‹ Émile (volume 2)Chapitre 43 sur 240 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

a\'Pc les paires , celle excase sera bonne pour moi , mais wm p.'is pour mon élève.

Sans mentir, si Totre ramage

Sans mentir! On ment donc quelquefois ? Où en sera l'enfant si TOUS lui apprenez que le renard ne dit sans tn«n(irque parce qu'il ment ?

Répondait à votre plumage , 1^ Répondait.' Que signifie ce mot? Apprenez à l'enfant à com* parer des qualités aussi différentes que la voix el le plumage ; VOUS verrez comme il vous entendra.

Vous seriez le phénix des hôtes de ces bois.

Le phénix! Qu'est-ce qu'un phénix? Nous voici tout à coup jetés dans la menteuse antiquité , presque dans la mythologie.

Le$ hôlcs de ces bois ! Quel discours figuré ! Le Hatleur ennoblit son langage et lui donne plus de dignité , pour le rendre plus séduisant. Un enfant entendra-l-il cette finesse? sait-il seulement , peut-il savoir ce que c'est qu'un style noble el un style bas ? A ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie,

Il faut avoir éprouvé déjà des passions bien vives pour sentir eette expression proverbiale.

Et , pour montrer sa belle voix ,

N'oubliez pas que, pour entendre ce vers et toute la fable, l'enfant doit savoir ce que c'est que la belle voix du corbeau. Il ouvre un brge bec , laisse tomber sa proie.

Ce vers est admirable ; l'harmonie seule en fait image. Je vois un grand vilain bec ouvert; j'entends tomber le fromage à travers le* branches : mais ces sortes de beautés sont perdues pour les eafants.

Le renard s'en saisit , et dit : Mon bon monsieur.

Voilà donc déjà la bonté transformée en bêtise. Assurément on ne perd pas de temps pour instruire les enfants. Apprenez que tout flatteur

Maxime générale ; nous n'y sommes plus.

vit aux dépens de celui qui l'écoute.

Kocss. — f.wix. Ht

Jamuis eiiiaiit de dix ans n'enlciulit ce vcrs-là. * Cette leçon vaut bien un fromage , sans doute.

Ceci s'entend , et la pensée est très-bonne. Cependant il y aura encore bien peu d'enfants qui sachent comparer une leçon à uu fromage , et qui ne préférassent le fromage à la leçon. Il faut donc leur faire entendre que ce propos n'est qu'une raillerie. Que do finesse pour des enfants !

Le corbeau , honteux et confus.

Autre pléonasme; mais celui-ci est inexcusable.

Jura, mais un peu tard', (ju'on ne l'y prendrait plus.

Jura! Quel est le solde maître qui ose expliquera l'enfant ce que c'est qu'un serment ?

Voilà bien des détails, bien moins cependant qu'il n'en faudrait pour analyser toutes les idées de cette fable , et les rédufrê aux idées simples et élémentaires dont chacune d'elles est composée. Mais qui est-ce qui croit avoir besoin de cette analyse pour se faire entendre à la jeunesse .3 Nul de nous n'est assez philosophe pour savoir se mettre à la place d'un enfant. Passons maintenant à la morale.

Je demande si c'est à des enfants de six ans qu'il faut apprendre qu'il y a des hommes qui flattent et mentent pour leur prolit ? On pourrait tout au ()lus leur apprendre qu'il y a des railleurs qui persiflent les petits garçons , et se moquent en secret de leur sotte vanité : mais le fromage gâte tout; on leur apprend moins à ne pas le laisser tomber de leur bec qu'à le faire tomber du bec d'un autre. C'est ici mon second paradoxe , et ce n'est pas le moins important.

^ Suivez les enfants apprenant leurs fables, et vous verrez que , quand ils sont en état d'en faire l'application , ils en font presque toujours une contraire à l'intention de l'auteur , et (ju'au lieu de s'observer sur le défaut dont on les veut guérir ou préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des autres. Dans la fable précédente les enfants se moquent du corbeau , mais ils s'affectioiment tous au renard; dans la fable qui suit , vous croyez leur donner la cigale pour exemple ; et |>oint du tout , c'est la fourmi qu'ils choisiront. On n'aime point à s'humilier : ils prendront toujours le beau rôle j c'est le choix do l'amour-pro j

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