‹ Émile (volume 2)Chapitre 51 sur 240 · LIVRE H · texte numérisé non relu

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utiles. Ainsi les jeunes gens élevés avec soin apprennent tous à monter à cheval , parce qu'il en coule beaucoup pour cela; mais -{ue aucun d'eux n'apprend à nager, parce qu'il n'en coûte , et qu'un artisau peut savoir nager aussi bien que qui que 'Ht. Cependant , sans avoir fait son académie , un voyageur lii iule à cheval, s'y tient ets'ensert assez pour le besoin ; mais, dans l'eau, si l'on ne nage on se noie , et l'on ne nage point sans lir appris. Enfin l'on n'est pas obligé de monter à cheval sous , ' de la vie, au lieu que nul n'est sur d'éviter un danger auquel on est si souvent exposé. Emile sera dans l'eau comme sup 'i f'^rre. Que ne peut-il vivre dans tous les éléments! Si l'on . ait apprendre à voler dans les airs , j'en ferais un aigle ; j'en là une salamandre , si l'on pouvait s'endurcir au feu *. ".\ craint qu'un enfant ne se noie en apprenant à nager : qu'il se on apprenant ou pour n'avoir pas appris, ce sera toujours •• faute. C'est la seule vanité qui nous rend téméraires; on ne |)oint quand on n'est vu de personne : Emile ne le serait pas , J il serait vu de tout l'univers. Comme l'exercice ne dépend lu risque, dans un canal du parc de son père il apprendrait à rser l'Hellespont : mais il faut s'apprivoiser au risque même, r apprendre à ne s'en pas troubler ; c'est une partie essende l'apprentissage dont je parlais tout à l'heure. \u reste , at- .f à mesurer le danger à ses forces ot à le partager toujours lui , je n'aurai guère d'imprudence à craindre , quand je ré- .1 le soin de sa conservation sur celui que je dois à la mienne. I enfant est moins grand qu'un homme ; il n'a ni sa force ni sa .11 : mais il voit et entend aussi bien que lui, ou à très-peu ; il a le goût aussi sensible , quoiqu'il l'ait moins délicat , et •igue aussi bien les odeurs, quoiqu'il n'y mette pas la même lalilé. Les premières facultés qui se forment et se perfection en nous sont les sens. Ce sont donc les premières qu'il faut cultiver ; ce sont les seules qu'on oublie , ou celles qu'on 4C le plus, wrcer les sens n'est pas seulement en faire usage, c'est ap*

c^l MM doate pour rendre son idée générale plus sensible que Rouvcau

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prendre à bien juger par eux, c'est apprendre, |)uur ainsi dire, À senlir ; car nons ne savons ni toucher, ni voir, ni entendre, que comme nous avons appris.

Il y a un exercice purement naturel et mécanique , qui sert ;i rendre le corps robuste sans donner aucune prise au jugement : nager, courir, sauter, fouetter un sabot, lancer des pierres; tout cela est fort bien : mais n'avons-nous que des bras et des jambes? n'avons-nous pas aussi des yeux , des oreilles ? et ces organes sontils superflus à l'usage des premiers? N'exercez donc pas seulement les forces, exercez tous les sens qui les dirigent; tirez de chacun d'eux tout le parti possible , puis vérifiez l'impression de l'un par l'autre. Mesurez , comptez , pesez , comparez. N'emp]oy«z la force qu'après avoir estimé la résistance : faites toujours en sorte que l'estimation de l'effet précède l'usage des moyens. Intéressez l'enfantànejaraaisfaire d'efforts insuffisants ou superflus. Si vous l'accoutumez à prévoir ainsi l'effet de tous ses mouvements , et à redresser ses erreurs par l'expérience , n'est-il pas clair que plus il agira, plus il deviendra judicieux?

S'agit-il d'ébranler une masse; s'il prend un levier trop long, il dépensera trop de mouvement ; s'il le prend trop court , il n'auia pas assez de force : l'expérience lui peut apprendre à choisir jirécisément le bâton qu'il lui faut. Celte sagesse n'est donc pas audessus de son âge. S'agit-il de j)orter un fardeau ; s'il veut le prendre aussi pesant qu'il pout le porter, et n'en point essayer qu'il ne soulève, ncscra-t-il pas forcé d'en estimer le poids à la vue? Saitil comparer des masses de même matière et de différenles grosseurs, qu'il choisisse entre des masses de même grosseur et do différentes matières : il faudra bien qu'il s'applique à comparci leurs poids spécifiques. J'ai vu un jeune homme, Irès-bieu élevé qui ne voulut croire qu'après l'épreuve qu'un seau plein de gros copeaux de bois de chêne fût moins pesant que le même seau rempli d'eau.

Nous ne sommes pas également raaitrcs de l'usage de tous nosens. II y en a un, savoir, le toucher, dont l'action n'est jamais suspendue durant la veille ; il a été répandu sur la surface entière de noire corps, comme une garde conlinuelle pour nous avertir de tout ce qui peut l'offenser. C'est aussi celui dont , bon gré , mal gré , nous acquérons le plus toi l'expérience par cet exercice continuel, et auquel, par conséquent , Dous avons moins besoin do

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