‹ Émile (volume 3)Chapitre 105 sur 235 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

la cherchai long-temps à gauche , je m’embarrassai dans les bancs , je ne savois plus où j’étois, et ne pouvant trouver ni la chaire ni la porte, je tombai dans un bouleversement inexprimable. Enfin , j’aperçois la porte , je viens à bout de sortir du temple, et je m’en éloigne comme la première fois , bien résolu de n’y jamais rentrer seul qu’en plein jour.

Je reviens jusqu’à la maison. Prêt à entrer, je distingue la voix de M. Lambercier à de grands éclats de rire. Je les prends pour moi d’avance, et, confus de m’y voir exposé, j’hésite à ouvrir la porte. Dans cet intervalle , j’entends mademoiselle Lambercier s’inquiéter de moi , dire à la servante de prendre la lanterne, et M. Lambercier se disposer à me venir chercher , escorté de mon intrépide cousin , auquel ensuite on n’auroit pas manqué de faire tout l’honneur de l’expédition. A l’instant toutes mes frayeurs cessent , et ne me laissent que celle d’être surpris dans ma fuite: je cours, je vole au temple; sans m’égarer, sans tâtonner, j’arrive à la chaire; j’y monte, je prends la Bible, je m’élance en bas; dans trois sauts je suis hors du temple, dont j’oubliai même de fermer la porte; j’entre dans la chambre, hors d’haleine, je jette la Bible sur la table, effaré, mais palpitant d’aise d’avoir prévenu le secours qui m’étoit destiné.

K MILE

On me demandera si je donne ce trait pour un modèle à suivre , et pour un exemple de la gaieté que j’exige dans ces sortes d’exercices. Non; mais je le donne pour preuve que rien n’est plus capable de rassurer quiconque est effrayé des ombres de la nuit, que d’entendre dans une chambre voisine une compagnie assemblée rire et causer tranquillement. Je voudrois qu’au lieu de s’amuser ainsi seul avec son élève, on rassemblât les soirs beaucoup cl’enfants de bonne humeur ; qu’on ne les envoyât pas d’abord séparément, mais plusieurs ensemble , et qu’on n’en hasardât aucun parfaitement seul, qu’on ne se fut bien assuré d’avance qu’il n’en seroit pas trop effrayé.

Je n’imagine rien de si plaisant et de si utile que de pareils jeux , pour peu qu’on voulût user d’adresse à les ordonner. Je ferois dans une grande salle une espèce de labyrinthe avec des tables, des fauteuils, des chaises, des paravents. Dans les inextricables tortuosités de ce labyrinthe j’arrangerois , au milieu de huit ou dix boîtes d’attrapes , une autre boite presque semblable, bien garnie de bonbons , je clésignerois en termes clairs , mais succincts, le lieu précis où se trouve la bonne boîte ; je donnerois le renseignement suffisant pour la distinguer à des gens plus attentifs et moins étourdis que des enfants !, puis, après

1 Pour les exercer à l’attention , 11e leur Hit es jamais

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