LIVRE IV
donc la paix. L’image du bonheur le flatte, et , quand il peut contribuer à le produire , c’est un moyen de plus de le partager. Je n’ai pas supposé qu’en voyant des malheureux il n auroit pour eux que cette pitié stérile et cruelle qui se contente de plaindre les maux qu’elle peut guérir. Sa bienfaisance active lui donne bientôt des lumières qu’avec un cœur plus dur il n’eût point acquises , ou qu’il eût acquises beaucoup plus tard. S’il voit régner la discorde entre ses camarades , il cherche à les réconcilier; s’il voit des affligés, il s’informe du sujet de leurs peines; s’il voit deux hommes se haïr , il veut connoître la cause de leur inimitié ; s’il voit un opprimé gémir des vexations du puissant et du riche , il cherche de quelles manœuvres se couvrent ses vexations ; et , dans l’intérêt qu’il prend à tous les misérables, les moyens de finir leurs maux ne sont jamais indifférents pour lui. Qu’avonsnous donc à faire pour tirer parti de ces dispositions d’une manière convenable à son âge? De régler ses soins et ses connoissances , et d’employer son zèle à les augmenter.
Je ne me lasse point de le redire: mettez toutes les leçons des jeunes gens en actions plutôt qu’en discours; qu’ils n’apprennent rien dans les livres de ce que l’expérience peut leur enseigner. Quel extravagant projet de les exercer à parler, sans sujet de riendire ; de croire leur faire sentir, sur les bancs