‹ Émile (volume 3)Chapitre 192 sur 235 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

rlie de plus près que l’autre. La pitié est douce , parce qu’en se mettant à la place de celui qui souffre on sentpourtant le plaisir de ne pas souffrir comme lui. L’envie est amère, en ce que l'ûspect d’un homme heureux , loin de mettre l’envieux à sa place, lui donne le regret de n’y pas être. Il semble que l’un nous exempte des maux qu’il souffre, et que l’autre nous ôte les biens dont il jouit.

Voulez-vous donc exciter et nourrir dans le cœur cl’un jeune homme les premiers mouvements de la sensibilité naissante , et tourner son caractère vers la bienfaisance et vers la bonté ; n’allez point faire germer en lui l’orgueil, la vanité, l’envie, par la trompeuse image du bonheur des hommes; n’exposez point d’abord à ses yeux la pompe des cours, le faste des palais, l’attrait des spectacles; ne le promenez point dans les cercles, dans les brillantes assemblées ; ne lui montrez l’extérieur de la grande société qu’après l’avoir mis en état de l’apprécier en elle-même. Lui montrer le monde avant qu’ilconnoisse les hommes, ce n’est pas le former; c’est le corrompre : ce n’est pas l’instruire ; c’est le tromper.

Les hommes ne sont naturellement ni rois, ni grands, ni courtisans , ni riches; tous sont nés nus et pauvres , tous sujets aux misères de la vie, aux chagrins, aux maux, aux besoins, aux douleurs de tonte espèce; enfin tous sont condamnés à la mort. Voilà ce qui est vrai-

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