LIVRE II
avoir fait tirer au sort les petits concurrents , je les enverrais tous l’un après l’autre , jusqu’à ce que la bonne boîte fût trouvée : ce que j’aurois soin de rendre difficile à proportion de leur habileté.
Figurez-vous un petit Hercule arrivant une boite à la main , tout fier de son expédition. La boîte se met sur la table, on l’ouvre en cérémonie. J’entends d’ici les éclats de rire, les huées de la bande joyeuse, quand , au lieu des confitures qu’on attendoit , on trouve bien proprement arrangés sur de la mousse ou sur du coton un hanneton, un escargot, du charbon, du gland, un navet, ou quelque autre pareille denrée. D’autres fois , dans une pièce nouvellement blanchie, on suspendra près du mur quelque jouet, quelque petit meuble qu’il s’agira d’aller chercher sans toucher au mur. A peine celui qui l’apportera sera-t-il rentré, que, pour peu qu’il ait manqué à la condition, le hout de son chapeau blanchi, le bou t de ses souliers, la basque de son habit, sa manche , trahiront sa maladresse. En voilà bien assez , trop peut-être , pour faire entendre l’esprit de ces sortes de jeux. S’il faut tout vous dire, ne me lisez point.
Quels avantages un homme ainsi élevé n’au-
que des choses qu’ils aient un intérêt sensible et présent a bien entendre ; surtout point de longueurs, jamais un mot superflu. Mais aussi ne laissez dans vos discours ni obscurité ni équivoque.
ra-t-il pas la nuit sur les autres hommes ! Ses pieds accoutumés à s’affermir dans les ténèbres, ses mains exercées à s’appliquer aisément à tous les corps environnants, le conduiront sans peine dans la plus épaisse obscurité. Son imagination, pleine des jeux nocturnes de sa jeunesse, se tournera difficilement sur des objets effrayants. S’il croit entendre des éclats de rire, au lieu de ceux des esprits follets, ce seront ceux de ses anciens camarades ; s’il se peint une assemblée, ce ne sera point pour lui le sabbat, mais la chambre de son gouverneur. La nuit , ne lui rappelant que des idées gaies , ne lui sera jamais affreuse; au lieu de la craindre, il l’aimera. S’agit-il d’une expédition militaire , il sera prêt à toute heure, aussi bien seul qu’avec sa troupe. Il entrera dans le camp deSaiil, il le parcourra sans s’égarer, il ira jusqu’à la tente du roi sans éveiller personne, il s’en retournera sans être aperçu. Faut-il enlever les chevaux de Rhésus? adressez-vous à lui sans crainte. Parmi les gens autrement élevés, vous trouverez difficilement un Ulysse.
J’ai vu des gens vouloir , par des surprises, accoutumer les enfants à ne s’effrayer de rien la nuit. Cette méthode est très-mauvaise , elle produit un effet tout contraire à celui qu’on cherche , et ne sert qu’à les rendre toujours plus craintifs. Ni la raison ni l’habitude ne peuvent rassurer sur l’idée d’un danger pre-