‹ Émile (volume 2)Chapitre 44 sur 240 · LIVRE fi. m · texte numérisé non relu

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fit i> , c'est un choix Irès-natureK Or , quelle horrible leron jwur l'enfance ! Le plus odieux de tous les monstres serait un enfant avare et dur , qui saurait ce qu'on lui demande et ce qu'il refuse. La fourmi fait plus encore , elle lai apprend à railler dans ses refus.

Dans toutes les fables où le lion est un des personnages, comme c'est d'ordinaire le plus brillant , l'enfant ne manque point de se faire lion ; et quand il préside à quelque partage , bien instruit par son modèle , il a grand soin de s'emparer de tout. Mais quand le moucheron terrasse le lion , c'est une autre affaire, alors l'enfant n'est plus lion, il est moucheron. Il apprend à tuer un jour à coup d'aiguillon ceux qu'il n'oserait attaquer de pied ferme.

Dans la fable du loup maigre et du chien gras, au lieu d'une leçon de modérai ion qu'on prétend lui donner, il en prend une de licence. Je n'oublierai jamais d'avoir vu beaucoup pleurer une |)elile fille qu'on avait désolée avec celle fable, tout en lui prêchant toujours la docilité. On eut peine à savoir la cause de ses pleurs ; on la sut enlin. La pauvre enfant s'ennuyait d'être à la chaîne ; elle se sentait le cou pelé ; elle pleurait de n'être pas loup.

Ainsi donc la morale de la première fable citée est pour l'enfant une leooo de la plus basse flatterie ; celle de la seconde une leçon d'inhumanité ; celle de la troisième, une le<;on d'injustice ; celle de la quatrième, une leçon de satire ; celle de la cinquième, une leçon d'indépendance. Cette dernière leçon , pour être superflue à mon élève , n'en est pas plus convenable aux vôtres. Quand vous leur donnez des préceptes qui se contredisent , quel fruit espérez-vous de vos soins? Mais peut-être , à cela près , toute cette morale qui me sert d'objection contre les fables fournit-elle autant de raisons de les conserver. Il faut une morale en paroles et une en actions dans la société , et ces deux morales ne se ressemblent point. La première est dans le catéchisme, où on lalaisse; l'antre est dans les fables de la Fontaine pour les enfants , et dans ses contes pour les nères. Le même auteur suffît à tout.

Composons, monsieur de la Fontaine. Je promets, quanta moi", de vous lire avec choix , de vous aimer , de m'instruire dans vos fables: car j'espère ne pas me tromper sur leur objet : mais pour mon élè>'e , permettez que je ne lui en laisse pas étudier une seuli jusqu'à ce que vous m'ayez prouvé qu'il est bon pour lui d°a|t prendre des choses dont il ne comprendra jkis le qtiarl; que dan»

Hî EMILE.

celles qu'il pourra comprendre il ne prendra jamais lo change , et qu'au lieu de se corriger sur la dupe, il ne se formera pas sur le fripon.

4 En ôtant ainsi tous les devoirs des enfants, j'ôte les instruments (le leur plus grande misère, savoir les livres. La lecture est le fléau de l'enfance , et presque la seule occupation qu'on lui sait donner. A peine à douze ans Emile saura-t-il ce que c'est qu'un livre. Mais il faut bien au moins , dira-t-on , qu'il sache lire. J'en conviens : il faut qu'il sache lire quand la lecture lui est utile; jusqu'alors elle n'est bonne qu'à l'ennuyer.

Si l'on ne doit rien exiger des enfants par obéissance, il s'ensuit qu'ils ne peuvent rien apprendi e dont ils ne sentent l'avantage actuel et présent, soit d'agrément, soit d'utilité; autrement quel motif les porterait à l'apprendre ? L'art de parler aux absents et de les entendre, l'art de leur communiquer au loin sans médiateur nos sentiments, nos volontés, nos désirs , est un art dont l'ulilitc peut être rendue sensible à tous les âges. Par quel prodige cet art si utile et si agréable est-il devenu un tourment pour l'enfance? Parce qu'on la contraint de s'y appliquer malgré elle , et qu'on le met à des usages auxquels elle ne comprend rien. Un enfant n'est pas fort curieux de perfectionner l'instrument avec lequel on le tourmente ; mais faites que cet instrument serve à ses plaisirs , et bientôt il s'y appliquera malgré vous.

On se fait une grande affaire de chercher les meilleures méthodes d'apprendre à lire ; on invente des bureaux , des cartes ; on fait de la chambre d'un enfant un atelier d'imprimerie. Locke veut qu'il apprenne à lire avec des dés. Ne voilà-t-il pas une invention bien trouvée ? quelle pitié ! Un moyen plus sûr que tous ceux-là , et celui qu'on oublie toujours, est le désir d'apprendre. Donuez à l'enfant ce désir, puis laissez là vos bureaux et vos dés ; toute méthode lui sera bonne.

L'intérêt présent , voilà le grand mobile, le seul qui mène sûrement et loin. Emile reçoit quelquefois de son père , de sa mère , de ses parents, do ses amis, des billets d'invitation pour un diner, pour une promenade, pour une partie sur Tcau , pour voir quelque fêle publique. Ces billets sont courts , clairs, nets , bien écrits. Il faut trouver quelqu'un qui les lui lise : ce quelqu'un ou ne se trouve pas toujours à point nommé , ou rend à l'enfant le peu de complaisance que l'enfant eut iwur lui la veille. Ainsi l'oconsion,

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