‹ Émile (volume 2)Chapitre 85 sur 240 · LIVRE · texte numérisé non relu

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En lui supposant une montre , aussi bien qu'en le faisaut pleurer, je me donniis uti Emile vulgaire pour être utile et me faire entendre ; car , quant au véritable , un enfant si différent des autres ne servirait d'exemple à rien.

Il y a un ordre non moins naturel et plus judicieux encore , par lequel on considère les arts selon les rapports de nécessité qui les lient , mettant au premier rang les plus indépendants , et au der* Bier ceux qui dépendent d'un plus grand nombre d'autres. Cet ordre , qui fournit d'importantes considérations sur celui de la société générale, est semblable au précèdent, et soumis au même renversement dans l'estime des hommes ; en sorte que l'emploi des matières premières se fait dans des métiers saus honneur, presque sans profit , et que plus elles changent de mains, plus la main-d'œuvre augmente de prix et devient honorable. Je n'examine pas s'il est vrai que l'industrie soit plus grande et mérite plus de récompense dans les arts minutieux qui donnent la dernière forme à ces matières , que dans le premier travail qui les convertit à l'u- Mge des hommes : mais je dis qu'en chaque chose l'art dont l'usage CRt le plus général et le plus indispensable est mcontestablement celui qui mérite le plus d'estime , et que celui à qui moins d'autres arts sont nécessaires la mérite encore par-dessus les plus subordoanés , parce qu'il est plus libre et plus près de l'indépendance. Voilà les véritables règles de l'appréciation des arts et de l'industrie ; tout le reste est arbitraire et dépend de l'opinion.

Le premier et le plus respectable de tous les arts est l'agricul-

lore : je mettrais la forge au second rang , la charpente au troisiè-

mt , et ainsi de suite. L'enfant qui n'aura point été séduit par les

fléjugés vulgaires en jugera précisément ainsi. Que de reflexions

■■portantes notre Emile ne tirera-t-il point là-dessus de son Ro-

lAtton ! Que pensera-t-il en voyant que les arts ne se | erfection-

"«nt qu'en se subdivisant , en multipliant à l'infini les instruments

- uns et des autres? Il se dira : Tous ces gens-là sont sottement

-:i-nieux : on croirait qu'ils ont peur que leurs bras et leurs doigts

10 leur sen-ent à quelque chose, tant ils inventent d'instruments

■ir s'en passer. Pour exercer un seul art, ils sont asservis à mille

' res : il faut une ville à chaque ouvrier. Pour mon cam.iiade et

I , nous mettons notre génie dans notre adresse ; nous nous fai

>->des outils que nous puissions porter partout avec nous. Tous

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ces gens si (iers de leurs talents dans Paris ne sauraient rien dans noire île , et seraient nos apprentis à leur tour.

Lecteur, ne vous arrêtez pas à voir ici l'exercice du corps et l'adresse des mains de notre élève ; mais considérez quelle direction nous donnons à ses curiosités enfantines ; considérez le sens , l'esprit inventif, la prévoyance ; considérez quelle tête nous allons lui former. Dans tout ce qu'il verra, dans tout ce qu'il fera , il voudra tout connaître, il voudra savoir la raison dp tout; d'instrument en instrument, il voudra toujours remonter au premier; il n'admettra rien par supposition ; il refuserait d'apprendre ce qui demanderait une connaissance antérieure qu'il n'aurait pas : s'il voit faire un ressort , il voudra savoir comment l'acier a été tiré de la mine; s'il voit assembler les pièces d'un coffre, il vou^ dra savoir comment l'arbre a été coupé ; s'il travaille lui-même , à chaque outil dont il se sert, il ne manquera pas de se dire : Si je n'avais pas cet outil , comment m'y prendrais-je pour en faire un semblable, ou pour m'en passer?

Au reste , une erreur difficile à éviter dans les occupations pour lesquelles le maître se passionne est de supposer toujours le même goût à l'enfant : gardez , quand l'amusement du travail vous emporte , que lui cependant ne s'ennuie sans vous l'oser témoigner. L'enfant doit être tout à la chose; mais vous devez être tout à l'enfant, l'observer, l'épier sans relâche et sans qu'il y paraisse, pressentir tous ses sentiments d'avance, et |)révenir ceux qu'il ne doit pas avoir ; l'occuper enfin de manière que non-seulement il se sente utile à la chose, mais qu'il <'v ni .ivo i t'nr,^ ,],^ Uu^n l'omprendre à quoi sert ce qu'il fait.

La société des arts consiste en (•ch.inuos ci HuiuNtric. coiii' du commerce en échanges de choses, celle des banques en échanges do signes et d'argent : toutes ces idées se tiennent, et les notions élémentaires sont déjà prises ; nous avons jeté les fondements de tout cela dès le premier âge , à l'aide du jardinier Robert. Il ne nous reste maintenant qu'à généraliser ces mêmes idées et les étendre à plus d'exemples , pour lui faire comprendre le jeu du trafic pris on lui-même, et rendu sensible par les détails d'histoire naturelle qui regardent les productions particulières à chaque pays , par les détails d'arts et de sciences qui regardent la navigation, enfin |wr le plu« grand ou moindre embarras du transport , selon réloigiic-

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