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'. que de son bien. Mais mon père , en le gagnant , a servi
.... Soit ; il a payé sa dette , naais non pas la vôtre. Vous
.0/ plus aux autres que si vous fussiez né sans bien , puisque
is êtes né favorisé. Il n'est point juste que ce qu'un homme a
t pour la société en décharge un autre de ce qu'il lui doit ; car
icun , se devant tout entier, ne peut payer que pour lui, et nul
.■■' ne peut transmettre à son fils ledroit d'être inutile à ses sem-
lides : or c'est pourtant ce qu'il fait , selon vous , en lui trans-
tant ses richesses , qui sont la preuve et le prix du travail.
tii qui mange dans l'oisiveté ce qu'il n'a pas gagné lui-même
• oie ; et un rentier que l'État paye pour ne rien faire ne diffère
re , à mes yeux , d'un brigand qui vit aux dépens despassants.
: s de la société , l'homme isolé , ne devant rien à personne , a
it de vivre comme il lui plait ; mais dans la société , où il vit
ossairement aux dépens des autres, il leur doit en travail le
A deson entretien; cela est sans exception. Travailler est donc
ilcvoir indispensable à l'homme social. Riche ou pauvre j puis-
; ou faible , tout citoyen oisif est un fripon.
' >r , de toutes les occupations qui peuvent fournir la subsis,
•^ ^ Ihomme, celle qui le rapproche le plus de l'état de nature
ivail des mains : de toutes les conditions, la plus indé-
' ■ de la fortune et des hommes est celle de l'artisan. L'arti-
I ne dépend que de sou travail ; il est libre , aussi libre que le
'>ureur est esclave : car celui-ci tient à son champ , dont la ré-
teest à la discrétion d'autrui. L'ennemi, le prince , un voisin
lissant, un procès, lui peut enlever ce champ; par ce champ ,
neut le vexer en mille manières : mais partout où l'on veut
1 , son bagage est bientôt fait ; il emporte ses bras et
fois l'agriculture est le premier métier de l'homme ;
>l le plus honnête, le plus utile, et par conséquent le plus no-
qu'il puisse exercer. Je ne dis pas à Emile : .apprends l'agri-
ilturc; il la sait. Tous les travaux rustiques lui sont familiers ;
st par eux qu'il a commencé; c'est à eux qu'il revient sans
^se. Je lui dis donc : Cultive l'héritage de let pères. Mais si tu
rds cet héritage , ou si ta n'en as point , que faire ? Apprends un
lier.
'••lier à mon fils! mon fils artisan! Monsieur, y pcnsez-
1 y |)ense mieux que vous , madame , qui voulei le réduire
lie pouvoir jamais être qu'un lord , un marquis , un prince , et
peut-être uii jour moins que rien : moi , je lui veux donner un rang qu'il ne puisse perdre , un rang qui l'iionore dans tous les temps j je veux l'élever à l'état d'homme ; et , quoi que vous puissiez dire , il aura moins d'égaux à ce titre qu'à tous ceux qu'il tiendra de vous.
La lettre tue et l'esprit vivifie. Il s'agit moins d'apprendre un métier pour savoir un métier, que pour vaincre les préjugés qui le méprisent. Vous ne serez jamais réduit à travailler pour vivre. Eh ! tant pis , tant pis pour vous ! Mais n'importe ; ne travaillez point par nécessité, travaillez par gloire. Abaissez-vous à l'état d'artisan , pour être au-dessus du vôtre. Pour vous soumettre la fortune et les choses , commencez par vous en rendre indépendant. Pour régner par l'opinion , commencez par régner sur elle.
Souvenez-vous que ce n'est point un talent que je vous demande; c'est un métier, un vrai métier, un art purement mécanique, où les mains travaillent plus que la tête, et qui ne mène point il la fortune , mais avec lequel on peut s'en passer. Dans des maisons fort au-dessus du danger de manquer de pain , j'ai vu des pères pousser la prévoyance jusqu'à joindre au soin d'instruire leurs enfants celui de les pourvoir de connaissances dont, à tout é vénement , ils pussent tirer parti pour vivre. Ces pères prévoyants croient beaucoup faire : ils ne font rien , parce que les ressources qu'ils pensent ménager à leurs enfants dépendent de celte même fortune au-dessus de laquelle ils les veulent mettre. Eu sorte (ju'avec tous ces beaux talents , si celui qui les a ne se trouve dans des circonstances favorables pour en faire usage , il périra de misère comme s'il n'en avait aucun.
Dès qu'il est question de manège et d'intrigues, autant vaut les employer à se maintenir dans l'abondance , qu'à regagner , du sein de la misère , de quoi remonter à son premier état. Si vous cultivez des arts dont le succès tient à la réputation de l'artiste ; si vous vous rendez propre à des emplois qu'on n'obtient que par la faveur, que vous servira tout cela, quand , justement dégoûté du monde, vous dédaignerez les moyens sans lesquels on n'y peut réussir? Vous avez étudié la politique et les intérêts des princes : voilà qui va fort bien ; mais que ferez -vous de ces connaissances, si vous ne savez parvenir aux ministres , aux femmes de la cour, nux chefs des bureaux ; si vous n'avez le secret de leur plaire , si tous ne trouvent en vous le fripon qui leur convient ? Vous êtes
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arcliilecle ou peintre : soit ; mais il faut faire connaître votre la- Ifiil. Pensez-vous aller de but en blanc exposer un ouvrage au sa- Oh ! qu'il n'en va pas ainsi ! Il faut être de l'Académie ; il y luème être protégé pour obtenir au coin d'un mur quelque ■ obscure. Quittez-moi la règle et le pinceau; prenez un fia- • t courez de porte en porte : c'est ainsi qu'on acquiert la cété. Or vous devez savoir que toutes ces illustres portes ont -lisses ou des portiers qui n'entendent que par geste , et dont roilles sont dans leurs mains. Voulez-vous enseigner ce que vous avez appris , et devenir maître de géographie , ou de mathémiUques , ou de langues , ou de musique , ou de dessin ; pour oeb même il faut trouver des écoliers , par conséquent des précomptez qu'il importe plus d'être charlatan qu'habile, et qpe , si vous ne savez de métier que le vôtre , jamais vous ne se- E qu'un ignorant.
Voyez donc combien toutes ces brillantes ressources sont peu solides , et combien d'autres ressources vous sont nécessaires pour tirer parti de celles-là. Et puis, que deviendrez-vous dans lâche abaissement ? Les revers, sans vous instruire , vous avilis st : jouet plus que jamais de l'opinion publique, comment vou5 lèverez- vous au-dessus des préjugés , arbitres de votre sort .' Con»- DMot mépriserez-vous la bassesse et les vices dont vous avez bepour subsister ? Vous ne dépendiez que des richesses , cl lintenant vous dépendez des riches ; vous n'avez fait qu'empirer votre esclavage , et le surcharger de votre misère. Vous viîlà pauvre sans être libre ; c'est le pire état où l'homme puisse knber.
Hais, au lieu de recourir pour vivre à ces hautes connaissances I|bI sont faites pour nourrir l'àme et non le corps , si vous recourez, lao besoin , à vos mains et à l'usage que vous en savez faire , toutes les difficultés disparaissent , tous les manèges deviennent inutiles ; ^source est toujours prête au moment d'en user ; la probité , ineur , ne sont plus un obstacle à la vie : vous n'avez plus in d'être lâche et menteur devant les grands , souple et ramdevant les fripons, vil complaisant de tout le monde, emteur ou voleur , ce qui est à peu près la même chose quand ' i rien : l'opinion des autres ne vous touche point; vous n'a- I faire votre cour à personne , point de sot à flatter , [)oint de ~p à fléchir, point de courtisane à payer , et , qui pis est , à eu-
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cunser. Que des coquins mènent les grandes affaires, peu vous importe : cela ne vous empêchera pas, vous, dans volrc vie obscure , d'être honnête homme et d'avoir du pain. Vous entrez dans la première boutique du métier que vous avez appris : Mailre, j'ai besoin d'ouvrage. Compagnon , mettez-vous là , travaillez. Avant que l'heure du diner soit venue , vous avez gagné votre dîner : si vous êtes diligent et sobre, avant que huit jours se passent, vous aurez de quoi vivre huit autres jours : vous aurez vécu libre , sain, vrai, laborieux, juste. Ce n'est pas perdre son temps que d'en gagner ainsi.
Je veux absolument qu'Emile apprenne un métier. Un métier honnête, au moins, direz-vous. Que signifie ce mot? Tout métier utile au public n'est-il pas honnête ? Je ne veux point (ju'il soit brodeur, ni doreur , ni vernisseur , comme le gentilhomme de Locke ; je ne veux qu'il soit ni musicien , ni comédien , ni faiseur de livres '. A ces professions près et les autres qui leur ressemblent, qu'il prenne celle qu'il voudra ; je ne prétends le gêner en [7ien. J'aime mieux qu'il soit cordoiuiier que poète ; j'aime mieux 'ijqu'il pave les grands chemins que de faire des fleurs de porcelaine. Mais , direz-vous , les archers , les espions , les bourreaux , sont des gens utiles. 11 ne tient qu'au gouvernement qu'ils ne le soient point. Mais passons; j'avais tort: il ne suffit pas de choisir un métier utile , il faut encore qu'il n'exige pas des gens qui l'exercent des qualités d'àrae odieuses , et incompatibles avec l'humanité. Ainsi, revenant au premier mot, prenons un métier honnête : mais souvenons-nous toujours qu'il n'y a point d'honnclelé sans l'utilité.
Un célèbre auteur de ce siècle ', dont les livres sont pleins de grands projets et de petites vues , avait fait vœu , comme tous les prêtres de sa communion , de n'avoir point de femme en propre; mais , se trouvant plus scrupuleux que les autres sur l'adultère, on dit qu'il prit le parti d'avoir de jolies servantes, avec lestiuelles il réparait de son mieux l'outrage qu'il avait fait à son espèce par ce téméraire engagement. 11 regardait conmie un devoir du citoyen d'en donner d'autres h la patrie ; et du tribut qu'il lui payait
' Vous roies bien, vous, iiio tlira-t-on. .le le suis pour mon malheur, je l'avoue; et mes torts, (|ue jo pense avoir assez ovpit's . nr sont pas pour autrui des raison» di;n avoir de scuihlablos. .le n'tVris |>aspourexcu.s<T me» fautes, mais pour oMi|>cchcr mes lecteurs de les imiter.
' I/abln' de Saint- Pierre.
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• Il '' ^eure iJ ptiuplail la classe des artisans. Sitôt que ces enfants 1 1.. :a en âge, il leur faisait apprendre à tous un métier de leur goût , n'excluant que les professions oiseuses , futiles, ou sujettes à la mode , telles , par exemple , que celle de perruquier, qui n'est jamais nécessaire , et qui peut devenir inutile d'un jour à l'autre, tant que la nature ne se rebutera pas de nous donner des chC' veux.
Voila l'esprit qui doit nous guider dans le choix du métier d'Emile ; ou plutôt ce n'est pas à nous de faire ce choix , c'est à lui : car les maximes dont il est imbu conservant en lui le mépris naturel des choses inutiles, jamais il ne voudra consumer son temps en travaux de nulle valeur, et il ne connaît de valeur aux choses que celle de leur utilité réelle ; il lui faut un métier qui put servir à Robinson dans son iic.
En faisant passer en revue devant un enfant les productions de la nature et de l'art , en irritant sa curiosité , en le suivant où elle le porte, on a l'avantage d'étudier ses goûts, ses inclinations, ses penchants, et de voir briller la première étincelle de son génie , s'il en a quelqu'un qui soit bien décidé. Mais une erreur commune et dont il faut vous préserver , c'est d'attribuer à l'ardeur du talent l'effet de l'occasidn, et de prendre pour une inclination marquée vers tel ou tel art l'esprit imitatif commun à l'homme et au singe, et qui porte machinalement l'un et l'autre à vouloir faire tout ce qu'il voit faire, sans trop savoir à quoi cela est bon. Le monde est plein d'artisans , et surtout d'artistes , qui n'ont point le talent naturel de l'art qu'ils exercent , et dans lequel on les a |)0ussés dus leur bas âge , soit tléterminé par d'autres convenances, soit trompé par un ïelc apparent qui les eût portés de même vei-s tout autre art, s'ils l'avaient vu pratiquer aussitôt. Tel entend un tamho'jr et se croit général ; tel voit bâtir et veut être architecte. Chacun est tenté du métier qu'il voit faire, quand il le croit estimé.
J'ai connu un iaqaus qui , voyant peindre et dessiner son maître , se mit tlans la tète d'être peintre et dessinateur. Dès l'instant qu'il eut formé cette résolution , il prit le crayon , qu'il n'a plus quitté que pour prendre le pinc«au , qu'il ne quittera de sa vie. fvins leçons et sans règles , il se mit à dessiner tout ce qui lui tom- Init sous la main. Il passa trois ans entiers collé sur ses barbouillaaes , sans que jamais rien put l'en arracher que son service , et
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sans jamais se rebuter du peu de progrès que de médiocres dispusitions lui laissaient faire. Je l'ai vu, durant six mois d'un été Irèsardent , dans une petite antichambre au midi , où l'on suffoquait au passage , assis, ou plutôt cloué tout le jour sur sa chaise , devant un globe , dessiner ce globe , le redessiner, commencer et recommencer sans cesse avec une invincible obstination , jusqu'à ce qu'il en eut rendu la ronde-bosse assez bien pour être content de son travaU. Enlin , favorisé de son mailre et guidé par un artiste , il est parvenu au point de quitter la livrée et de vivre de son pinceau. Jusqu'à certain terme la persévérance supplée au talent : il a atteint ce terme et ne le passera jamais. La constance et l'émulation de cet honnête garçon sont louables. Il se fera toujours estimer par son assiduité, par sa fidélité , par ses mœurs ; mais il ne peindra jamais que des dessus de porte. Qui est-ce qui n'eut pas été trompé par son zèle , et ne l'eût pas pris pour un vrai talent? 11 y a bien de la différence entre se plaire à un travail , et y être propre. 11 faut des observations plus lines qu'on ne pense pour s'assurer du vrai génie et du vrai goût d'un enfant qui montre bien plusses désirs que ses dispositions, et qu'on juge toujours par les premiers , faute de savoir étudier les autres. Je voudrais qu'un homme judicieux nous donnât un traité de l'art d'observer les enfants. Cet art serait très-important à connaître : les pères et les maîtres n'en ont pas encore les éléments.
Mais peut-être donnons-nous ici trop d'importance au choix d'un métier. Puisqu'il ne s'agit que d'un travail des mains , ce choix n'est rien pour Emile ; et son apprentissage est déjà plus d'à moitié fait, par les exercices dont nous l'avons occupé jusqu'à présent . Que voulez-vous qu'il fasse .' Il est prêt à tout : il sait déjà manieila bêche et la houe, il sait se servir du tour, du marteau, du rabot, delà lime; les outils de tous les métiers lui sont déjà familiers. Il ne s'agit plus que d'acquérir de quelqu'un de ces outils un usage assez prompt , assez facile , pour égaler en diligence les bons ouvriers qui s'en servent ; et il a sur ce point un grand avantage pardessus tous, c'est d'avoir le corps agile , les membres flexibles , pour prendre sans peine toutes sortes d'altitudes et prolonger sans effort toutes sortes de mouvements. De plus, il a les organes jus tes et bien exercés ; toute la mécanique des arts lui est déjà connue. Pour savoir travailler en mailre , il ne lui manque que de l'habitude , et fhabilude ne se gagne qu'avec le temps. Auipiol