LIVRE J. IS
<[u'iinporte, au surplus, qu'il périsse ou qu'il demeure inûruie le reste de ses jours? Ou couserve ses membres aux dépens de son corps ; et , quoi qu'il arrive , la nourrice est disculpée.
Ces douces mères qui , débarrassées de leurs eofants, se livrent . lieraent aux amusements delà ville, savent-elles cependant quel laitemeut l'enfant dans son maillot reçoit au village? Au moindre iiacas qui survient , on les suspend à un clou comme un paquet de i irdes ; et tandis que , sans se presser , la nourrice vaque à ses af ; lires, le malheureux reste ainsi crucifié. Tous ceux qu'on a trou- \cs dans cette situation avaient le visage violet; la poitrine fortement comprimée ne laissant pas circuler le sang, il remontait à la ■te; et l'on croyait le patient fort tranquille, parce qu'il n'avait is la force de crier. J'ignore combien d'heures un enfant peut ■ster en cet état sans perdre la vie , mais je doute que cela puisse .;ler fort loin. Voilà, je pense, une des plus grandes commodités du aaillot.
On prétend que les enfants en liberté pourraient prendre de
mauvaises situations , et se donner des mouvements capables de
i'.iire à la bonne conformation de leurs membres. C'est là un de
es vains raisonnements de notre fausse sagesse, et que jamais
lucuue expérience n'a confirmés. De cette multitude d'enfants qui,
liez des peuples plus sensés que nous, sont nourris dans toute la
berlé de leurs membres, on n'en voit pas uu seul qui se blesse
ni s'estropie : ils ne sauraient donner à leurs mouvements la force
qui peut les rendre dangereux ; et quand ils prennent une situation
\ iolenle, la douleur les avertit bientôt d'en changer.
Nous ne nous sommes pas encore avisés de mettre au maillot le»
< tits des chiens ni des chats : voit-on qu'il résulte pour eux (|uel-
liie inconvénient de cette négligence? Les enfants sont plus lourds;
i'accord : mais à proportion ils sont aussi plus faibles. A peine
■euvent-ils se mouvoir; comment s'estropieraient-ils ? Si on les
!end<iit sur le dos , ils mourraient dans cette situation , comme la
«rtue, sans pouvoir jamais se retourner.
Non contentes d'avoir cessé d'allaiter leurs enfants, les femmes
il d'en vouloir faire : la conséquence est naturelle. Des que
<le mcrc est onéreux, on trouve bientôt le moyen de s'en
r tout .1 fitit : un veut faire mi ouvrage inutile, afin de le ro-
..i.aLuccr toujours, et l'on tourne au préjudice de l'espèce l'at-
I ait donné pour la multiplier. Cet usage , .«jouté aux autres c^m^c»
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de dépopulation , nous annonce le sort prochain de l'Europe. Les sciences , les arts , la philosophie et les mœurs qu'elle engendre , ne tarderont pas d'en faire un désert. Elle sera peuplée de bétes féroces : elle n'aura pas beaucoup changé d'habitants.
J'ai vu quelquefois le petit manège des jeunes femmes qui feignent de vouloir nourrir des enfants. On sait se faire presser de renoncer à cette fantaisie : on fait adroitement intervenir les époux , les médecins , surtout les mères. Un mari qui oserait consentir que sa femme nourrit son enfant serait un homme perdu ; l'on eu ferait un assassin qui veut se défaire d'elle. Maris prudents , il faut immoler à la paix l'amour paternel. Heureux qu'on trouve à la campagne des femmes plus continentes que les vôtres ! Plus heureux si le temps que celles-ci gagnent n'est pas destiné pour d'autres que vous !
Le devoir des femmes n'est pas douteux : mais on dispute si , dans le mépris qu'elles en font , il est égal pour les enfants d'être nourris de leur lait ou d'un autre. Je tiens cette question , dtfnt les médecins sont les juges, pour décidée au souhait des femmes ' ; et pour moi , je penserais bien aussi qu'il vaut mieux que l'enfant suce le lait d'une nourrice en santé que d'une mère gâtée , s'il avait quelque nouveau mal à craindre du même sang dont il est formé.
Mais la question doit-elle s'envisager seulement par le côte physique .'et l'enfant a-t-il moins besoin des soins d'une mère que de sa mamelle ? D'autres femmes , des bêtes même, pourront lui donner le lait qu'elle lui refuse : la sollicitude maternelle nese supplée point. Celle qui nourrit l'enfant d'une autre au lieu du sien est une mauvaise mère : comment sera-t-elle une bonne nourrice? Elle pourra le devenir, mais lentement ; il faudra que l'habitude change la nature : et l'enfant mal soigné aura le temps do périr cent fois avant que sa nourrice ait pris pour lui une tendresse de mère.
De cet avantage même résulte un inconvénient , qui seul devrait 61er à toute femme sensible le courage de faire nourrir son enfant par une autre : c'est celui de partager le droit de more, ou plutôt de l'aliéner ; de voir son enfant aimer une autre femme au-
' La li{n>e des rcnimcs et îles médecins m'a toujours paru l'une dw plu'» plaisantes sinRularités de Paris. C'est par les femnips que les nM^lpriu-* aci|ui(^rent leur réputation, et c'est par les nitHleciiis que les fenuiies font Ifurs volontés. On se doute bien par Ih «juellc est la siirte d habileté qu il faut h un tin'drrin de l'aris pour devenir célèbre.