‹ Emile Nelligan et son œuvre. --Chapitre 34 sur 110 · RUINES · texte numérisé non relu

RUINES

Quelquefois je suis plein de grandes voix anciennes,

Et je revis un peu l'enfance en la villa ;

Je me retrouve encore avec ce qui fut là

Quand le soir nous jetait de l'or par les persiennes.

Et dans mon âme alors soudain je vois groupées

Mes sœurs à cheveux blonds jouant près des vieux feux

Autour d'elles le chat rôde, le dos frileux,

Ives regardant vêtir, étonné, leurs poupées.

Ah 1 la .sérénité des jours à jamais beaux

Dont sont morts à jamais les radieux flambeaux,

Qui ne brilleront plus qu'en flammes chimériques :

Puisque tout est défunt, enclos dans le cercueil.

Puisque, .sous les outils des noirs maçons du Deuil,

vS' écroulent nos bonheurs comme des murs de briques '.

l.K JARDIN DE I, lîNl'ANCK

Page 1