir en même temps k recto ou le t-ersfi de la page où on l'a lue . ou la figui-c sous laquelle on l,i vit la première fois. Telle était à [)eu pris la sciencp à la mode des «: .ts.

Cdie de notre siècle est autre ilios; : on n'étudie plus, on i us;

on rêve, et l'on nous donne gravement i)our de la philosopli.^ ,^j .. .^ , de quelques mauvaises nuits. On me dira que je rive aussi : j'en ronriens : mais, ce que les autres n'ont garde de faire, je donne mes rêves pour des >%es, Ui».vuit chercher au lecteur s ils ont quelque chose d'utile aux grn»

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pas pour qu'on y grave des noms de rois , des dates, des termes lie blason , de sphère , de géographie , et tous ces mots sans aucun sens pour son âge, et sans aucune utilité pour quelque âge que ce soit , dont on accable sa triste et stérile enfance; mais c'est pour que toutes les idées qu'il peut concevoir et qui lui sont utiles , toutes celles qui se rapportent à son bonheur et doivent Teclairer un jour sur ses devoirs , s'y tracent de bonne heure en caractères ineffaçables, et lui servent à se conduire pendant sa vie d'une manière convenable à son être et à ses facultés.

Sans étudier dans les livres , l'espèce de mémoire que peut avoir un enfant ne reste pas pour cela oisive ; tout ce qu'il voit , tout ce (ju'il entend le frappe, et il s'en souvient ; il tient registre en luimême des actions , des discours des hommes ; et tout ce qui l'environne est le livre dans lequel . sans y songer , il enrichit continuellement sa mémoire, en allenilant que son jugement puisse en profiter. C'est dans le choix de ces objets , c'est dans le soin de lui présenter sans cesse ceux qu'il peut connaître , et de lui cacher ceux qu'il doit ignorer , que consiste le véritable art <le cultiver en lui celte première faculté; et c'est |)ar là qu'il faut tâcher de lui former un m;igasin de connaissances qui servent à son éducation durant sa jeunesse, et à sa conduite dans tous les temps. Celle méthode, il est vrai, ne forme point do petits prodiges et ne fait pas briller les gouvernâmes et les précepteurs ; mais elle forme des hommes judicieux , robustes , sains de corps et d'entendement , qui, sans s'être fait admirer étant jeunes, se font honorer étant grands.

1- Emile n'apprendra jamais rien par cœur , pas même des fables , pas même celles de la Fontaine, toutes naïves, toutes charmantes quelles sont ; rar les mots des fables ne sont pas plus les fables que les mots de l'histoire ne son: Ihisloire. Comment peut-on s'aveugler assez poura[)peIer les fables la morale des enfants , sans songerque l'apologue , en lesamusant , les abuse , que , séduits par le mensonge , ils laissent échapper la vérité , et que ce qu'on fait pour leur rendre l'instruction agréable les empêche d'en profiler.» Les fables peuvent instruire les hommes; mais il faut dire la vérité nue aux enfants; sitôt qu'on la couvre d'un voile, ils ne se donnent plus la \m\\c de le lever.

On fait apprendre les fables de la Fontaine à tous les enfants, et il n'y en a pas un seul qui les entende. Quand ils les entendraient ,

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