‹ Émile (volume 3)Chapitre 96 sur 235 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

des enfants prennent l’eau dans tous les temps, la prendront-ils moins quand l’enfant aura chaud? et ne peut-on pas lui faire du corps, par rapport aux pieds, les mêmes inductions qu’il fait des pieds par rapport aux mains, et du corps par rapport au visage ? Si vous voulez, lui dirois-je, que l’homme soit tout visage , pourquoi me blâmez-vous de vouloir qu’il soit tout pieds.

Pour empêcher les enfants de boire quand ils ont chaud , il prescrit de les accoutumer à manger préalablement un morceau de pain avant que de boire. Cela est bien étrange que, quand l’enfant a soif, il faille lui donner à manger; j’aimerois mieux, quand il a faim, lui donner à boire. Jamais on ne me persuadera que nos premiers appétits soient si déréglés, qu’on ne puisse les satisfaire sans nous exposer à périr. Si celaétoit, le genre humain se fût cent fois détruit avant qu’on eut appris ce qu’il faut faire pour le conserver.

Toutes les fois qu’Emile aura soif, je veux qu’on lui donne à boire; je veux qu’on lui donne de l’eau pure et sans aucune préparation, pas même de la faire dégourdir , fût-il tout en nage, et fut-on dans le cœur de l’hiver. Le seul soin que je recommande, est de distinguer la

l»ieu sèche pour s’y asseoir ou pour s’y coucher , et qu’on eût jamais oui dire que l’humiditc de la terre eût fait du mal à pas un d’eux. A c'coutcr là-dessus les médecins, on rroiroit les sauvages tout perclus de rhumatismes.

lï Al ILE.

qualité des eaux. Si c’est de l’eau de rivière, donnez-la-lui sur-lè-champ telle qu’elle sort de la rivière : si c’est de l’eau de source, il la faut laisser quelque temps «à l’air avant qu’il la boive. Dans les saisons chaudes, les rivières sont chaudes : il n’en est pas de même des sources , qui n’ont pas reçu le contact de l’air ; il faut attendre qu’elles soient à la température de l’atmosphère. L’hiver, au contraire, l’eau de source est à cet égard moins dangereuse que l’eau de rivière. Mais il n’est ni naturel ni fréquent qu’on se mette l’hiver en sueur, surtout en plein air; car l’air froid, frappant incessamment sur la peau, répercute en dedans la sueur et empêche les pores de s’ouvrir assez pour lui donner un passage libre. Or je ne prétends pas qu’Einile s’exerce l’hiver au coin d’un hon feu, mais dehors, en pleine campagne, au milieu des glaces. Tant qu’il ne s’échauffera qu’à faire et lancer des balles de neige, laissons-le boire quand il aura soif; qu’il continue de s’exercer après avoir bu , et n’en craignons aucun accident. Que si par quelque autre exercice il se met en sueur et qu’il ait soif , qu’il boive froid . même en ce temps-là. Faites seulement en sorte de le mener au loin et à petits pas chercher son eau. Par le froid qu’on suppose, il sera suffisamment rafraîchi en arrivant, pour la boire sans aucun danger. Sonrtout prenez, ces précautions sans qu’il s’en aperçoive. J’ai-

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